Notes de Prod. : Mensch

Entretien avec Nicolas Cazalé (Comédien dans Mensch)

Vous êtes devenu comédien, par envie ou par hasard?
A 18 ans, je suis allé voir une copine jouer dans un atelier, dans le village où je vivais. Ce que j'ai vu et entendu ce jour-là m'a donné immédiatement envie d'aller à Paris pour être comédien. C'était une évidence, un désir profond. Alors, quelques semaines après, j'ai passé mon bac et je suis monté à Paris. J'ai passé l'été à mettre des tracts sur les pare-brises pour gagner de l'argent, et je suis entré au cours Florent. J'ai été très malheureux dans ce cours. C'était le contraire de ce que j'avais vu dans mon village.
Il n'y avait rien de spontané, tout était très prise de tête, arriviste, ça parlait casting, et agent, j'ai détesté cette ambiance, et j'ai eu du mal à apprivoiser Paris. Alors je suis parti, j'ai beaucoup voyagé, et quatre ans plus tard, je suis revenu, plus mûr, plus posé. Là, j'ai eu la chance de rencontrer des gens de grand talent qui m'ont fait confiance, et offert des rôles magnifiques à défendre. Je pense à Gaël Morel avec qui j'ai tourné "Le clan" et Les Chemins De L'Oued, à Ismaël Ferroukhi avec qui j'ai fait "Le grand voyage" entre autres. Ces films n'ont pas fait énormément d'entrées, mais ils ont nourri mon envie de faire ce métier. Là-dessus, mon travail avec Steve a été un vrai virage.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Mon agent m'a appelé et m'a dit : "Un réalisateur t'a choisi pour son téléfilm. Il a vu ta photo et il veut te confier le rôle principal". J'ai trouvé ça très courageux, de me choisir sans me rencontrer, ni me faire passer d'essais, alors j'ai fait comme lui, j'ai dit oui sans le connaître. On a fait ce film, un road-movie, en s'entendant très naturellement, sans avoir à se parler beaucoup. On était sur la même longueur d'on-de. Puis, chacun a fait son chemin de son coté, et Mensch est arrivé. C'est le film de la maturité pour chacun de nous.

En quoi Mensch est-il une étape pour vous?
C'est la première fois que le héros que j'incarne, c'est le personnage, ce n'est plus du tout moi. Cela ouvre des perspectives énormes ! Quand on tire le personnage à soi, on finit par tourner en rond. Je commençais à sentir ça. Je donnais ce que j'étais, au lieu d'imaginer, de fantasmer un personnage. Mais cette fois, avec Sam, j'étais mûr pour ça, et Steve m'a donné toute sa confiance. Il a cru que je pouvais proposer autre chose que celui que je suis. Je suis entré dans la peau de ce type de 35 ans, en costume, qui a un fils de six ans. J'ai dû trouver sa façon de marcher, de poser la voix. J'ai composé, j'ai fantasmé ce personnage. Il est dans la retenue et c'est excitant, on se met en danger, on ne connaît pas le résultat. Il y a eu des jours où j'avais peur de le perdre, peur de ne pas avoir choisi le bon chemin, avec son débit de parole un peu lent et posé. Il dit peu de mots, tout passe dans le regard et les gestes, c'est dangereux, il faut avoir une grande confiance en soi. Steve y croyait tellement qu'il a réussi à me convaincre. J'ai veillé à ne plus être que dans l'instinct, j'ai appris à travailler plus en amont. Je savais que ce film, Mensch, ce rôle, étaient essentiels pour Steve, alors je me suis abandonné à lui. Steve, c'est un Mensch, un vrai, quelqu'un sur qui on peut compter, humainement.

Comment vous dirige-t-il sur le plateau ?
Il aime plus les acteurs que lui-même. Il ne se prend pas la tête, il n'a pas des poses de metteur en scène, il ne se grise pas à coups de plans et d'angles et de jargon technique. Il l'a dit un jour sur le tournage : "Je ne connais rien aux lumières, rien aux focales. Moi, je sais juste parler aux acteurs". Et tout le monde s'est incliné. Il ne se monte pas le bourrichon, il connaît ses limites, il fait une totale confiance à Jérôme Alméras, son chef opérateur. Cela lui permet de se concentrer sur ce qu'il sait faire mieux que les autres : la direction d'acteurs. Il n'est pas du genre à inventer des digressions sur le passé de Sam. On joue un moment de sa vie, c'est tout. De toute façon, je sentais bien qu'il y avait beaucoup de Steve dans ce personnage, donc, en découvrant Steve, j'apprenais aussi qui était mon personnage.

Vous étiez intimidé de tourner avec Sami Frey ?
C'est stimulant, plutôt qu'intimidant ! Le jour de notre grande scène ensemble, j'étais fatigué, je voulais me reposer. On partageait la même loge. On a passé une heure et demie ensemble sans se parler. Mais ce n'était pas un silence pesant, ou gênant. J'étais allongé sur un lit, lui était dans un fauteuil et sirotait un coca. Chacun dans ses pensées. Et après, on a joué notre scène. C'était passionnant de soutenir son regard, j'étais très concentré. Si c'est ça le trac, alors je m'en sers. Je ne supporte pas l'idée de ne pas avoir tout tenté, tout donné au metteur en scène. Il vous a choisi, c'est votre devoir d'être à la hauteur. J'ai eu le sentiment ce jour-là qu'on avait partagé une belle scène de cinéma. Le soir, après un tournage, je demande toujours au metteur en scène: "Ça va ? C'est ça que tu voulais ?" C'est vital pour moi, de ne pas le décevoir, c'est le contrat que je dois respecter. C'est son film, pas le mien, donc, je suis là pour lui donner ce pour quoi il m'a choisi.

Quelle scène a été la plus difficile à tourner dans Mensch ?
Je redoutais la scène du petit déjeuner, qui est à l'arrivée plus forte qu'à la lecture. Le fait que Youval prenne mon fils dans ses bras au début de la scène, ce n'était pas prévu, et cela a créé une tension immédiate, incroyable. De même, la scène avec Sara où je tape dans le mur était très écrite, très casse gueule. Mais en enlevant une ou deux phrases, en ajoutant des silences, c'est devenu une scène forte. Steve n'est pas borné, il écoute, et si tu as une bonne idée, il la prend. D'abord, il dit non, mais ensuite, il prend… Une fois je lui ai demandé : "Pourquoi tu commences d'abord par dire non ?" Il m'a répondu : "Ça me laisse le temps de réfléchir !"…

Qu'est-ce qui vous a surpris, en voyant Mensch terminé ?
C'est l'intensité du film qui m'a surpris. On est oppressé, dans une tension permanente qui s'accentue au fil des scènes. Et quand c'est fini, on a envie de le revoir ! Je trouve que le travail de chacun est généreux, subtil et au service du film. La lumière est magnifique, mais ne se fait pas remarquer. C'est comme la musique : on la devine, on la sent, c'est un coeur qui bat, et elle n'est jamais conventionnelle. Les acteurs sont aimés dans Mensch : cela se voit. Et surtout, on croit à cette famille. On les voit autour de la table, on ne sait pas trop qui est qui, par rapport à l'autre, mais, comme on n'a rien cherché à expliquer, on y croit, ça marche. C'est comme mon fils dans le film. Il est blond et pâle, le contraire de moi. Mais c'est mon fils, on y croit, comme moi j'y ai cru en faisant le film. C'est un film qui trace, qui file, qui va vite et droit.

Comment s'est passé le tournage de Mensch ?
Dès le premier jour, on était soudés, comme si cela faisait des semaines qu'on était ensemble. Il y a eu beaucoup d'humilité et de solidarité de la part de l'équipe. Les gens étaient là par envie, pour de bonnes raisons, pas pour toucher leur chèque. On le sent tout de suite, et c'est très motivant. Tout le monde se donne, tout le monde a eu le sourire dès le premier jour, et jusqu'au bout. Steve a su donner ce qu'il fallait pour motiver tout le monde, la production a assuré, on n'a manqué de rien, et le film est là pour le prouver : il a la pêche…

Sur le tournage de Mensch

Le 25 Novembre 2008 - Nicolas Cazalé est-il un « mensch » ?

Pour son quatrième film, Mensch, Steve Suissa, qui a coécrit le film avec Stéphane Cabel, a fait appel à Nicolas Cazalé pour interpréter le premier rôle.

Le rôle d’un chasseur de coffres forts qui va se retrouver devant un choix difficile : faire un dernier gros coup ou devenir quelqu’un de bien, le fameux « mensch » du titre. On lui conseille de regarder la centaine de films faits sur le sujet avant de faire un choix qu’il pourrait regretter.

Entretien avec Steve Suissa (Réalisateur de Mensch)

Comment est né le désir de réaliser Mensch ?
Depuis des années, je travaille sur un biopic intitulé "Victor Young Perez", que j'ai écrit avec Stéphane Cabel. C'est un projet très ambitieux et difficile à monter, donc mes producteurs m'ont conseillé de réaliser d'abord un film plus modeste. J'ai tout à fait compris qu'un film cher ne pouvait pas se monter sur mon nom, surtout que le dernier que j'avais réalisé était un film de commande. Donc, il fallait impérativement que je réalise quelque chose qui me soit proche, que j'aille chercher en moi, que je retrouve mes racines. J'avais depuis longtemps l'idée de faire un film sur ce que raconte Mensch, c'était dans mon inconscient.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 573 entrées
  • 1er jour IDF : 2 767 entrées
  • 1ère semaine IDF : 18 814 entrées
  • Cumul IDF : 19 264 entrées

  • 1ère semaine France : 41 253 entrées
  • Cumul France : 41 253 entrées