Notes de Prod. : Mensonges et trahisons

    en DVD le 13 Avril 2005

Notes de LAURENT TIRARD

La mise en scène
Ayant plutôt une prédisposition littéraire, j'ai d'abord envisagé d'être scénariste. Rapidement, je me suis aperçu que cela ne suffirait pas et que j'aurais besoin d'aller au fond des choses, pour les maîtriser, ne pas me sentir trahi. Ce que j'ai pu écrire pour la télévision ou pour d'autres m'a conforté dans cette opinion. A chaque fois, j'avais le sentiment que toutes les potentialités n'avaient pas été exploitées.

Vos expériences très variées
Chacune de ces expériences m'a nourri. Je suis convaincu qu'il faut multiplier les angles d'apprentissage et de découverte. Travailler dans une société de production m’a permis d'entrevoir le point de vue du producteur, j'ai appris que l'auteur n'a pas forcément toujours raison. Il lui faut trouver une certaine distance par rapport à ce qu’il a écrit. Il doit savoir dès le début que, tout comme un enfant qu’on élève et qui s’en va, son travail finira par lui échapper. Mais à mon sens, la plupart des contraintes obligent d'abord à être créatif.
Ces expériences ont aussi façonné mon goût, l'ont fait évoluer. J’ai grandi avec le cinéma américain, Spielberg, Lucas, Coppola… C'est d'ailleurs cela qui m'a conduit à partir étudier aux Etats-Unis. Pourtant, certainement parce que je commençais à mûrir et aussi parce que j'étais confronté à des gens qui ne connaissaient rien d'autre que le cinéma américain, j’ai ressenti là-bas une espèce d’overdose. Ironie du sort, c’est alors que j’ai commencé à apprécier le cinéma européen, et français en particulier. Il m'aura fallu aller à New York pour découvrir A BOUT DE SOUFFLE, PIERROT LE FOU ou LES QUATRE CENTS COUPS…
Depuis, je continue à aimer le cinéma américain, mais j'ai beaucoup plus de mal à supporter les blockbusters des studios. Si parfois le cinéma français manque un peu de professionnalisme, le cinéma américain manque souvent d’âme !

L'inspiration première du film
J’ai commencé par prendre des notes, faire des observations sur certaines choses dont j’avais envie de parler, des remarques comme " les hommes vivent dans le fantasme, les femmes dans la réalité " .
J’ai donc fait se rencontrer un homme qui vit particulièrement dans le fantasme puisque c’est même son métier, et une femme très ancrée dans la réalité. A la base, il y avait une envie confuse de parler de tas de choses de ma génération, et j’ai écrit une histoire me permettant de le faire. Il y est question de choix, de hasard, de regret, de chance, de tout ce qui nous rend malade sur le coup et qui nous fait tellement rire quelques années plus tard. J'ai cherché à faire un film comme je les aime - en apparence des films de genre mais dans lesquels passent beaucoup de choses personnelles. Tout le monde y trouve son compte.

Les interprètes
Parce qu'à mon sens, MENSONGES ET TRAHISONS a quelque chose d'une comédie à l'anglo-saxonne, j'ai d'abord imaginé des comédiens comme Hugh Grant pour son charme et sa maladresse, ou même Edward Norton. FIGHT CLUB m'a en effet inspiré la voix off, cette pensée intérieure qui commente et vous promène à travers les situations.
Je ne me suis interrogé sur les acteurs français qu’une fois le scénario achevé. Nous avons d'abord proposé le film à Edouard Baer, qui l'a tout de suite accepté. C'est quelqu'un que je suivais depuis longtemps sans le connaître personnellement. J'aime son humour, ce qu'il est, la distance qu'il met dans tout. Je pense qu’il était le seul à pouvoir tenir ce rôle.
Le directeur de casting m’a ensuite parlé d’une actrice canadienne, Marie-josée Croze, qui une semaine après, a obtenu un prix d’interprétation à Cannes ! Après une première rencontre, elle a tourné des essais avec Edouard – autant pour elle que pour moi car, ayant jusque-là uniquement tourné des films d’auteur plutôt sombres et cérébraux, une comédie lui faisait peur. Ces essais n'ont pas du tout été ce que j'avais imaginé. Ils ont même déstabilisé Edouard – et pourtant, il en faut beaucoup ! Marie-Josée s’est approprié le personnage. A cette espèce de nana fonceuse que j’avais écrite, elle a apporté une humanité, une ambiguïté aussi. C’était ce qu’il fallait.
Pour le personnage de Kevin, j’imaginais un grand mec beau gosse pour justifier la jalousie de Raphaël. Au départ, j'avais prévu Clovis Cornillac pour le rôle de Max, et puis lorsque je l'ai rencontré, même s'il ne ressemblait pas du tout au cliché du footballeur superstar, je me suis dit qu'il serait passionnant dans le personnage. Et de fait, il l'emmène assez loin des clichés…
J’avais eu l'occasion de voir Eric Berger au théâtre et je l'ai choisi en dehors de tout casting. Jean-michel Lahmi est arrivé après des essais. Je me suis aperçu ensuite qu’eux deux et Edouard se connaissaient bien. Leur complicité s'est révélée très utile au film.

Le tournage
C'était assez léger. Avant, j'avais fait une ou deux lectures avec chaque comédien. Nous avons revu ensemble leurs dialogues, discuté des personnages, des situations. Cela a permis de gagner du temps une fois sur le plateau.
Lorsque vous avez quelqu'un comme Edouard Baer sur un tournage, évidemment, l'ambiance s'en ressent, et très positivement ! Il aime donner l’image de quelqu’un qui agit dans l'insouciance, la spontanéité, mais son apparente légèreté cache un très grand professionnalisme. C'est quelqu'un de fin, d'extrêmement intelligent, qui possède beaucoup de talent. Il se donne constamment aux autres, le plus souvent dans l'autodérision. Il apporte beaucoup d'énergie, de rire aussi. Cela ne l'empêche pas, dès que retentit le clap, de redevenir instantanément un acteur qui fait très bien son boulot. Edouard est le genre d'individu qui s'impose naturellement comme un centre d'intérêt où qu'il se trouve. Pour moi qui suis d'un naturel discret, il était un atout. Je ne tenais pas à être l'épicentre du plateau !

Un souvenir de tournage
L’image qui me vient la première est celle du tournage sur la plage du Touquet. L'ambiance avait quelque chose de magique. D’abord, nous avons eu la chance phénoménale de pouvoir tourner, le 15 septembre, seule date possible compte tenu du plan de tournage, sous un ciel bleu et avec une température de 25°. Là, je me suis arrêté, j'ai regardé autour de moi. Nous étions toute l'équipe, sur une plage, en train de faire du cinéma. Un pur moment de jubilation. Ça nous changeait vraiment des tournages de nuit dans la forêt !

RAPHAëL par Edouard Baer

" Lorsque Laurent Tirard a souhaité me parler de son projet, j'avoue que j'avais des inquiétudes sur le thème général du film. C'est un genre dans l'air du temps. J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait encore de l'histoire d'un mec de 35 ans, un homme-enfant qui hésite à s'assumer.

MURIEL par Marie-Josée Croze

" Jusque-là, j'ai toujours joué dans des registres assez dramatiques. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi, parce que j’aime bien rigoler. On m'avait déjà proposé des comédies mais je les trouvais toujours vulgaires, grasses et sans aucun sens. Pas dans ce scénario-là. Les situations sont drôles, le parcours des personnages me touche. C'est bien vu, bien écrit. J'y retrouve le côté décalé et absurde qui me fait vraiment rire.

KEVIN par Clovis Cornillac

" Lorsque j'ai découvert le scénario, je me suis beaucoup amusé. Je l'ai trouvé très swing ! J'ai aimé le regard porté sur ces trentenaires qui ont du mal à assumer la vie. Ils sont exactement à l'opposé de mon personnage, un footballeur qui s'est jeté très tôt dans l'existence. Ensuite, j’ai rencontré Laurent Tirard, que j’ai trouvé très doux, très fin, avec un vrai regard. C’est un plus pour une comédie. Je pense qu’il est là pour un moment.

CLAIRE par Alice Taglioni

" Le personnage de Claire est plus âgé que moi. C'était assez marrant : les autres comédiens passaient les trois quarts du film en ayant leur âge, un quart en paraissant dix ans de moins, et pour moi, c'était l'inverse ! Mais j'avais vraiment envie de jouer dans cette histoire. Je trouve que les situations sont excellentes. A certains moments, j'avais presque honte d'être Claire et de faire subir autant d'humiliations à ce pauvre Raphaël ! J'ai du mal à expliquer rationnellement pourquoi ce scénario m'a autant amusée. Je crois que le drame se prête plus à l'analyse que la comédie. Une comédie, ça se regarde et ça se ressent. On rit ou on ne rit pas, et là j'ai ri !

JEFF par Eric Berger

" Jeff est un photographe un peu mythomane. Il se la raconte beaucoup. Il a plein de projets, c'est en passe de se faire et puis à chaque fois, il saisit la première excuse pour ne pas bouger. Manifestement, il a un problème avec le fric. Il n'en a pas beaucoup et même s'il refuse de se l'avouer, il est jaloux de Max qui lui, en a. Jeff se prend pour un mec cool, un artiste intègre, mais il ne parle que d'argent. Arrivé au bout de ses prétextes, il va agacer Raphaël qui va le mettre face à ses prétentions…

MAX par Jean-Michel Lahmi

" De tous les personnages masculins du film, Max est peut-être celui dont l'évolution est la plus spectaculaire. On le découvre vaguement yuppie en costume-cravate, on se dit qu'il doit bosser à la Bourse ou quelque chose dans ce genre, et puis il se retrouve à adopter une famille asiatique complète pour assurer leur bonheur. Et là, il a enfin une mission qui justifie sa capacité à gagner de l'argent !