Comment vous est venue l’idée de cette histoire ?
Ce sont deux anecdotes qui m’ont lancée sur le scénario. Pour la première, j’étais en tournée au Japon pour promouvoir mon premier film
A La Folie, Pas Du Tout et j’ai rencontré une jeune comédienne japonaise qui était harcelée par un fan qui s’en prenait aussi à d’autres très grandes stars. Quelque temps plus tard, à Los Angeles, je suis allée chez CAA, l’une des plus grandes agences de représentation, dont je suis sortie tard. L’immense bâtiment était sur le point de fermer et j’ai croisé un agent d’entretien. Il allait se retrouver seul au milieu de ces bureaux déserts, remplis d’adresses, de contrats, de scénarios destinés aux plus grandes stars du monde. J’ai pensé à l’utilisation qu’il pourrait en faire... C’est ainsi qu’est née l’idée de l’univers du fan confronté à celui des actrices dans une comédie dont le thème serait l’obsession.
Comment avez-vous construit votre intrigue ?
Ces deux anecdotes se sont retrouvées dans mon carnet à idées, et une phrase m’est venue :
«Elles étaient ses idoles, elles vont devenir son pire cauchemar». Cette formule résume un peu le scénario et je l’ai gardée en permanence sur mon bureau. Chacun des quatre personnages devait avoir son propre univers, sa propre vie et sa propre évolution. La problématique du fan était assez évidente, mais pas celle des actrices. Je souhaitais en faire des femmes intéressantes, avec une vraie vie en dehors de leur vie publique. Puisque le film joue à la fois sur l’image et la réalité, elles devaient avoir les mêmes problèmes que le commun des mortels.
J’ai tout de suite décidé que la vie de couple de Robert ne fonctionnerait pas, notamment à cause de son rapport exclusif aux actrices. Je l’ai imaginé seul avec un animal de compagnie, JR, le chat boulimique et dépressif. Robert est obsessionnel mais pas mythomane parce que contrairement aux mythomanes, il est lucide et sait ce qu’il fait. Il est convaincu d’agir pour le bien des actrices. Il pense simplement que la fin justifie les moyens. Il ne cherche pas à les séduire, je le définis comme un «fan ange gardien».
Comment avez-vous choisi Kad Merad ?
J’avais évidemment vu ses sketches à la télé avec
Olivier son complice, mais c’est dans
Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas qu’il m’a étonnée. Je le découvrais capable de passer de beaucoup de loufoquerie à une grande sobriété très introvertie, et cela m’a intriguée.
Comment lui avez-vous présenté le projet ?
Tout s’est passé très vite.
Christophe Rossignon, qui avait produit le film de
Philippe Lioret et produisait le mien, l’a appelé un soir pour lui proposer le scénario.
Kad l’a lu immédiatement et a rappelé dès le lendemain matin pour accepter le rôle. Je l’ai rencontré pendant deux heures et sa manière de parler du personnage, de l’incarner déjà m’a convaincue qu’il était Robert - Monsieur Tout-le-monde avec un grain de folie mais aussi beaucoup d’émotion. C’est son humanité qui permet au public de s’identifier à lui. Robert est le fil rouge du film.
Malgré tout ce que ce fan commet - détruire la voiture d’un journaliste, provoquer la rupture d’une actrice avec son fiancé... - on devait sentir qu’il n’était pas vraiment dangereux. Au fond, il est dans son monde, et même s’il va loin, on doit être avec lui. Avec une très grande sincérité,
Kad défend parfaitement ce personnage qui aurait pu, sans lui, devenir pathétique, inquiétant ou malsain.
Comment avez-vous convaincu Catherine Deneuve ?
Elle a lu une première fois le scénario et a trouvé l’histoire bien construite et originale. Elle l’a cependant refusé parce qu’il lui semblait que l’évolution des actrices devait être mieux différenciée. Dans la version qu’elle venait de lire - la version 12 - les actrices n’apprenaient rien de Robert alors qu’il apprenait beaucoup d’elles. Elle m’a donc poussée vers une réflexion plus approfondie qui m’a d’ailleurs amenée à réduire le nombre initial de quatre actrices à trois et à entrer plus profondément dans la vie de chacune.
Je me suis donc remise à l’écriture pendant six mois, au bout desquels
Christophe Rossignon et moi lui avons demandé de bien vouloir relire ce scénario. C’est là qu’elle a accepté le rôle.
En cours de réécriture, avez-vous eu une conversation personnelle avec elle quant à son statut de star ?
Je voulais pour elle un vrai rôle de cinéma, qu’elle interprète un vrai personnage et non sa propre vie. bien sûr, de par son statut, une identification se fait automatiquement et c’est aussi ce que je souhaitais. Impossible de confier ce rôle à une inconnue. La vie et les problèmes de ces personnages sont fictionnels - comme tout le film - pour donner une grande liberté aux actrices qui les incarnent et qu’elles puissent se lâcher. Il s’agit d’une comédie.
Comment avez-vous dosé le mélange entre fiction et réalité ?
Le pari était de faire un film de fiction avec beaucoup de clins d’œil à la réalité. Je souhaitais que le spectateur soit comme une petite souris dans la maison des stars, qu’il voie comment les choses se passent quand les actrices ne sont plus en représentation. Emmanuelle et Catherine se sont parfois posé des questions sur cet aspect-là, mais une fois convaincues, elles y sont allées à fond.
Comment avez-vous choisi Emmanuelle Béart ?
J’avais depuis longtemps envie de travailler avec cette actrice magnifique, à la sensibilité à fleur de peau, d’une intensité incroyable à l’écran. Je ne l’avais jamais vue dans une comédie mais j’étais sûre qu’elle avait un éclat, quelque chose de pétillant, une luminosité que je voulais montrer. J’ai retravaillé son rôle pour lui donner plus d’humanité, montrer qu’elle avait des problèmes de cœur comme tout un chacun. Son personnage est au faîte de sa gloire et il lui est difficile de rencontrer l’homme qui pourrait satisfaire son désir de maternité. Ce rôle est d’ailleurs en partie inspiré par l’engagement d’Emmanuelle vis-à-vis des enfants, notamment en tant qu’ambassadrice de l’Unicef.
Comment a-t-elle réagi au scénario ?
Très positivement. Comédienne dotée d’une image extrêmement glamour et sophistiquée, elle aimait l’idée de montrer ce qu’il y a derrière le cliché. Lorsque je l’ai rencontrée, je lui ai dit que j’avais envie de la montrer lors de séances photo, à des avant-premières, mais aussi dans des situations beaucoup plus intimes dévoilant la femme dans sa simplicité et pas seulement à travers les paillettes et la maîtrise de l’actrice sophistiquée. Je voulais que l’on découvre les actrices démaquillées dans leur loge, en peignoir avec des bigoudis sur la tête, à la cantine... Se montrer dans la simplicité d’une vie de tous les jours lui a plu et elle a tout de suite accepté. D’ailleurs, lors de notre première rencontre, elle m’avait dit que le public prête aux actrices des vies parfaites et idéales sans s’imaginer ni les solitudes ni les souffrances qu’elles traversent parfois.
Et pour la troisième actrice, Mélanie Bernier ?
Je cherchais une très jeune comédienne - elle a vingt ans - qui puisse apporter fraîcheur, ingénuité, spontanéité et naïveté. En admiration devant les deux autres, elle se retrouve au milieu des conflits. Elle devait être suffisamment jeune pour être nouvelle dans l’univers des castings et se voir dépasser par d’autres personnes plus connues. C’est l’ingénue Agnès de
«L’École des Femmes» qui, révélée par ce film, deviendra elle aussi une actrice très connue. Il était également important de montrer que Robert, ce fan admiratif des grandes actrices, possède un flair et mise sur elles, grâce à une intuition juste. J’avais vu Mélanie dans la série
«Vénus et Apollon», dans
«Marie besnard, l’empoisonneuse» et
Sa Majesté Minor de
Jean-jacques Annaud. Elle est d’une beauté lumineuse et son énergie est très communicative.
Collaborer avec de telles stars pour votre second film, est-ce une pression ? Un plaisir ? Comment avez-vous travaillé avec elles ?
J’avais évidemment le trac avant de commencer. Se retrouver sur un plateau avec un casting pareil est extrêmement impressionnant. J’ai énormément travaillé en amont - trois ans sur le scénario, avec un grand temps de préparation ensuite - pour que tout soit très précis dans mon esprit. J’ai annulé mes vacances d’été pour passer deux mois entiers sur le découpage. Cependant, je savais précisément les raisons pour lesquelles j’avais choisi chacune d’entre elles. Le gros du travail était déjà fait par le choix des comédiennes et l’adaptation de leur rôle à leur personnalité. Quoi qu’il advienne,
Catherine Deneuve,
Emmanuelle Béart étaient à leur place dans ces rôles-là ! Le choix de Mélanie avait été important également. Pour éviter une trop grande pression, je m’étais convaincue de regarder ces actrices comme des collaboratrices qui, ayant accepté de participer au projet, avaient forcément envie d’y travailler avec moi. Je ne me suis pas placée dans l’optique de
«la petite débutante face à des énormes stars» parce que cela m’aurait empêchée de leur parler et de les diriger. Je n’ai pas hésité à leur expliquer ce que je voulais, à leur faire refaire des prises. Tout s’est très bien passé, de façon extrêmement professionnelle et j’ai été très heureuse.
Quels étaient leurs rapports ?
Juste avant le tournage, Catherine nous a suggéré d’organiser un déjeuner de filles, pas un déjeuner de travail. Nous avons parlé de tout et de rien pour apprendre à nous connaître. Cela reste un grand moment. Mélanie était au départ un peu impressionnée mais le courant est très vite passé et ce déjeuner a permis d’établir des rapports simples.
Comment avez-vous travaillé avec Kad ?
Nous avons tourné neuf semaines, du 15 octobre au 15 décembre 2007. Un tournage dense, avec beaucoup de décors et beaucoup de comédiens mais dans une vraie dynamique.
Kad était présent quasiment tous les jours, contrairement aux actrices qui avaient chacune deux ou trois semaines de tournage.
Travailler avec
Kad a été passionnant. Nous avons construit ensemble son personnage par des discussions en amont, les essayages des costumes, des lectures avec
Maria De Medeiros qui interprète le rôle de sa femme,
Juliette Lamboley qui est sa fille et
Jean-pierre Martins, le fiancé d’Emmanuelle dans le film.
Kad a lu et relu le scénario pour s’imprégner de son personnage. Il en avait toutes les qualités, il suffisait de l’orienter dans telle ou telle direction. Ce fut un travail passionnant parce qu’il est à l’écoute et se laisse complètement diriger. Il sait proposer, ajuster. Avec lui, un réalisateur peut faire vingt prises avec un résultat différent à chaque fois. Travailler chaque jour pendant deux mois avec un tel acteur est un réel bonheur. Savoir qu’il montrera une couleur différente dans chacune des cent quarante scènes qu’il doit jouer permet un vrai travail en finesse.
Au moment de l’écriture, étiez-vous impatiente de tourner certaines scènes ? En redoutiez-vous d’autres ?
J’étais impatiente de filmer la rencontre entre le fan et chacune des actrices. Quand Robert entre pour la première fois dans la maison de Solange Duvivier, je voulais qu’il se retrouve dans un sanctuaire où il ose à peine s’asseoir. Quand il va rencontrer
Emmanuelle Béart au Fouquet’s, entrant vraiment dans son rêve pour s’y incarner, il découvre également une réalité insoupçonnée. Quant à Mélanie, elle fait irruption dans sa vie. Et, là, il en arrive à souhaiter qu’elles soient restées des icônes sur l’écran, des fantasmes, plutôt que d’être devenues des êtres humains en chair et en os avec toutes leurs contradictions, et leurs faiblesses qu’il ne sait pas gérer. À la fin, il les connaît, il n’y a plus de fantasme et il ne sera plus fan. Cette différence entre fantasme et réalité est pour moi le cœur du film.
Comment avez-vous choisi vos autres comédiens ?
Le rôle de
Rufus, l’assistant de
Catherine Deneuve, est apparu assez tardivement dans le scénario. Ce personnage apporte une autre lecture de la vie de cette star. J’ai tout de suite pensé à lui. Il n’a que peu de dialogue et je voulais quelqu’un de très expressif par ses regards et son attitude. Je l’avais adoré notamment dans
Train De Vie et dans
Le Fabuleux Destin D'Amélie Poulain. Pour moi, le personnage de la femme de Robert, joué par
Maria De Medeiros, est le plus équilibré. Vivant complètement dans la réalité, cette femme a les pieds sur terre. Son seul problème est d’aimer un homme qui est ailleurs ! Maria lui a apporté sa finesse, sa sensibilité, lui donnant beaucoup plus que ce qui était écrit. Elle est très émouvante. Maria a joué leur scène «de rupture» comme une scène d’amour. Elle est partie non parce qu’elle ne l’aimait plus, mais parce qu’il était impossible à aimer. Elle a ainsi constamment apporté une autre dimension à chaque scène écrite.
J’avais vu
Juliette Lamboley dans le téléfilm
«Le procès de Bobigny». Alors âgée de quinze ans, elle y était formidable dans un rôle extrêmement dramatique. Au casting, je cherchais une ado trépidante et pleine de vie et je l’ai trouvée incroyable dans ce registre. Je suis convaincue qu’un grand avenir l’attend étant donné son talent.
Antoine Duléry joue le lieutenant bart, le seul allié de Robert. Lui est fan de foot, et ils vont se trouver. Entre fans, une espèce de solidarité s’établit. Chacun comprend la «fan attitude» de l’autre. Il fallait un acteur plein d’énergie qui puisse aller avec
Kad pour que leur amitié soit évidente. Antoine a une vraie sobriété touchante alliée à une fantaisie. Le voir côte à côte avec
Kad m’a paru naturel. Ce qu’il fait n’est pas facile puisqu’il n’a que trois scènes - dont une de relation un peu conflictuelle avec le chat !
Pour le chat, JR, nous avons fait un casting dans toute la France, avant de trouver deux chats jumeaux qui jouent alternativement. Le dresseur
Guy Demazure (qui a notamment travaillé avec
Jean-jacques Annaud sur
Deux Frères et
Sa Majesté Minor) les a pris pour les dresser pendant deux à trois mois. Ils étaient tellement bien avec lui qu’à la fin du tournage, ils ne vou- laient plus retourner chez leur maître à Grenoble ! Grâce au travail du dresseur, nous n’avons eu aucun problème.
Dans des seconds rôles, on découvre aussi Patrice Leconte et Dominique Besnehard. Là encore, vous jouez sur la limite entre la réalité et la fiction. Comment les avez-vous choisis ?
J’ai écrit le rôle de l’agent des stars en pensant à
Dominique Besnehard. Fondamentalement, il est un fan. Lui-même se définit ainsi. Il est un Robert qui a réussi et a défendu les actrices toute sa vie. Il a tout de suite accepté de jouer ce rôle qui l’amusait.
Je connais bien
Patrice Leconte car, après avoir vu mon premier film en salle, avec une élégance qui lui ressemble, il m’avait appelée pour me féliciter. Cette démarche vraiment généreuse m’avait touchée et c’est naturellement vers lui que je me suis tournée pour le rôle du célèbre réalisateur. J’adore ses films et il est d’une générosité et d’une humanité rares. Il n’était jamais apparu à l’écran. Il l’a fait pour moi en me disant que c’était le début et la fin de sa carrière d’acteur !
La musique est un élément important du ton de Mes Stars Et Moi, pouvez-vous nous en parler ?
J’ai découvert
Frédéric Talgorn, le compositeur, à travers son remarquable travail sur
Anthony Zimmer,
Molière et
Président. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui. Il a composé une musique vive et primesautière qui correspond au côté fable du film. Je tenais beaucoup à avoir des chansons, comme celles de Marc Lavoine, Zazie, newton Faulkner, pour leur côté dynamique et moderne. Nous avons passé du temps à choisir les musiques et à composer un véritable environnement sonore.
Vous jouez également un rôle dans votre film...
Le plaisir de la mise en scène est immense, très cérébral. Mais il y a un plaisir physique dans le jeu d’acteur. Avant de faire du théâtre classique, j’ai commencé comme comédienne dans des comédies musicales. Je me suis régalée pendant mes deux jours de tournage à interpréter le rôle de la psy-chat-nalyste en face de
Kad. Le rôle existait. Au début, je ne pensais pas spécialement le jouer mais il était si proche de moi, de cet humour un peu décalé que l’on trouve dans les pièces de Pinter que j’avais jouées au théâtre, que je me suis rendu compte qu’il correspondait à ce que j’aimais. J’ai alors décidé de le réécrire spécifiquement pour moi, en m’inspirant de choses que j’avais vues et entendues. Je suis allée voir de vrais zoopsychiatres (psychologues pour animaux) ! C’était extrêmement drôle et intéressant. Le travail d’écriture et le travail d’acteur sont finalement très proches : on invente un univers qui vous entraîne vers des lieux que l’on n’aurait pas soupçonnés.
Comprenez-vous la démarche d’un fan ?
Je suis fan de gens que j’admire - des grands cinéastes - et j’ai parfois fait beaucoup pour réussir à les rencontrer. Mais je ne suis ni dans l’idolâtrie ni dans le fantasme. Mes deux idoles sont
Roman Polanski et
Jane Campion. Il y a un an et demi, j’ai appris qu’elle participerait à un festival en Inde et je suis allée là-bas uniquement pour avoir une chance de la rencontrer ! J’ai pu la voir, lui parler, lui montrer mon premier film et nous sommes restées en relation. Elle est un maître pour moi. Tout comme Polanski, à qui j’ai écrit pour lui demander la permission de venir le voir travailler. Il m’a invitée sur son plateau pour quelques jours, ce qui reste un grand souvenir.
Que souhaitez-vous donner au public ?
J’avais très envie de faire un film qui parlerait de la réalité fantasmée, des gens qui se construisent une bulle. C’est d’ailleurs également le sujet de mon premier film, même s’il joue sur un registre plus dramatique. Contrairement à ma première héroïne qui n’arrive pas à sortir de sa pathologie, je voulais dans ce deuxième film une sorte de rédemption pour ce personnage qui apprendrait à aimer la réalité.
De quoi êtes-vous la plus heureuse sur ce film ?
Ce qui m’a rendue la plus heureuse, c’est de l’avoir fait ! Je n’y serais pas parvenue sans
Christophe Rossignon, qui est un producteur exceptionnel. Il ne m’a jamais lâchée. Il m’a poussée, accompagnée tout au long de ces années.