Prologue
Dans l’histoire du cinéma, aucune œuvre n’aura subi autant de transformations que METROPOLIS de
Fritz Lang. Avec ce projet colossal, au budget atteignant les 30 millions d’euros, les producteurs (la Ufa de Berlin) espéraient réaliser de gros bénéfices et un succès commercial international. Pourtant, la sortie en salle, en janvier 1927, est un véritable fiasco : la vision futuriste d’une ville de l’an 2000 que propose
Fritz Lang n’intéresse que quelques 15.000 Berlinois.
Très vite le film est retiré des écrans pour être raccourci et remonté. Cela n’aidera en rien.
Lors de sa ressortie, le nombre de spectateurs reste désespérément bas. Alors que des flops comparables atterrissent au cimetière de l’histoire du cinéma, METROPOLIS est redécouvert après la seconde guerre mondiale et connaît une véritable renaissance. Les images de ce film, spectaculaires à l’époque et encore aujourd’hui, plus que sa dimension socio-romantique, sont à l’origine de sa popularité actuelle.
Son esthétisme moderne a inspiré de nombreux réalisateurs, compositeurs et designers : Ridley Scott dans Blade Runner, Giorgio Moroder, Madonna ou le japonais Rintaro et son manga à effets spéciaux, ont tous interprété, cité ou fait référence à METROPOLIS.
Ce film constitue aujourd’hui le modèle du film hollywoodien. Même si un quart de l’œuvre est désormais perdu, grâce à la restauration d’Enno Patalas dans les années 80 et aux travaux plus récents de la fondation Friedrich-Wilhelm-Murnau en matière de restauration digitale suivant le montage original, les images de METROPOLIS sont à présent d’une qualité exceptionnelle. Le chef d’œuvre est aussi "anobli" par l’UNESCO et devient le premier film classé parmi les documentaires de patrimoine mondial (Mémoire du monde).
Aujourd’hui, METROPOLIS est le plus connu et le plus regardé des films allemands. De nouveau transformé et enrichi, il retrouve dans cette version sa musique originale, composée par
Gottfried Huppertz lors du tournage, grâce à l‚orchestre symphonique de Sarrebruck, dirigé par Berndt Heller.
Les effets spéciaux
Parmi les effets spéciaux, le chef opérateur Schüfftan développa un procédé particulièrement efficace, selon une technique de miroir. Les constructions monumentales que l'on trouve dans METROPOLIS auraient coûté beaucoup trop d'argent et de temps pour être réalisées grandeur nature. Le procédé Schüfftan, de par les énormes possibilités qu'il offre, a été la solution adéquate pour le tournage de nombreuses scènes et fut donc largement employé.
A l'aide de petites parties de bâtiments ou de modèles réduits, on obtenait une partie des scènes montrant la gigantesque route ainsi que les scènes évocatrices de la cathédrale. Pour les prises de vue Schüfftan, il faut être très attentif à la disposition de la caméra et à l'éclairage des maquettes. Les plans montrant la machine "Moloch" ont été particulièrement difficiles à réaliser, mais parfaitement réussis grâce à l'utilisation de la technique du miroir.
La musique
De leur temps, les films muets étaient tous présentés en musique, une musique qui leur allait comme une seconde peau. Ainsi, le plus souvent, le musicien faisait appel au répertoire classique pour préparer un pot-pourri. On n'écrivait que très rarement des compositions particulières. Pour METROPOLIS, c'est
Gottfried Huppertz qui en fut chargé.
Le film a connu de nombreuses versions musicales. S'il était fréquent, dans les années 50 de réaliser de simples arrangements en studio, on recommença, dans les années 70, à accompagner les projections au piano. Ce n'est que plus tard, dans les années 80, que l'on découvrit l'importance de l'ancien orchestre du film et la qualité des partitions originales écrites pour le film.
La restauration du film
Des techniques exceptionnelles ont été employées pour permettre la restauration. Au lieu de fabriquer un simple duplicata, le négatif du film a été plongé dans un fluide, scanné, puis traité digitalement par ordinateur. Grâce à cette technique, un grand nombre de défauts ont pu être corrigés, les rayures gommées, les collures de la pellicule retouchées, la poussière enlevée et les instabilités de défilement et les variations d'intensité, ce qui aurait été impossible avec l'utilisation de méthodes conventionnelles.
Au final, le négatif obtenu a l'avantage d'être parfaitement semblable à l'original de première génération, dont on peut tirer une copie, elle aussi identique à ce que l'on aurait pu voir en 1927, comme si elle provenait d'un tirage de l'époque.