Les experts rentrent en scène
Mann exigea de ses acteurs une préparation physique et mentale rigoureuse, doublée d’une initiation au maniement des armes. Le genre d’entraînement qu’un comédien comprend d’instinct, car «l’agent chargé d’infiltrer une bande se prépare exactement de la même manière qu’un acteur : en s’imprégnant du rôle qui lui a été attribué, en s’isolant, en se focalisant pleinement sur cette création d’identité.» Pour devenir les policiers d’élite Sonny Crockett et Ricardo Tubbs, Farrell et Foxx se soumirent à trois mois d’entraînement à Miami.
Colin Farrell : «Nous nous sommes entraînés sans relâche en nous rendant au pas de tir quatre fois par semaine à raison de deux heures par séance, et en tirant à chaque fois quelque 500 coups. On nous a montré comment manier une arme, comment synchroniser ses gestes et opérer à l’économie, comment réduire sa surface d’exposition à l’ennemi.»
Mann veilla aussi à ce que ses principaux acteurs s’initient au mode de vie des agents infiltrés et en partagent les aléas. «On a simulé des «achats» de routine au niveau de la rue, puis des transferts de drogue d’un bateau ou d’un avion, en associant Jamie et Colin à des gens qui connaissent par cœur ce genre d’opération. Ces répétitions étaient comme du théâtre de rue, mais dans un contexte on ne peut plus réel, avec le concours de 7 ou 8 représentants de la loi spécialistes de l’infiltration, qui ont accompli des missions complexes, à haut risque, tant à l’étranger qu’aux États-Unis.»
Une expérience à fleur de peau
Durant son entraînement, Farrell dut notamment accompagner des «taupes» dans ce qu’on lui avait décrit comme une authentique transaction entre dealers. On lui expliqua qu’il intervenait après la phase la plus délicate de l’opération et qu’il ne risquait rien. Mais un tout autre scénario avait été concocté à son intention : l’un des «dealers» – un authentique agent fédéral – se mit à l’agresser pour tester ses réactions. «L’espace d’un instant, Colin sembla sur le point de craquer», explique ce dernier. «Je m’acharnai contre lui : «Prouve-moi que tu n’es pas un flic! Enlève ta chemise et montre-moi que tu ne caches par un micro!» Il a réagi exactement comme il convenait, sauvant du même coup la situation. Ce jour-là, il a aussi compris que tout peut arriver dans notre vie d’agent infiltré et qu’il faut être prêt à réagir à l’imprévu.»
Carrefour du crime : Les extérieurs
Mann et ses collaborateurs explorèrent minutieusement les sites qu’exigeaient le film. Il fut décidé que l’essentiel serait tourné à Miami et Key West, avec quelques échappées au Paraguay, en République Dominicaine, en Uruguay et au Brésil.
Miami a considérablement évolué depuis les débuts de la série, en 1984. «C’est une ville en pleine transformation», souligne le directeur photo
Dion Beebe, couronné récemment à l’Oscar pour
Mémoires D’une Geisha. «Une ville à la recherche d’elle-même et qu’on a parfois du mal à cerner.» De nombreuses tours ont envahi l’horizon, Miami s’est couverte de chantiers, et elle est encore plus cosmopolite, plus riche, plus sophistiquée qu’il y a vingt ans.
La série avait adopté le look pastel de South Beach, mais Mann visait maintenant une toute autre esthétique. Il ne voulait pas seulement montrer les somptueuses villas et les tours de grand standing, mais les bas quartiers sinistres où règne la drogue. Pour représenter cet univers ténébreux, le réalisateur entraîna son équipe à travers les Caraïbes et au Paraguay.
C’est ainsi que Ciudad del Este fut choisie pour l’une des premières séquences de «livraison» du film. Cette ville, unique au monde, n’existe que par et pour le commerce (pas toujours licite). Marché ouvert, grouillant comme une fourmilière, elle dégage une atmosphère dangereuse et haute en couleur que Beebe et Mann étaient bien décidés à capter.
Michael Mann : «Le Paraguay, c’est le délire capitaliste à l’état pur. Tout est permis, tout se vend, tout s’achète. J’ai même pu me procurer un DVD de
Collateral à deux dollars!»
Mann utilisa un secteur de Saint-Domingue, en République Dominicaine, pour représenter Haïti, où il eut été beaucoup trop risqué de tourner. Pour conférer un maximum de tension à ces épisodes, le réalisateur choisit le «Mercado Nuenvo», réputé comme le quartier le plus dangereux de la ville, après avoir engagé comme conseiller politique Stephen Donehoo, directeur général de Kissinger-McLarty Associates.
«Plusieurs scènes de ce film ont été tournées dans des contrées très «intéressantes», mais dont l’instabilité politique appelle certaines précautions», explique Donehoo. «Nous avons noué des liens étroits avec les autorités locales et fédérales pour leur montrer que ce tournage serait bénéfique au pays.»
L’équipe déco procéda aux modifications et changements de détails propres à faire de Saint-Domingue une réplique fidèle d’Haïti. Toutes les enseignes furent rédigées en français, et les maisons repeintes aux couleurs éclatantes qui donnent à Haïti une physionomie unique au monde.
Un tournage en haute définition
Michael Mann est un chaud partisan – et un pionnier – du tournage en HD. La profondeur de champ qu’autorise la HD ajoute une dimension inédite à l’image, et donna récemment aux scènes nocturnes de COLLATERAL une dimension hyper-réaliste quasi hallucinatoire.
Dion Beebe : «
Collateral avait été mon baptême du feu en matière de HD. Michael était maintenant décidé à demander encore plus de ces caméras dans les scènes nocturnes. 80% de MIAMI VICE a été tourné de nuit, mais la différence avec
Collateral, c’est que nous avons également utilisé la HD dans les scènes de jour. Par ailleurs, nous avons mis à contribution nos caméras bien au-delà des limites habituelles. Nous avons tourné en hors-bord, en Ferrari, sur des cargos, à bord de jets et de petits avions. Nous étions constamment en mouvement et n’avons pas ménagé le matériel. Je pense que ces caméras sont encore un peu fragiles et plus appropriées au travail en studio, mais elles ont tenu le coup. Et surtout, l’équipe et les acteurs ont bénéficié de bien meilleures conditions. Jadis, on utilisait des bobines de 10 minutes et il fallait constamment s’arrêter pour recharger. Maintenant, vous pourriez faire une prise de 50 minutes. Vous ne perdez plus un temps précieux, tout est infiniment plus fluide.»