Millefeuille

Millefeuille

Genre : Comedie Dramatique - Durée : 1H45 mn
Sortie en salles le 05 Juin 2013 - en VOD/DVD le 08 Octobre 2013
Presse
Spectateurs

Notes d'intention du réalisateur

Plus rien n’est comme avant depuis le 14 janvier en Tunisie. Même si la surprise a fait précipiter les évènements, la transformation de la société s’est poursuivie de manière permanente.

La difficulté de trouver une jonction entre l’évènement politique public qui bouleverse la vie de tout le pays avec violence, les personnages dans l’évolution des rapports entre eux.

C’est déjà stimulant et excitant comme travail. C’est à travers les petites révolutions personnelles des deux filles qui vont conquérir dans la violence quotidienne leurs libertés individuelles, et leur nouveau statut que j’ai trouvé l’issue. Le défi est d’autant plus intéressant quand on veut éviter le discours idéologique qui mine l’émotion.
La solution était pour moi dans le choix de l’enjeu chez les protagonistes. Cet enjeu s’est concrétisé dans le hijab. Ce choix est essentiel, car, il est et sera au centre des débats et des conflits qui traversent le pays, en prenant des formes de surenchères politiciennes. Mes protagonistes vont se trouver, pour des raisons extérieures à leurs choix personnels, l’une obligée de mettre le hijab, l’autre obligée de l’enlever. Toutes les deux vont résister en restant solidaires. Mais l’enjeu devient de plus en plus accablant, qu’elles finissent par s’en débarrasser toutes les deux. En quelque sorte, chacune de ces deux filles va endurer ce qu’endure tout le pays.

Cette implication fusionnelle entre le contexte socio politique et la dynamique des rapports entre les personnages, fait que Zaineb et Aicha mènent le même combat même s’il parait au départ, contradictoire. Dans cette démarche, les personnages masculins risquent de jouer les mauvais rôles. Pour pallier ce système, j’ai accablé plus les jeunes (frère, fiancés...) plutôt que les pères et grands-pères. Ce qui correspond à l’évolution historique dans le pays. Le problème du hijab chez nous date d’une quinzaine d’années. Les anciennes générations ne sont pas passées par ce phénomène venu d’orient, et qui n’a rien à voir avec l’identité culturelle ou nationale.

Comme dans tous mes films, le point de vue est clair. Je me place du côté des perdantes, qui n’ont pas profité de la révolution, mais qui ont pris conscience de leurs acquis à protéger. La révolution a été le point de départ d’une nouvelle résistance, à partir du moment où les intégristes en font une question politique, alors que tout le monde y voyait un choix individuel. Je tenais à respecter et à entretenir les deux pôles qui se sont installés dans la société tunisienne, et qui sont le pôle islamiste conservateur et le pôle laïc moderniste.

Cette configuration traverse tous les espaces dramaturgiques du film. Enfin ce scénario est l’occasion de donner la parole aux victimes du régime mafieux. La nouvelle étape de justice transitoire, exige une forme de réparation et de réhabilitation. J’ai tenté de montrer comment le régime politique abîme la vie quotidienne des gens. J’ai tenu à les revaloriser, en les accompagnant dans leur reconstruction, et dans la reconquête de leur dignité.

Leurs rêves joués et filmés, sont traversés par les évènements réels et documentaires, comme une épée qui traverse un corps.

Cette option est d’autant plus urgente, que jamais un évènement chez nous n’a été autant enregistré, filmé et paradoxalement, très peu vu par le monde.

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