Notes de Prod. : Miral

    en DVD le 19 Janvier 2011

Comédiens et personnages

L’histoire de Miral commence avec une femme dont la générosité bouleverse la vie de plusieurs générations d’enfants. Il s’agit de Hind Husseini qui, en 1948, était une éducatrice et une militante de 31 ans. A l’époque, les tensions entre les réfugiés palestiniens, les Arabes et le tout nouvel Etat d’Israël aboutissent à la guerre. Le 9 avril, malgré les coups de feu qui retentissent encore, Hind s’aventure à pied hors de chez elle dans les rues de Jérusalem-Est. C’est alors qu’elle tombe sur une cinquantaine d’enfants livrés à eux-mêmes, tremblant de peur et traumatisés par la mort de leurs parents au cours du massacre du village de Deir Yassin. Ne pouvant faire autrement que de les aider, elle les recueille tous et les héberge dans l’élégante demeure construite par son grand-père au XIXème siècle, où elle leur offre gîte et couvert. Puis, constatant que cela ne suffit pas, elle décide de prendre en main leur éducation. Au fil des années, l’école-orphelinat Dar Al-Tifel acquiert la réputation de venir en aide aux victimes les moins visibles de la guerre: les enfants. En 1967, l’école devient réservée aux filles, car Hind estime que l’éducation est un droit fondamental des femmes. Hind disparaît en 1994 et, peu après sa mort, l’école perd bon nombre de ses effectifs, suite à la fermeture de l’accès entre Gaza et Jérusalem. A l’heure actuelle, l’école continue d’accueillir un petit nombre d’orphelins, malgré les difficultés.

Hiam Abbass, qui s’est imposée dans le rôle bouleversant d’une mère immigrée tentant de venir en aide à son fils incarcéré dans The Visitor, interprète Hind Husseini. L’actrice avait déjà tourné sous la direction de Julian Schnabel, dans Le Scaphandre et le papillon: autant dire qu’il souhaitait depuis le départ lui confier le rôle de Hind. “Je savais qu’elle avait énormément de talent, sans même parler du fait qu’elle est Palestinienne,” dit-il. “Et je savais qu’elle pourrait incarner le personnage à différentes époques de sa vie.” Ayant elle-même vécu à Jérusalem, Hiam connaissait bien la légende de Hind. “Cela fait des années que j’avais entendu parler de son école et j’ai fini par la voir quand j’ai vécu à Jérusalem de 1981 à 1986 et que je travaillais pour un théâtre voisin,” précise-t-elle. “Je me suis rendue à l’école quelques fois, mais je n’ai jamais eu la chance de rencontrer Hind en personne.” La comédienne ne voulait pas s’appuyer sur des images d’archives de Hind pour camper le rôle, mais plutôt se l’approprier. “Etant donné que Hind est, pour moi, un véritable personnage sacré, je ne voulais pas imiter ses mimiques ou sa gestuelle car j’avais peur que cela sonne faux,” ajoute-t-elle. “Ce que je voulais, c’était retrouver l’esprit de cette femme avec mon corps et mon âme.” “Julian pensait également qu’il fallait que je concentre mes efforts sur son esprit et ses idées et, du coup, j’ai lu pas mal d’ouvrages sur elle et j’ai vu deux films qui lui ont été consacrés,” dit-elle. “Ce qui m’a le plus frappée, c’est sa dignité, sa fierté et sa foi inébranlable en son action.” La collaboration avec Julian a permis à l’actrice d’approfondir encore son approche du personnage. “Julian m’a aidée à comprendre sa vision du film,” reprend-elle. “La confiance artistique entre nous deux était totale. Avec Julian, l’instant de la création est décisif.D’une certaine façon, il poursuit son œuvre de peintre, mais au lieu d’utiliser de la peinture et des pinceaux, il se sert d’une caméra. Nous autres comédiens sommes comme les motifs et les couleurs de ses tableaux. Il faut sans cesse l’étonner et, chemin faisant, je me suis étonnée moi-même à plusieurs reprises.” En jouant le rôle de Hind, Hiam était enthousiasmée par l’approche humaniste du réalisateur.

“Pour moi, c’est important de raconter des histoires qui sont proches de mon identité et de mes racines,” souligne-t-elle. “Je pense qu’il s’agit d’un film très important car il met en jeu des parcours personnels et qu’il invite le spectateur à considérer les individus pris au piège dans cette guerre dans toute leur humanité. Je crois que dans ce pays, comme dans tous les pays en guerre de par le monde, les problèmes viennent du fait qu’on ne considère pas – ou qu’on ne voit pas – autrui comme un être humain qui vous ressemble.” L’autre difficulté pour la comédienne a consisté à interpréter Hind au soir de sa vie. Alors que Hind a la trentaine au début du film, elle vieillit progressivement jusqu’à atteindre l’âge de 70 ans. “C’est la première fois que je n’ai pas du tout l’âge du rôle,” explique Hiam. “Je me suis donc focalisée sur l’intériorité de cette femme. Car elle est toujours restée la même au fond d’elle-même. En revanche, elle a gagné en expérience et en fierté. Physiquement, j’étais maquillée, mais mon corps devait s’adapter aux évolutions de mon visage. Pour incarner Hind à 60 et 70 ans, j’ai juste laissé mon corps s’affaisser, comme si tout devenait plus lourd pour elle”. Même dans les scènes finales, lorsque Hind est mourante, Hiam a cherché à exprimer cette lumière intérieure. “A la fin, lorsque Hind est ravagée par la maladie, j’espère que le spectateur percevra quand même l’énergie débordante de cette femme et son appétit de vie,” conclut-elle. “Il y avait toujours cette flamme dans ses yeux que rien ne pouvait éteindre. Elle a gardé cette force jusqu’au bout.” Cette force marque profondément la protagoniste du film, Miral, qui arrive en 1978 à l’orphelinat à l’âge de 5 ans. Issue d’une lignée de femmes acculées à des actes désespérés, elle trouvera pourtant sa voie en empruntant un tout autre chemin.

C’est la star montante Freida Pinto, héroïne de Slumdog Millionaire, oscarisé en 2009, qui campe Miral. Née en Inde, où elle a grandi, Freida vient d’une toute autre culture que celle de Miral – ce qui ne l’a pas empêchée d’être bouleversée par le personnage. “Je me suis vraiment reconnue en Miral,” dit-elle. “Son histoire est profondément humaine, et ce tournage a changé ma vie. Ce film délivre un magnifique message de paix. Les personnages sont complexes et riches et ils évoluent au cours du film, ce qui donne de l’espoir pour l’avenir.” L’actrice s’est considérablement documentée: elle a écouté Rula lui raconter ses souvenirs, elle s’est rendue dans des camps de réfugiés palestiniens et s’est imprégnée de l’atmosphère et des accents de Jérusalem-Est. Ce travail de recherche se retrouve dans son jeu dont la spontanéité lui a été inspirée par Julian Schnabel. “Julian fait en sorte qu’il y ait une vraie harmonie entre tous les éléments du film, pour que rien ne semble artificiel,” confie-t-elle. “Il vous aide à découvrir cela par vous-même et vous donne ensuite la liberté de vous approprier cette méthode.”“Tout sonne juste chez elle,” s’enthousiasme le cinéaste. “Son pouvoir de concentration est hallucinant. J’ai eu la chance de diriger des comédiens épatants comme Javier Bardem et Mathieu Amalric et je peux vous dire qu’elle est de leur trempe.” Rula a été tout aussi émue de voir Freida incarner un personnage largement autobiographique: “Freida a été une véritable révélation pour nous,” dit-elle. “Nous lui avons fourni tous les outils pour le rôle, mais elle a dépassé nos attentes. Il émane d’elle sincérité et émotion, et j’ai trouvé son jeu magnifique et bouleversant. Comme elle est Indienne, elle a apporté une dimension universelle au thème soulevé par le film. Elle a posé beaucoup de questions et elle a fait preuve d’une belle qualité d’écoute. Elle a fait beaucoup de recherches. Et au moment du tournage, elle n’était plus Freida: elle était devenue Miral.”

D’autres comédiens de nationalités différentes ont complété la distribution: l’actrice franco-palestinienne Yasmine Al Masri (Caramel) dans le rôle de Nadia, qui s’enfuit de chez ses parents et se retrouve en plein chaos, puis met au monde Miral; Ruba Bial (The Bubble), dans le rôle de Fatima, l’infirmière incarcérée qui devient le mentor de Nadia; Alexander Siddig (Star Trek: Deep Space Nine), dans le rôle du père de Miral, Jamal; Omar Metwally (Munich, Détention secrète) qui incarne Hani, militant et petit ami de Miral; et enfin les comédiens hollywoodiens chevronnés Willem Dafoe et Vanessa Redgrave qui campent respectivement un colonel de l’armée américaine collaborant avec les forces de l’ONU et sa tante Berta qui participent, avec Hind, au sauvetage des orphelins.

Julian Schnabel dirige ses comédiens de manière peu conventionnelle. “Je ne les fais pas répéter, mais je vis avec eux!” dit-il. “Avant le tournage, on lit le scénario ensemble, on parle beaucoup des personnages et des situations dramatiques. Mais je n’aime pas répéter car je trouve que cela gâche toute fraîcheur et toute spontanéité. Ce qui me plaît, c’est tout simplement de me plonger dans le tournage.” Sur le plateau, cette approche impulsive et instinctive est encore renforcée. “J’essaie toujours de tourner la scène en une seule prise et je n’aime pas interrompre la prise si cela n’est pas nécessaire,” souligne-t-il. “Pour moi, c’est la meilleure manière de saisir au vol ce qui se déroule dans la vraie vie.” “Même une fois qu’il a dit ‘Coupez!’, Julian laisse sa caméra tourner, pour capter des expressions ou une gestuelle naturelles,” indique Rula Jebreal. Cette méthode permet au spectateur, pour ainsi dire, de se glisser dans la peau de Miral et de partager sa vie: alors qu’elle devient adulte, on comprend ainsi les décisions d’ordre moral qu’elle doit prendre pour briser le cycle infernal dans lequel elle a failli se laisser prendre. Le film y parvient incontestablement. Mais un film peut-il changer le monde? “Je le crois,” conclut le réalisateur. “Enfin, il ne peut pas faire plus de mal que la politique! Si l’histoire de Miral permet à une poignée de gens de revoir leurs préjugés, ou de mieux comprendre autrui, ou de se mettre au service de la paix, alors cela en valait la peine.”

Notes de Tournage...

Le 25 Mars 2009 - Freida Pinto au coeur du conflit israélo-palestinien

L'actrice indienne Freida Pinto, révélation du multi-primé Slumdog Millionaire, a intégré la distribution de Miral, le prochain film de l'Américain Julian Schnabel (Le Scaphandre Et Le Papillon) consacré au conflit israélo-palestinien, rapportent le quotidien spécialisé Variety et Relax News.

Note d'intention du réalisateur

Miral parle d’éducation, d’amour, des gens et de l’espoir. Le film adopte le point de vue d’une jeune Palestinienne qui grandit dans un pays en guerre et évoque ses expériences, ses émotions, et ses rapports avec ses professeurs, sa famille et ses amis.

Note d'intention de l'auteur

Tout ce que j’ai raconté dans mon livre et dans le film est vrai. J’ai changé les noms, j’ai réorganisé certains événements et je me suis inspirée de plusieurs personnes que je connais pour écrire mes personnages – mais tout est vrai. Au Moyen-Orient, il n’y a pas de place pour l’imagination. On ne peut raconter que ce que l’on a vu de ses propres yeux.

Note de Production

« Miral est une fleur rouge. Elle pousse au bord de la route. Vous en avez sans doute vu des millions comme elle. »

Il y a peu de sujets qui suscitent autant de polémique et de déchaînement de passion et de colère que le conflit israélo-palestinien. Rares sont les films qui osent aborder la question sous divers points de vue. Mais avec Miral, Julian Schnabel a privilégié la dimension humaine: tout en racontant, en toile de fond, un demi-siècle de guerre, il s’attache à l’histoire de quatre femmes, partagées entre le désespoir et le courage, la méfiance et la générosité, le chagrin et la sagesse, la peur et l’amour – quatre femmes qui tentent de survivre et de reconstruire un monde qui a volé en éclats. De 1948 à 1994, le film mêle plusieurs intrigues qui tracent les contours de l’Histoire, depuis la fondation de l’Etat d’Israël à l’espoir éphémère suscité par les accords d’Oslo, en passant par la première Intifada, qui a coûté tant de vies humaines. Mais Miral adopte le point de vue intime et visionnaire d’une jeune Palestinienne.

L'adaptation

Si les personnages de l’écrivain et scénariste Rula Jebreal sont aussi authentiques, c’est parce qu’elle s’est inspirée de son propre parcours pour imaginer Miral et qu’elle a elle-même vécu dans les territoires occupés. Tout comme Miral, Rula s’est retrouvée orpheline dans des circonstances tragiques et a redonné du sens à sa vie grâce à l’école de Hind Husseini. Et comme Miral, elle a préféré l’éducation à la violence. Pour écrire le scénario, l’écrivain s’est replongé dans ses souvenirs les plus personnels et a fait ressurgir ses sentiments les plus fragiles.

Le tournage

Rula Jebreal a accompagné Julian Schnabel en repérages à travers Israël: ce voyage l’a beaucoup marqué et a largement influencé le style visuel et le choix des décors du film. “L’intrigue se déroule sur fond d’événements historiques et réels,” dit-il. “Mais c’est aussi une histoire d’une grande force émotionnelle et racontée de manière très subjective.”