Notes de Prod. : Mirrors

    en DVD le 18 Mars 2009

Entretien avec Alexandre Aja

Comment ce projet est-il né ?
Après La Colline A Des Yeux, j’avais envie de traiter un sujet différent. J’ai toujours été attiré par le surnaturel. Au cinéma, la peur naît essentiellement de deux façons : soit à travers des films de « survival » ou de « slasher » réalistes comme Delivrance ou Massacre à La Tronçonneuse, soit elle peut surgir par le surnaturel, dans des œuvres qui font coexister plusieurs mondes, plusieurs dimensions. Cela concerne tout un pan du cinéma de genre qui réunit fantastique et horreur.
Je ne voulais pas faire du « déjà vu ». Grégory Levasseur, mon coscénariste, et moi avons reçu un script intitulé « Into the mirror ». Il s’agissait en fait d’un projet de remake d’un film coréen, mais je n’ai accroché ni avec l’histoire ni avec les personnages. Pourtant, une ou deux scènes qui jouaient avec les miroirs m’avaient vraiment bluffé. L’idée du miroir, un objet tellement quotidien qu’on ne le remarque même plus, nous est restée. Combien de fois dans une journée, regardons-nous notre image, dont nous sommes complètement dépendants, sur une surface réfléchissante... C’est un peu comme pour vérifier que nous existons toujours !
Les gens ont tous une relation différente, particulière, au miroir. Certains sont obsédés par leur image, d’autres ne peuvent pas la supporter.
J’ai commencé à observer les gens qui se regardent dans un miroir : tous le font d’une manière différente. Un élément universel est toujours la meilleure base pour un film d’horreur – en général, une peur présente en nous tous que quelques images peuvent faire ressortir. Nous avons expliqué au studio que nous n’aimions pas le script, pourtant basé sur un sujet en or, mais que le principe des miroirs constituait une chance incroyable pour un réalisateur de films d’horreur. Nous avons réussi à convaincre la 20th Century Fox de nous laisser reprendre la thématique – cet ancien flic confronté à ce miroir – mais en nous orientant vers une autre histoire qui n’a rien à voir avec un remake.

Le fait de travailler sur ce film a-t-il changé votre façon de considérer les miroirs ?
J’ai été terrorisé. Je ne pouvais plus supporter le miroir dans ma chambre ! Chaque fois que j’écrivais une scène avec un miroir, je me faisais peur à moi-même avant de faire peur aux autres !

Comment résumeriez-vous le film ?
Kiefer Sutherland joue un ancien flic du NYPD dont la vie a sombré. Il vit comme un paria. Pour essayer de remettre un peu d’ordre dans son existence, il accepte un job de gardien de nuit dans un grand magasin en ruines qui a brûlé quelques années auparavant et où seuls quelques énormes miroirs ont survécu aux flammes. Au cours de ses rondes, le « monde du miroir » le contacte et lui demande des choses impossibles qui mettent en danger ceux qui l’entourent…

A quel moment avez-vous choisi Kiefer Sutherland ?
Pour moi, l’élément le plus important d’un film reste l’histoire. Je ne me vois pas écrire pour un acteur, quelle que soit l’admiration que j’éprouve pour lui. Nous avions une liste de trois ou quatre acteurs dont nous avons discuté, suivant le processus habituel, avec les patrons du studio. Et Kiefer est devenu une évidence pour tous. Son propre vécu, cette fêlure qui transparaît dans tous ses rôles, ne peuvent que nourrir son personnage. Il vit tout jusqu’au bout, le pire comme le meilleur, un peu comme dans L’experience Interdite qui m’a marqué à titre personnel ainsi que toute ma génération. C’est une des nombreuses raisons qui ont dicté mon choix.
Son rôle de Jack Bauer dans 24 Heures Chrono a encore accru sa notoriété, mais il s’agit d’un personnage beaucoup plus contenu, maîtrisant plus ses émotions. Il ne peut pas donner sur une série ce qu’il donne pour un film. Son personnage dans Mirrors lui rend toute la dimension et la puissance de son humanité. Il va surprendre ceux qui ne le connaissaient que par 24 Heures Chrono. Lors de notre première rencontre, j’ai en plus été étonné de découvrir qu’il a lui-même un rapport très particulier avec les miroirs. Il supporte mal sa propre image, ce qui est assez rare chez un acteur. Il n’a aucun miroir chez lui. Il ne regarde jamais le combo.

Comment avez-vous travaillé avec lui ?
Le scénario complexe, très riche, imposait de faire appel à un acteur connu qui puisse porter le film. Kiefer m’a permis de faire exactement le film que je souhaitais et nous avons travaillé main dans la main. C’est un acteur extrêmement technique. Il a cette capacité et ce professionnalisme total, cette précision que lui permet le contrôle impressionnant qu’il exerce sur lui-même. Travailler avec lui est un plaisir absolu. Il est la plus grande star que j’aie dirigée. Quel réalisateur ne rêverait pas de tourner avec des acteurs qu’il a toujours admirés ?

Où avez-vous tourné ?
Grâce à des repérages précédents, je savais, dès l’écriture du scénario, que Bucarest était – et pas seulement pour des raisons économiques – le seul endroit du monde où ce film pouvait être tourné. Une partie des intérieurs a donc été réalisée en plein cœur de Bucarest, dans l’immense Maison du Peuple et à l’Académie des Sciences voulues par Ceausescu et abandonnées depuis 1998. Ces bâtiments titanesques, dont aucun équivalent n’existe ailleurs, sont les illustrations parfaites de ce grand magasin qui a brûlé, décor impossible à réaliser en studio. Le tournage a duré huit semaines et ensuite, nous avons tourné les extérieurs à New York et Los Angeles pendant deux semaines.

Quelle est l’ambiance du film ?
Le film se passe à New York, la ville des reflets par excellence de par ses buildings. Elle ne devait cependant pas apparaître comme un personnage à part entière mais servir d’écrin à ce vaisseau fantôme qu’est ce grand magasin abandonné. Un crescendo s’instaure au fur et à mesure que Kiefer est pris dans ce tourbillon du mystère qu’il doit résoudre.

Avez-vous utilisé beaucoup d’effets spéciaux ?
Il y a énormément d’effets spéciaux. Les effets avec les miroirs sont extrêmement subtils – des réflexions qui restent dans le miroir alors que la personne qui s’y regardait s’en éloigne – et exigent une très grande précision. Nous sommes quasiment à 350 plans truqués. Nous avions donc une double contrainte, celle de ces effets et celle de l’intensité de jeu imposée par le climat du film. L’histoire fait appel à tout ce qui peut provoquer un reflet et nous avons donc travaillé avec une multitude d’éléments qui augmentaient d’autant la complexité du tournage. Sans rien dévoiler, je peux juste dire que rien n’est fait au hasard et que chaque détail est agencé pour construire la peur du spectateur.

Que vous reste-t-il de cette expérience ?
A titre personnel, j’ai dû quitter le film précipitamment pour la naissance de mon premier enfant, survenue deux mois avant la date prévue. Ça ne s’oublie pas ! Quant au film lui-même, Greg Levasseur et moi ayant cherché à jouer avec tous les types de reflets, nous nous sommes retrouvés avec des scènes impliquant l’eau qui étaient extrêmement complexes. Tout était passionnant mais rien n’était évident ! En moins de deux heures de film, nous avons essayé d’inclure le plus possible tout ce qui joue avec l’effet de miroir, et il y a de quoi tourner beaucoup de films !
Au-delà de Greg lui-même, je suis heureux d’avoir pu travailler avec des gens que je connais et qui m’accompagnent de projet en projet aux postes clés, comme le monteur ou le chef opérateur. J’ai aussi fait une grande rencontre avec Javier Navarrete qui a composé une heure et demie de musique, véritable voix des miroirs. C’est une bande-son orchestrale, fabuleuse et magique, qui a réussi à donner une vraie présence aux miroirs, au-delà des images. Sa touche européenne amène aussi une autre sensation à New York.

Que représente ce film dans votre parcours ?
Jusqu’à présent, j’ai eu beaucoup de chance. Depuis le succès de La Colline A Des Yeux, j’ai pu obtenir des conditions assez favorables. J’ai souvent pris le risque d’imposer ma vision aux décideurs américains, au risque de tout perdre. Mirrors a été un long processus et j’ai dû défendre mon point de vue mais au final, le film ressemble exactement à ce que j’imaginais, sans aucun compromis. Aujourd’hui, je revendique intégralement mes trois films produits aux Etats-Unis La Colline A Des Yeux 2 et Mirrors. Au-delà, je suis content que Greg et moi ayons pu conserver la possibilité d’écrire le scénario, essentielle pour moi mais pas facile à imposer en Amérique. De plus, nous sommes également devenus producteurs – Greg l’est pour Mirrors.

Aujourd’hui, vous voyez-vous revenir en France, ou travailler sur des films autres que les films de genre ? Comment voyez-vous l’avenir ?
Après Mirrors, Piranha sera une sorte de grand défouloir qui me permettra de faire tout ce que j’avais à faire dans l’horreur et le gore. Ensuite, je pourrai explorer d’autres horizons. Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, quel que soit le producteur, l’enjeu est de tomber sur une bonne histoire, un concept.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 482 entrées
  • 1er jour IDF : 8 841 entrées
  • 1ère semaine IDF : 85 424 entrées
  • Cumul IDF : 187 609 entrées

  • 1ère semaine France : 270 459 entrées
  • Cumul France : 601 574 entrées