Notes de Prod. : Moi Van Gogh

Interview du réalisateur François Bertrand

Comment est né ce projet ?
Il est né d’un film que j’ai récemment produit pour France 5, Derniers jours à Auvers. Le réalisateur, le photographe Peter Knapp, y part sur les traces de Van Gogh à la fin de sa vie. Nous avons tourné en haute définition et la qualité d’image des premiers tests nous a tellement enthousiasmé que nous avons eu envie d’aller plus loin encore. Avec Peter, on s’est dit : « Pourquoi pas la Géode? ». Séduit par l’idée, le directeur de la Géode est entré en coproduction avec Camera Lucida, la société que j’ai créée en 1995.

Comment conçoit-on un film sur Van Gogh en format Imax ?
D’abord, il faut avoir en soi pas mal de naïveté, parce qu’on s’imagine avoir affaire à un film comme les autres... avec juste un écran plus grand. Or, la caméra pèse quarante-cinq kilos, elle fait beaucoup de bruit et n’accepte que des magasins de trois minutes... La grammaire et les mouvements sont donc très particuliers. Tout comme la vision du spectateur, puisqu’on lui propose un champ de vision global. Mais c’est ce qui m’a intéressé : créer une dynamique avec le public, filmer les tableaux en misant sur peu de profondeur de champs, créer des zones floues et amener le spectateur à cadrer lui-même en allant chercher ce qui est net. Pour les paysages, le but était de lui faire retrouver le regard du peintre.

Jamais cinéaste ne s’était autant approché d’un tableau.
C’est vrai, nous avons eu un accès privilégié à toutes les collections : le Musée d’Orsay et le Musée Van Gogh d’Amsterdam, bien sûr, mais aussi le Kroller-Muller Museum en Hollande. En tout, nous avons filmé quarante toiles. Pour certains plans, la caméra est à deux centimètres du tableau. Tous les conservateurs de ces musées se sont entièrement impliqués dans le projet, sans oublier un personnage clé, Dominique Janssens, directeur de l’auberge Ravoux, à Auvers-sur-Oise, qui nous a ouvert bien des portes. Les carnets de croquis et les lettres de Van Gogh que l’on voit à l’image sont des originaux. Nous n’avons utilisé aucun fac-similé. Mais les mains sont celles de la conservatrice et non celles de la comédienne, car on n’avait pas le droit de toucher aux documents. Je voulais aussi qu’il y ait du monde dans les musées. Cela ajoute des silhouettes devant les tableaux, mais au moins on a une idée de leur échelle et l’endroit devient plus vivant.

Comment avez-vous obtenu ces images de croquis et de lavis qui se dessinent devant nous ?
Les documents ont été scannés en haute définition, puis on a gommé coup de pinceau par coup de pinceau, jusqu’à retrouver le crayonné d’origine. On a fait valider notre travail par le musée. A la projection, on a l’impression de les voir naître de la main de Van Gogh.

Il fallait également raconter une histoire...
Il fallait effectivement sortir des tableaux et des paysages, sinon on aurait obtenu un simple diaporama. Il y a trois personnages dans le film : un cinéaste, une conservatrice et Van Gogh lui-même. Comme je produisais alors Derniers jours à Auvers, l’idée de montrer Peter Knapp au travail est venue tout naturellement. Peter, en plus, est un homme dont les yeux s’allument dès qu’on lui parle de Van Gogh, je tenais absolument à utiliser son enthousiasme. Le personnage de la conservatrice, lui, nous permet d’ouvrir le coffre du Musée d’Amsterdam, avec les tableaux et les documents. Cela donne des respirations. On fait entrer la vie, on retourne sur les lieux où Van Gogh a vécu. Pour plus de subjectivité encore, nous avons décidé que seul Vincent parlerait. Le film devient un moment d’intimité avec lui, on épouse son regard, sa pensée, on entend sa respiration, le bruit de ses pas et même ses coups de pinceaux... Je dois dire que l’enregistrement de la voix avec Jacques Gamblin a été un vrai bonheur parce qu’il s’y est donné avec un tel enthousiasme. En plus il ressemble vraiment à Van Gogh !

La réalisation de ce film vous a-t-elle appris quelque chose sur Van Gogh ?
Enormément. J’étais jusque-là attiré par l’art contemporain, ainsi que par une peinture très classique. Van Gogh, pour moi, c’était très « poster ». On le voyait partout et je n’éprouvais aucune attirance particulière pour lui... Guidé par Peter Knapp, j’ai découvert ce que j’espère avoir fait passer dans le film : un artiste d’une immense générosité, constamment au travail, dans la recherche, la fièvre aussi... Maintenant, devant ses tableaux, je suis saisi d’une immense émotion. Il savait exactement ce qu’il peignait et il allait très vite, cela se voit aux coups de pinceaux... N’oublions pas qu’il est mort à 37 ans. C’est le film qui m’a apporté tout ça. L’équipe entière était d’ailleurs concentrée sur ce point : faire passer notre ressenti au spectateur. Quand on a choisi de travailler sur l’un des plus grands peintres au monde, quand on a cette « direction artistique » là, on ne doit pas la trahir. Il faut à la fois être très humble et rester à cette hauteur.

Extrait de ses notes d’intention de réalisation

« Vincent Van Gogh n’a peint que durant 10 années. Il n’a vécu à Auvers-sur-Oise que 70 jours, durant lesquels il a peint plus de 70 tableaux qui sont presque tous dans les plus grands musées du monde. Quand je fais du vélo avec mes amis et que je parle de lui, j’aime dire qu’il est le champion du monde de la peinture. Mais on ne parle pas ainsi de Van Gogh. On évoque sa folie, son oreille coupée, son suicide. Le film se situe là, sur une courte période excessivement prolifique, mais sur une trame de fond dramatique. Changer l’image que nous avons de ce peintre pour en insuffler une autre, afin qu’elle se développe et révèle l’homme qu’il a dû être. Un travailleur acharné, perspicace, libre grâce à son frère, qui a pu travailler sans la contrainte d’un client ou d’un marchand, ce dernier, nous le savons, influençant toujours son «vendeur».

Interview avec Jacques Gamblin

Qu’est-ce qui vous a décidé à participer à ce projet ?
Tout d’abord j’adore faire des voix. Je trouve que c’est un des privilèges de ce métier que de pouvoir à la fois jouer au théâtre, faire du cinéma, faire des voix pour des livres audio et des documentaires. Ce projet assez particulier m’a réellement enthousiasmé car il montre la peinture, la vie et le travail d’un grand peintre sur des images absolument immenses. C’est unique et nouveau. Ce n’est pas un simple travail de voix-off, j’ai du réellement incarner un Van Gogh qui visite les lieux où il a résidé et peint, qui regarde ses œuvres et les commente.

Moi, Van Gogh, une co-production inespérée pour la Géode (par Laurent Dondey, directeur général de la Géode)

Produire le film « Moi, Van Gogh » est une histoire où la réalité une fois de plus dépasse la fiction.... Pour commencer, il s’agissait d’un projet Star Wars ! Une production avec Camera Lucida, en numérique, pour la durée de l’exposition « Star Wars : L’Expo » à la Cité des sciences. Mais Georges Lucas interrompit l’opération...laissant une belle énergie inexprimée mais des relations de qualité bien nouées entre La Géode et Camera Lucida, merci Georges ! A la qualité de ces relations manquait donc un projet, ce que réparèrent rapidement François Bertrand (Camera Lucida) et Peter Knapp...Leur projet sur Van Gogh, emporta immédiatement notre enthousiasme. Il s‘agissait, dirent-ils, de proposer une nouvelle expérience face à la vie du peintre, face à ses oeuvres, de plonger dans son monde, loin des stéréotypes, pour vivre sa peinture, en grand, en format IMAXtm, sur l’écran géant de La Géode et d’autres écrans géants si possible. Grâce à leur documentaire TV (Van Gogh : derniers jours à Auvers) et Dominique Janssens de la Maison Van Gogh à Auvers-sur-Oise, François et Peter disposaient d’entrées très privilégiées pour pouvoir filmer dans les plus grands musées détenteurs des œuvres de Van Gogh. Leur discours surtout apportait au monde du format géant un nouveau ton, une histoire et de nouvelles émotions toujours très cinématographiques. Nous recherchions cela pour sortir un peu des films animaliers ou des prouesses humaines un peu trop technologiques et sportives. Alors, avec la fougue de François et la sagesse de Peter ou le contraire ( !), nous relevions évidemment un défi tous azimuts, un pari qui se révéla toujours passionnant et passionné pendant presque 3 ans de production. Il fallait commencer par séduire les professionnels de l’Imax d’abord en produisant un film annonce (FA), la copie d’examen obligatoire pour aborder les 400 professionnels du film grand format. Le FA est noté... en dessous d’une certaine note, bye-bye mais au-dessus, OK pour continuer...
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 242 entrées
  • 1er jour IDF : 393 entrées
  • 1ère semaine IDF : 3 459 entrées
  • Cumul IDF : 33 253 entrées