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Notes de Prod. : Mon colonel

    en DVD le 23 Mai 2007

Laurent Herbiet, son premier film...

‘’Je fais partie de ces 6 à 8 millions de personnes en France liées directement ou indirectement, familialement ou personnellement, à la Guerre d’Algérie... tout comme l’est notre coproducteur , nos pères ayant servi dans les camps adverses. L’Histoire est une discipline extraordinaire et frustrante : plus on creuse, moins on est sûr... À l’adolescence, grâce entre autres au cinéma et à la télévision (merci les Dossiers de l’Écran), j’ai commencé à comprendre que tout pays possède sa part d’ombre. (…). Quand le politique cesse d’encadrer l’usage des armes c’est la porte ouverte à tous les dérapages. La guerre d’Algérie ne fut pas une exception à cette règle, pas plus que les redites de ces erreurs, hier au Vietnam et aujourd’hui en Irak. C’est ceci qui est au cœur du roman et du scénario. La grande force de l’adaptation du livre a été de mettre en évidence, à travers la partie contemporaine, l’écart entre l’indifférence quasi-générale qui prévaut toujours dans l’opinion publique au sujet de cette guerre et la vivacité des souvenirs, des douleurs de ceux qui l’ont vécu.

Le choix du noir et blanc et de la couleur s’est imposé. Dans l’inconscient collectif les images de la Guerre d’Algérie sont très majoritairement en noir et blanc. La seconde raison est due à l’alternance dans l’histoire de deux époques : l’Algérie en 1956 et la France de 1993. Parfois nous passons d’une époque à l’autre le temps d’un seul plan. Le contraste permet au spectateur de se repérer.
Du point de vue mise en scène, je tenais à deux styles différents : la partie 1956 est essentiellement subjective puisque vue et racontée par le lieutenant Rossi. La caméra de Patrick Blossier est alors souvent à l’épaule et s’attache essentiellement à montrer le point de vue de Rossi. (…)
Il a été très vite décidé que les scènes de torture seraient tournées en Région Parisienne. Mais plusieurs autres scènes importantes (l’attentat du 14 Juillet, l’exposition des cadavres de moudjahidin, l’attentat du café) devaient être filmées dans les centre-ville de Blida et de Sétif. Pendant la préparation, je me demandais comment j’allais aborder ces journées particulières qui allaient forcément remuer des souvenirs douloureux de part et d’autre. En fait, tout cela s’est déroulé très normalement. (…)

J’ai à plusieurs reprises posé la question du ressentiment qu’il pouvait y avoir du côté algérien à voir remettre en scène les exactions de l’armée française. Les réponses allaient toutes dans le même sens : « On vit ça plus sereinement que vous. Tout simplement parce qu’on l’a gagnée, cette guerre... » En faisant Mon Colonel, l’idée n’était pas uniquement de manier le passé. Très tôt on s’était dit avec Costa que nous racontions une histoire se déroulant sur fond de Guerre d’Algérie mais que cette histoire-là était indubitablement emblématique de toutes les guerres de libération. Que ce soit la France résistant au joug nazi, les Vietnamiens se débarrassant des Français puis des Américains, l’Irak... Les exemples ne manquent pas.

Cette actualité m’a forcément influencé, volontairement ou pas. Je me suis par exemple attaché à moderniser la manière de bouger des soldats en opération en m’inspirant de documentaires sur les GI’s stationnés en Irak. Je me suis évertué à gommer le côté reconstitution pour renforcer le côté symbolique, emblématique de ce conflit.

Il y a cependant dans le film une réalité historique qui demeure et qui est propre à l’Algérie Française : la France occupait l’Algérie depuis plus de 130 ans. En 1956 pour la grande majorité des Français, remettre en cause l’appartenance de ce territoire à la Nation aurait été aussi incongru que de parler aujourd’hui de l’indépendance de l’Alsace-Lorraine. C’est dans ce contexte historique là qu’ont grandi les personnages du film, y compris François Mitterrand qui adhérait au fameux « La France sans l’Algérie ne serait plus la France ». ‘’

Ce qu’ils en disent…


''Mon Colonel est un film sur le passé autant que sur le présent. Le présent ne finissant pas d’être prégnant du passé, il était indispensable d’associer l’un à l’autre, psychologiquement, historiquement, politiquement…

La quasi-absence de nos écrans de la guerre d’Algérie comme tragédies personnelles, tend à éloigner de nous ces drames, leurs victimes et leurs responsables, et à les classer parmi les histoires poussiéreuses, les faits ancestraux sortis de je ne sais quel placard du passé.

Un mot de l'auteur...

''Mon Colonel a été écrit pour la collection Babel noir des éditions Actes Sud c’est donc un roman noir. Même si je ne me suis jamais dit cela en l’écrivant. Je ne suis d’ailleurs pas le premier à remarquer que, pour des raisons pratiques, il importe en France de ranger les livres dans des catégories. Je suis donc devenu auteur de “noir”. Je ne m’en plains pas. Je n’aurais jamais écrit ce livre si je n’avais pas vécu les premières années de la guerre d’Algérie dans le commissariat de police de Sétif. Jusqu’à l’installation de ma famille en banlieue parisienne, je croyais que le monde entier vivait au rythme de la guerre. À Paris, j’ai été surpris de voir qu’on pouvait entrer dans un cinéma sans présenter son cartable ouvert à un militaire et que lorsqu’on entendait un bruit on ne pensait pas automatiquement à l’explosion d’une bombe.

Sur le tournage....

1er mars 2006 - s’attaque à la Guerre d’Algérie
Fidèle à son goût pour les sujets engagés, s’attaque cette fois aux abus militaires français pendant la Guerre d’Algérie. On retrouve ainsi le réalisateur d’Amen sur le premier long-métrage de , Mon Colonel, pour lequel il endosse sa casquette de scénariste et co-signe avec une adaptation de l’ouvrage éponyme de Francis Zamponi.