Vous choisissez régulièrement de tourner dans un premier film, de soutenir un nouveau réalisateur. Comment avez-vous choisi Martial Fougeron ?
Quand on tourne beaucoup c’est bien d’aller vers de nouvelles routes, des personnages qu’on n’a jamais eu l’occasion de jouer. Et, là il y a eu aussi la personnalité de
Martial Fougeron qui m’a touchée. Il a quelque chose de secret, d’habité. J’ai aimé l’écriture du scénario. Je me suis décidée rapidement. Quand on a ainsi un désir pour un fi lm, pour un rôle, quand on croit à l’histoire, on s’imbibe du scénario et du personnage tout naturellement. Puis on voit le personnage physiquement, on le met en place, son physique, ses gestes. Après je me fonds dans le personnage. La clé est le désir. Et, quand on a envie de faire un fi lm et qu’en plus ce désir aide le film à se faire, c’est bien. Cela donne encore plus de sens.
Il est rare de vous voir dans un rôle sombre. Est-ce pour cela que ce rôle vous a attirée ?
On ne choisit pas uniquement un rôle. On tient compte des autres éléments qui l’entourent. On se décide pour un fi lm, un projet, la qualité d’une histoire, du scénario. Il y a souvent des rôles forts dans un scénario moyen, ce qui ne m’intéresse pas. Déjà l’histoire me touchait beaucoup. J’ai eu l’occasion une année de faire partie d’une association sur la protection de l’enfance où j’ai rencontré des pédopsychiatres qui m’avaient parlé de ce comportement de mères, de cet amour-là, excessif jusqu’à être destructeur pour l’enfant. Ce que raconte le film est donc tout à fait plausible, cette histoire sonne vraie. Le fait d’y croire m’a plu. Tout le monde a une part de violence, qu’on arrive heureusement à maîtriser. Mais certaines mères n’arrivent pas à contrôler leur violence. Elles sont tellement convaincues de leur sentiment, du bien fondé de leur amour pour leur enfant qu’elles ne voient pas, ne soupçonnent pas le mal qu’elles peuvent faire. Je n’avais jamais joué jusqu’à ce jour quelque chose d’aussi violent, d’aussi sombre et noir.
À tel point qu’on se demande si les sentiments de la mère relèvent vraiment de l’amour...
Elle a envers son fi ls un amour pas ordinaire, pas normal. Un amour de soi et non pas de l’autre. Elle ne peut accepter que l’enfant puisse lui échapper et s’épanouir sans elle. C’est un personnage excessif, il y a chez elle une folie, une démesure. Elle est totalement obsessionnelle, stricte et à la fois azimutée. Elle en est parfois cocasse, même si le sujet est grave. Elle est totalement sur elle-même et sur ses obsessions. Elle ne peut pas s’empêcher d’être ainsi. Elle n’a aucune lucidité, n’est pas consciente de ses actes même si elle souffre. C’est quelqu’un de débordé par sa propre violence et ses propres sentiments obsessionnels. Il y a une grande immaturité chez cette femme. Le fils est très émouvant car, comme chez beaucoup d’enfants dans ces situations, il aime infiniment sa mère. Il y a entre eux quelque chose d’insensé, de trop intense, de fusionnel,
de douloureux ; tout est excessif. Elle a choisi un mari qui est d’une lâcheté incroyable. Il est terrorisé, il sent le danger. Il se réfugie dans le travail, il a peur de sa violence, de sa démesure, et il préfère ne pas voir. Il est inconscient et laisse ses enfants en danger. Il a peur de la femme qu’il aime. Elle règne sur sa famille, elle a instauré la terreur. La jeune fille a la chance de réussir à s’envoler, à sauver sa peau. Mais elle n’a certainement pas vécu la même chose avec la mère.
Cela vient-il de l’enfance de la mère elle-même ?
Le film ne donne pas d’explication. C’est au public d’imaginer l’avant, l’après, les raisons. J’aime cette interactivité entre un film et le public. On découvre l’histoire comme on découvre un fait divers. C’est audacieux. On arrive au moment crucial où le processus de sa folie s’accélère. Elle ne supporte pas que son fils lui échappe. C’est son homme.
Propos recueillis par Magali Montet, Celluloid Dreams