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Notes de Prod. : Mon père est femme de ménage

    en DVD le 06 Septembre 2011

Entretien avec Saphia Azzeddine

Après Confidences À Allah, votre premier livre, devenu une pièce de théâtre, le second devient un film. Pourquoi ce désir de cinéma, après l'écriture ?

Je n’ai jamais vraiment su répondre au pourquoi des choses. J’accueille les évènements tels qu’ils arrivent.
C’est mon père qui m’a, le premier, encouragé à écrire. Il y croyait bien plus que moi. Puis j’ai rencontré Léo Scheer, mon éditeur, qui m’a présenté , ma productrice. Finalement je laisse le fil se dérouler et je travaille. Mais raconter des histoires reste la chose que j’aime faire par dessus tout.

Par rapport au roman, qu'est ce que le film permet ?

Le film permet de se passer des mots parfois. Et pour un écrivain c’est reposant… Cela dit, on ne fait pas tout de suite confiance à l’image seule.

C'est votre premier film. Et quelles leçons en tirez-vous ?

L’unique leçon que j’en tire, c’est qu’il faut faire plus confiance à son instinct. Comme un fauve, il faut apprendre à réfléchir avec son nez, son ventre et foncer. Tout sauf la tête ! Je m’en veux de m’être laissée faire parfois, intimidée par une technique que je ne maîtrisais pas mais heureusement j’avais une équipe de producteurs autour de moi qui me rappelait régulièrement pourquoi ils m’ avaient choisie. Et ce n’était pas pour mes prouesses techniques mais pour ma patte !

Sinon j’ai adoré torturé le sous texte avec , qui s’est beaucoup investi en amont. Après Les Beaux Gosses, Lol, etc...

Comment aborder d'un œil neuf un film dont les ados sont les personnages principaux ?

Je ne sais pas, je n’ai pas écrit mon livre puis le scénario en pensant à “Lol” ou aux “Beaux gosses”, j’ai simplement raconté une histoire qui me ressemblait et dépeint une bande de copains qui se vannent toute la journée et triturent leur appartenance sociale, culturelle et religieuse. Je ne dis pas qu’on est tous pareils, je dis simplement qu’il vaut mieux se réjouir d’où l’on vient plutôt que d’en tirer une quelconque fierté.

Comment avez vous choisi vos décors ?

J’ai adoré choisir les décors avec mon équipe ainsi que les accessoires. Je suis une malade du détail, dans ma vie de tous les jours et sur le film forcément. Pour moi, le diable est dans les détails. Pour l’appartement, je ne voulais surtout pas refaire l’appartement des Groseilles. Les Pontafiac n’ont pas beaucoup d’argent mais ne sont pas des ploucs, ils ont un appartement chaleureux mais moche.

Comment avez-vous choisi les ados qui incarnent Polo et sa sœur ? Ses copains ? Son amoureuse ?

Au premier regard, j’ai aimé leurs têtes. Ensuite il fallait que ça colle entre eux et ça a été le cas. Pour Alison (Alexandra, dans le film) elle est venue auditionner pour un autre rôle au départ, mais il y avait eu unmalentendu sur l’âge, donc elle est repartie aussi vite. Mais j’avais aimé sa fraîcheur, son rire, son regard qui brille et pendant que j’auditionnais une autre comédienne, j’ai couru et l’ai rattrapée dans la rue en me disant : “Mais pourquoi elle ne ferait pas Alexandra, qui est plus âgée ???” Elle a été la meilleure Alexandra du monde…

incarne le rôle titre. Quand avez vous pensé à lui et pourquoi ?

Dès le début. Je ne voulais surtout pas que mon personnage principal soit misérable. Je voulais un homme qui a dégringolé professionnellement, qui fait des ménages et qui se bat pour être un bon père sans culpabiliser de ne pouvoir offrir un iPhone à son ado. Un homme qui ne lâche rien dans l’éducation de son fils pour qu’il fasse mieux que lui. Un homme qui puisse foutre une baffe à son fils lorsqu’il dépasse la limite sans le regretter pendant des plombes. Un homme digne, un bon père de famille avec un boulot difficile dans une société qui ne valorise que l’argent, la consommation, le pouvoir… Il a été mon Michel idéal.

explose dans le film. Comment l'avez vous dirigée ?

Nanou est une femme intelligente et a compris très vite combien le personnage de la mère était puissant malgré son immobilisme. Nous avons parlé du personnage, mais on est très vite entrées dans le vif du sujet en écoutant “Je suis une femme d’aujourd’hui” et en jouant la scène ensemble. On avait les mêmes codes, les mêmes mimiques, elle faisait exactement ce que j’avais en tête. Nous avions le même humour, j’ai su que c’était bon. A chaque scène, on se comprenait au quart de tour, ça a été un bonheur de travailler avec elle.

Quelle place occupe le cinéma dans votre vie? Quels sont vos films de chevet ?

Une place raisonnable. J’aime qu’on me raconte des histoires de toute façon et j’aime en raconter, alors forcément, j’aime le cinéma. Mes films de chevet sont Nos Plus Belles Années de Sydney Pollack, et tous les films avec Barbra Streisand, Yentl, Funny Girl, je l’adore, Mirage De La Vie de Douglas
Sirk, Devine Qui Vient Dîner ?, Cléopâtre de Mankiewicz, Fish And Chips, Do The Right Thingde Spike Lee… J’aime énormément Jim Jarmusch, Ken Loach et Roman Polanski.

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Comme on dit à Phuket, Inch’Allah…

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Qu' est-ce qui vous a intéressé dans ce personnage ?

J'ai eu envie de l’incarner. Il m'a semblé que je le connaissais un peu, il a fait partie de ma famille socialement. Bien sûr, il y a son rôle de père qu'il prend très au sérieux, légitimé par son abnégation magnifique et l'idée qu'il se fait du devoir et de l'éducation. Il y a aussi son aspect sacrificiel auprès du fils, un ascenseur social qu'il pousserait à bout de bras pour être sûr que son fils le prenne, la quête des diplômes qu'il n'a pas eu et, l'exigence qu'il a d'accepter sa condition avec pour toute nécessité qu'elle permette à son fils de s'élever.