Pourquoi avoir attendu si longtemps pour faire un film autobiographique ?
Joël Séria : J’ai écrit ce film il y a dix sept ans. J’ai essayé de le monter à quatre reprises, sans succès. Je l’avais mis de côté et à la demande d’un producteur qui me demandait si j’avais des scripts prêts à être tour- nés, je lui ai sorti celui-là, avec deux autres. Il m’a pris une option sur les trois et c’est
Mumu qui a réussi à se monter. Mais j’ai changé de producteur entre temps.
Avez-vous pensé dès l’écriture du scénario à Sylvie Testud pour le rôle de Mumu ?
Non, bien sûr. Il y a dix sept ans, elle avait l’âge des gamins du film. Mais quand j’ai remonté l’opération, j’ai aussitôt pensé à elle et, après lecture du script, elle a accepté d’emblée.
Ce qui primait avant toute chose pour vous : était-ce parler de cette relation particulière ou bien évoquer un contexte historique ?
Ce qui m’a poussé à raconter cette histoire, ce sont les souvenirs que j’avais de cette institutrice hors du commun dans le contexte de cette petite école de village et la relation toute particulière que j’ai eue avec elle. De plus, elle avait été la seule prof à me faire passer un examen avec succès.
Comment vous êtes-vous confronté au problème de la reconstitution de la France d’après-guerre ?
Nous avons bien visité 150 à 200 écoles dans les Deux-Sèvres où le film s’est tourné et l’impératif pour moi était, à côté de l’aspect école d’après guerre, qu’il y ait deux gros arbres dans la cour de récréation.
Croyez-vous que l’institutrice de votre film est aussi vache que l’était la vraie, celle de votre enfance ?
Ou bien le temps l’a-t-il « adoucie » ?
Non, non, elle est aussi vache. Mais c’était plus de la sévérité. C’était une grande gifleuse car elle était très exigeante et voulait avant tout des résultats au certificat libre et au certificat d’études.
Quelle vacherie avez-vous renoncé à mettre dans le film ?
Du genre de celle dont les spectateurs di- raient : « alors là, c’est exagéré ! » ? S’il y avait eu de plus grandes vacheries, je n’aurais pas hésité à les mettre dans le film. Il y a seulement beaucoup d’anecdotes que je n’ai pas mises dans le récit car elles auraient pu faire doublons avec d’autres scènes.
Trouver un producteur pour un projet personnel, est-ce facile après 20 ans d’absence ?
D’autant que vous avez changé de registre depuis vos films précédents...
Trouver un producteur est toujours une question de hasard et de chance car il faut chez l’autre le désir de faire un film avec vous. Je n’ai pas changé de registre. Mais Ne Nous Delivrez Pas Du Mal Et Marie Poupee étaient aussi des films au ton différent de mes comédies.
Qu’avez-vous fait pendant toutes ces années où vous avez été absent des écrans français ? Il y a onze ans de cela à la suite d’un drame personnel, j’ai arrêté de faire des téléfilms qui me permettaient de gagner ma vie. J’ai écrit des romans ainsi que des scripts pour le cinéma que j’ai essayé de faire pro- duire, et me revoilà cinéaste. Je vais tout faire pour ne pas m’arrêter là. Ce ne sont pas les scénarios qui me manquent. Janvier 2010