My name is Khan

Un film de avec , ...
Genre : Drame - Durée : 2H40 mn
Sortie en salles le 26 Mai 2010 - en VOD/DVD le 13 Juin 2012
Presse ★★★
Spectateurs ★★★

My Name is Khan : Notes de production

« Je m’appelle Kahn et je ne suis pas un terroriste. » - Rizvan Khan
D’origine indienne, Kahn et Mandira vivaient une grande histoire d’amour à San Francisco jusqu’à ce que des événements tragiques viennent ternir leur bonheur. Khan va tout faire pour laver son nom et retrouver l’amour de Mandira, et ce faisant, il touchera le cœur et l’esprit d’une nation blessée.

le début du voyage

« C’est une histoire d’amour épique entre deux personnes qui ont une façon unique de voir le monde. » - , réalisateur

Raconter une histoire dramatique dans l’Amérique d’après le 11 septembre peut sembler normal de la part d’un cinéaste de nationalité américaine. Or, l’impact de cet événement catastrophique continue à dépasser les frontières et les idéologies et à inspirer de nouvelles œuvres d’art dans les lieux les plus inattendus. Pour le réalisateur indien , My Name is Khan était une chance unique d’apporter un nouveau point de vue sur un monde qui reste soumis à l’intolérance culturelle et aux incompréhensions.
avait envie de montrer cette vision à la fois personnelle et épique à travers l’histoire d’un couple d’Indiens vivant aux États-Unis qui, après les attentats du 11 septembre, subissent les problèmes sociaux rencontrés par beaucoup d’étrangers d’Asie du Sud-Est soupçonnés à tort d’être des terroristes sur la simple base de leurs différences physiques et culturelles. Plus encore, voulait comprendre comment une telle dynamique pouvait pousser les Sikhs à nier leur propre identité religieuse de peur d’être persécutés. Afin d’humaniser des thèmes aussi politiques, le réalisateur a souhaité créer une histoire passionnante qui fasse vivre aux spectateurs un moment d’émotion intense et universelle.
Il raconte : « My Name is Khan est une histoire d’amour épique entre deux personnes qui ont une façon unique de voir le monde. Ce qui la rend particulière est l’environnement dans lequel elle se déroule. J’essaie de faire quelque chose de différent à chaque film, mais à chaque fois je continue d’explorer comment deux personnes peuvent tomber amoureuses et le rester en dépit de tous les obstacles qui se dressent devant elles. »

Âgé de 37 ans, avoue être attiré par les histoires qui lui permettent d’explorer les multiples strates d’une relation, et les contes pour adultes qui parlent de compassion, d’engagement et de dévouement. Il confie : « Je pense que nous avons tous en nous la force d’accomplir des exploits et de prendre conscience que l’autre est ce qu’il y a de plus important dans le monde. Mais pour comprendre la réaction des gens face à certains problèmes et certaines situations, les personnages et les spectateurs devaient obligatoirement passer d’un monde bienveillant et chaleureux à un monde amer et plein de ressentiment. En cela, mon propre voyage à travers l’Amérique a été pour moi une grande source d’inspiration et a donné à Rizvan et Mandira une authenticité poignante. » raconte : « Quand on voit Rizvan et Mandira partager un moment de tendresse, on comprend tout de suite à quel point ils sont amoureux parce que leurs expressions sont très différentes de ce qu’on peut voir dans le cinéma indien traditionnel. » A New York, a pu discuter lors de dîners des sujets qui préoccupent les intellectuels indiens qui, comme leurs compatriotes vivant dans tout le pays, ont eu bien du mal à se défendre contre l’animosité croissante et la confusion qui a envahi les esprits après les attaques du 11 septembre.

déclare : « Je me demandais ce que cette peur et ce stress pouvaient engendrer chez un couple hindo-musulman. Est-ce que l’agitation du dehors se glisserait dans leur maison et remettrait en question leur mariage ? Est-ce que la femme hindoue reprocherait à son mari musulman les questions et les moqueries qu’ils doivent subir quoti- diennement à cause de leur nom de famille ? L’histoire de ce couple et les changements qui interviennent dans leur vie m’ont donné envie d’explorer le paysage social de l’Amérique à travers les yeux d’un couple innocent pris au piège d’une politique extrême et de la propagande. »
Aux États-Unis, ce natif de Mumbai a aussi rencontré des associations de musulmans qui lui ont raconté le harcèlement dont ils ont été victimes dans les grandes comme dans les petites villes américaines.

Le réalisateur se souvient : « Quand ils m’ont raconté que des gens avaient lancé des bouteilles et des pierres sur leurs mosquées, que leurs boutiques avaient été saccagées et que leurs enfants avaient été brutalisés à l’école, j’ai senti une grande douleur au fond de moi. Je me suis demandé pourquoi les Américains, qui sont des gens instruits, ne comprennent pas que l’on ne peut pas accuser tout un continent à cause des actions horribles perpétrées par une poignée de personnes. J’ai fini par réaliser qu’ils ne pouvaient pas le comprendre parce que personne ne le leur expliquait. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de l’impact que pouvait avoir l’histoire de ce couple et de cet homme qui sacrifie ce qu’il a de plus cher pour faire passer un message de paix et de tolérance à une nation confuse et blessée. »

Un héros différent

A son retour des États-Unis, s’est tourné vers la scénariste avec qui il avait travaillé sur son précédent film, Kabhi Alvida Naa Kehna (« Ne dis jamais adieu »). Elle accepta avec enthousiasme cette chance de raconter une histoire d’amour d’un genre différent.

raconte : « La force de Karan en tant que conteur est sa capacité à comprendre et à voir les relations humaines d’une façon qui échappe à la plupart d’entre nous. Karan observe attentivement tout ce qui se passe entre les gens et il en a une compréhension profonde, et si ses personnages sont fictifs, il va créer pour eux toute une histoire en se basant sur ce qu’il a pu connaître au cours de sa propre expérience. Ses films parlent d’amour de la façon la plus simple qui soit, sans édulcorer les problèmes et les conflits que les amants peuvent rencontrer dans leur couple et à l’extérieur. Avec My Name is Khan, nous avons voulu nous écarter de ces héros idéalisés des films indiens traditionnels pour raconter l’histoire d’un couple et d’un homme qui se retrouvent pointés du doigt à cause d’un événement tragique. »
Leur première tâche était de donner à Rizvan Khan une bonne raison d’accomplir son voyage. Plus important encore, ils devaient faire en sorte que la phrase de Rizvan, « Je m’appelle Khan et je ne suis pas un terroriste », ne devienne pas une polémique qui pourrait diminuer la portée et la réalité émotionnelle de l’histoire.
déclare : « Très tôt, nous avons réalisé que l’histoire ne devait pas être moralisatrice. Notre personnage principal devait avoir un point de vue nuancé sur le monde et ne pas être agressif ou arrogant. Nous avons aussi veillé à ce que sa droiture et sa soif de justice ne viennent pas alourdir et compliquer sa démarche. Nous voulions que celle-ci reste pure et simple. »

Après de nombreuses discussions et séances de brainstorming, et ont trouvé une solution unique : faire de Rizvan un homme capable de porter un regard complètement différent sur le monde – un homme atteint du syndrome d’Asperger.
La scénariste explique : « Nous ne voulions pas en faire un handicapé ni dramatiser davantage son voyage. Ce syndrome était parfait parce que les personnes qui en sont atteintes sont capables de vivre de façon autonome et de comprendre le monde, peut- être même avec un degré d’intelligence supérieur à la plupart des gens. Je trouvais aussi très intéressante la compréhension littérale des choses qui est associée au syndrome d’Asperger. Quand vous parlez à des Asperger ou des autistes de haut niveau, vous devez faire très attention à ce que vous dites parce qu’ils prennent tout au pied de la lettre et associent dans leur esprit les faits d’une façon particulière afin d’avoir une compréhension globale de vos propos. »

Cette compréhension littérale est ce qui va envoyer Rizvan sur les routes. Accablée par la tragédie qui s’abat sur sa famille à cause du climat ambiant de paranoïa sociale, Mandira crie à Rizvan d’aller trouver le Président des États-Unis pour lui dire qu’il s’appelle bien Khan, mais qu’il n’est pas un terroriste. Un tel ressort dramatique avait besoin, en plus des recherches approfondies des cinéastes, d’un traitement délicat et respectueux. précise : « Nous avons traité ce qui touche au syndrome d’Asperger avec respect et authenticité, en intégrant cet aspect dans chacune des décisions que prend le personnage. »
ajoute : « Je ne pourrais plus me regarder dans un miroir si j’avais le sentiment d’avoir donné, par manque de recherches sérieuses, une mauvaise image de ces gens dans le film. Au-delà de cette responsabilité, j’avais aussi très envie d’en apprendre davantage sur le syndrome d’Asperger et sur la façon dont ces personnes vivent et réussissent dans la vie. Cela m’a beaucoup aidé à créer les personnages et à trouver leurs petites bizarreries. »
Pour écrire le scénario, a elle aussi fait un long voyage afin de rencontrer Chris et Gisela Slater-Walker, les auteurs du livre « An Asperger Marriage ». explique : « L’Asperger de Chris a été diagnostiqué alors que leur relation avait déjà commencé. Dans un sens, ils ont dû tout désapprendre, et réapprendre comment communiquer ensemble tout en essayant de comprendre les problèmes liés au syndrome. J’ai été profondément émue par leur livre et en particulier par les passages qui racontent les doutes que pouvaient avoir les gens et les psychologues quant au succès d’un mariage entre deux personnes dont l’une est atteinte d’Asperger. »

Après avoir passé du temps avec le couple, la scénariste a été impressionnée par la façon dont les Slater-Walker communiquent leurs pensées, leurs sentiments et leurs peurs. Elle raconte : « Ils vivent au quotidien d’une façon que la plupart des couples modernes essayent d’éviter. Gisela m’a par exemple raconté que quand Chris a besoin de lui dire quelque chose, il lui envoie un e-mail dans lequel il explique en détail ce qu’il essaye de dire. Ils vivent dans la même maison, mais ils communiquent beaucoup par écrit. J’ai trouvé cela très romantique. Les avoir rencontrés m’a fait comprendre que rien n’est impossible et que vous pouvez toujours créer votre propre voie sans vous soucier de ce que pensent les gens. En tant qu’auteur, cela m’a donné beaucoup de liberté. »

Durant le processus d’écriture du scénario, s’est rendu à la National Autistic Society (NAS) pour avoir un avis honnête sur leur histoire.
Il raconte : « Les conversations que j’ai eues à la NAS ont été très instructives. Quand on commence à comprendre comment certaines personnes évoluent dans notre monde avec des facultés cognitives complètement différentes, on réalise mieux la valeur de nos propres exploits et réussites. Obtenir leur soutien et leur aide était non seulement nécessaire pour Shibani et moi, mais aussi vital pour conserver une véritable honnêteté dans l’histoire. »

Les acteurs et leurs personnages

« J’ai mal dans la poitrine quand je te quitte, Mandira.
Je pensais que c’était une congestion pulmonaire.
Mais non, j’ai bu beaucoup de sirop de gingembre, et la douleur est toujours là. »


Pour interpréter Rizvan Khan, s’est tourné vers un acteur qui a marqué de sa présence indélébile tous ses films, la légende de Bollywood . Jouer Rizvan a été une expérience nouvelle pour cet acteur emblématique, star de nombreux block- busters indiens. Shah Rukh a été séduit par la retenue et la patience du personnage. raconte : « J’ai suivi de très près la carrière de et je l’ai vu briller dans tous les genres cinématographiques. C’est une superstar pour plus d’un milliard de personnes parce qu’il ne s’arrête jamais avant d’être certain d’avoir tout donné à son public et de lui avoir offert un spectacle de qualité. Avec une carrière comme la sienne, qui ne cesse de rebondir de succès en succès, on peut se demander ce qu’il va bien pouvoir faire maintenant qu’il a joué tous les types de héros que pouvait lui offrir l’industrie du cinéma en Inde. Les défis dont un acteur a besoin au début de sa carrière doivent s’accompagner d’une certaine maturité et perspicacité qui ne peuvent s’obtenir qu’après avoir répondu à certaines attentes. »
Pour , il s’agissait de trouver un personnage capable de renforcer sa passion pour son métier. Le rôle de Rizvan lui offrait aussi l’opportunité d’étendre son registre de jeu et d’approfondir sa propre compréhension des capacités et des limites humaines. Il raconte : « Il faut beaucoup de confiance et de foi pour incarner un personnage aussi spécial et bizarre que Rizvan, et est un des rares cinéastes avec qui je me sens complètement en confiance. »
Pour mieux comprendre le syndrome d’Asperger, Shah Rukh Kahn a passé beaucoup de temps avec des personnes atteintes de ce mystérieux syndrome, lu de nombreux livres et regardé des documentaires faits par, et pour, des autistes.

L’acteur raconte : « J’ai lu le livre de Mark Haddon, « Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit », et je me souviens avoir été frappé par l’honnêteté de son écriture et le fonctionnement interne de son jeune héros autiste. Je trouvais fascinants son raisonnement et sa logique et cela m’avait vraiment donné envie d’en savoir plus sur ce syndrome. Quand Karan m’a proposé de jouer un homme atteint d’Asperger, j’ai saisi l’opportunité de l’interpréter de la façon qui me semblait la plus adaptée tout en respectant certains faits et des traits qui formaient la base de sa personnalité. » Face à une star comme , il fallait pour jouer Mandira une actrice aussi talentueuse et audacieuse que lui. Pour , ce rôle devait être interprété par , une actrice couronnée extrêmement populaire qui, comme , apprécie particulièrement le réalisateur.
déclare : « La plus grande force de en tant qu’actrice est de ne pas avoir conscience de son talent et de son immense charisme. Elle ne passe pas de heures à répéter et ne cherche pas à interpréter de façon torturée toutes les subtilités du scénario. Elle possède une intelligence très fine qui lui permet de passer sans mal d’un personnage à un autre, indépendamment de leurs origines ou du sujet du film. » , dont la prestation dans le rôle d’une femme souffrant d’Alzheimer dans son dernier film, U, Me, Aur Hum, a été unanimement saluée, a accepté de jouer dans My Name is Khan pour une raison très précise. Après avoir connu de nombreux succès, l’actrice, qui avait décidé de s’éloigner quelque temps des plateaux, ne voulait revenir que pour un rôle exigeant et excitant.

Elle déclare en souriant : « Les gens disent que je ne sors de ma retraite que pour jouer dans les films de ! Même si je l’aime beaucoup, ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai surtout besoin d’une bonne raison pour quitter ma famille et le confort de ma maison et aller travailler de longues heures sur un film. Je ne travaille que sur des projets auxquels je crois et que j’ai envie de voir en salle, et les films de Karan ont toujours éveillé cette envie en moi. Peut-être qu’il me connaît trop bien et qu’il sait exactement ce qui me fera sortir de chez moi. En un sens, il utilise notre amitié pour me faire jouer dans ses films, mais au final c’est toujours moi qui choisis si je vais ou non participer à son dernier projet. »
ajoute : « Nous nous entendons si bien Karan et moi que nous n’avons jamais été en désaccord sur quoi que ce soit durant le tournage de ses films. Il sait quand il doit me laisser partir et quand il faut me retenir. Nous avons développé la faculté de communi- quer sur le plateau en utilisant seulement les mots et les émotions qui me sont nécessaires pour entrer dans mon personnage. Je n’ai pas l’impression de travailler quand je fais un film avec lui. J’ai plus le sentiment de partir en vacances avec des amis qui se réunissent pour raconter des histoires qui, nous l’espérons, seront appréciées par les spectateurs. » Rizvan et Mandira étant les personnages principaux de My Name is Khan, l’authenticité émotionnelle du projet allait reposer sur les épaules des acteurs qui interprètent chaque rôle. Les cinéastes devaient donc obtenir un engagement ferme à la fois de la part de et de .
Le réalisateur confie : « Je pourrais faire un film sans et , mais cela me briserait le cœur de ne pas utiliser les meilleurs acteurs du cinéma indien de ces trente dernières années pour raconter mon histoire. Je savais ce que recher- chait en tant qu’acteur, et je savais que , qui est maintenant mère, allait apporter à Mandira une grâce et une émotion capables de toucher le public dès sa première apparition à l’écran. »

raconte : « Je savais que j’allais devoir relever de nombreux défis avec ce film et que j’exigerais beaucoup des gens avec qui j’allais le faire. Je voulais porter un autre regard sur le cinéma, sans pour autant abandonner tout ce que je savais déjà. Pour y parvenir, je devais être certain que les acteurs et l’équipe qui allaient travailler avec moi étaient prêts à relever les mêmes défis. Pour moi, la chose la plus rassurante pendant ce tournage a été de savoir que tous ceux qui étaient autour de moi avaient le même objectif et qu’ils m’aideraient à garder l’esprit clair et les yeux ouverts. »

l’équipe technique

« Les gens bons font le bien autour d’eux, et quand les temps sont troublés, ils placent les besoins des autres avant les leurs. »

Bien que My Name is Khan ne soit que le quatrième film de , sa réputation l’a aidé à réunir une équipe créative de premier ordre. La stratégie initiale du directeur de la photographie Ravi K. Chandran était de créer une esthétique et une texture sophistiquées pour l’image de My Name is Khan. En plus d’être une histoire d’amour, le film est aussi un road-movie à travers l’Amérique rurale – des paysages que l’on voit rarement dans le cinéma indien. La perspective d’un œil étranger aiguisé a permis une approche visuelle différente qui renforce le propos du film.

Ravi K. Chandran raconte : « Beaucoup de films indiens sont tournés en Amérique et donnent de ses grandes villes une image idyllique qui fait rêver les spectateurs. My Name is Khan est unique parce qu’il se déroule en grande partie dans une Amérique plus rustique. Le voyage de Rizvan à travers le pays et ses vastes paysages avait besoin d’avoir une certaine âme.
Parce qu’on les découvre à travers le regard de Rizvan, je voulais montrer la beauté des plaines américaines d’une façon simple, élégante et épurée. »
Pour la chef décoratrice Sharmishta Roy, l’objectif était de trouver un équilibre entre la représentation de l’Amérique réelle et le mode de vie américain tel qu’il est perçu par beaucoup d’Indiens. Les décors devaient en outre présenter les petites villes de l’intérieur du pays et montrer le comportement de ses habitants. Collaboratrice régulière de sur tous ses films, la mission de Sharmishta Roy était de capturer l’essence de l’Amérique rurale.

Sharmishta Roy déclare : « Je pense que pour comprendre l’Amérique, il faut visiter des petites villes comme Lancaster, Healdsburg et Sonoma en Californie, où les priorités sont différentes. Les gens prennent le temps de vivre, ils sont généreux et les étrangers sont des invités. En fait, ces petites villes sont très chaleureuses. »
La chef décoratrice a vécu un de ses meilleurs moments du tournage à Healdsburg, lors de prises de vues réalisées dans la maison d’un particulier. Elle raconte : « J’ai rencontré un architecte ami du propriétaire de la maison. En voyant qu’il s’intéressait à mon travail, je lui ai montré mes dessins pour les décors de la ville de Wilhemina. Pendant deux heures, il les a tous regardés et il a partagé avec moi ses idées et son expérience. J’ai vraiment été touchée par sa générosité. »
Par opposition au faste souvent associé aux films de Bollywood, voulait une approche différente quant aux costumes de ses personnages. Le réalisateur a demandé aux chefs costumiers Manish Malhotra et Shiraz Siddique de laisser de côté la luxuriance typique des costumes du cinéma indien pour se concentrer sur la création d’une garde-robe rejoignant celle que portent les gens au quotidien.

explique : « La véritable force du film, c’est son histoire et l’interprétation des acteurs. Je ne voulais rien d’ostentatoire. Je désirais que mes acteurs soient bien habillés, mais je voulais aussi qu’ils aient un style réaliste, abordable et naturel. Pour moi, il était absolument crucial de rester authentique et fidèle aux personnages et au monde dans lequel ils vivent. »
Les instructions données par à ses chefs costumiers se résumaient à une série de questions : avant de choisir un costume, ils devaient se demander s’il était abordable et s’il correspondait au personnage. Manish Malhotra et Shiraz Siddique ont créé plusieurs costumes respectant l’esthétique simple voulue par le réalisateur. Pour Manish Malhotra, une figure influente de la mode indienne habitué à créer des costumes luxueux pour Bollywood, cette approche a été une expérience complètement nouvelle.

Il raconte : « Depuis des années, j’habille les acteurs avec des costumes à la dernière mode, coûteux et colorés. Le public indien veut être émerveillé et en prendre plein les yeux quand il va voir un film, et les costumes sont un élément clé pour créer cet effet. Visuellement, Khan est plus modeste parce qu’il était plus naturel pour cette histoire de créer un look plus simple et réaliste pour les personnages. »
Mandira est une mère célibataire qui travaille, et les chefs costumiers ont créé pour elle un look qui reflète son appétit de vivre. Puisqu’elle passe son temps à courir d’un bout à l’autre de la ville, il lui fallait des tenues pratiques et fonctionnelles. Manish Malhotra raconte : « Dès sa première apparition et durant les premiers temps de cette histoire d’amour, j’ai veillé à ce que Mandira ait un look gai et amusant qui ne lui donne pas non plus un air trop jeune, trop passionné ou trop à la mode. Ses robes, ses manteaux et ses accessoires reflètent son esprit bohème. »

Quand la tension dramatique de l’histoire s’intensifie, les couleurs de Mandira deviennent plus sombres et trahissent son angoisse lorsque Khan la quitte pour traverser le pays. Manish Malhotra note : « La transition était des plus délicates parce qu’une personne ne va pas dans les boutiques s’acheter une nouvelle garde-robe dès qu’elle change d’humeur. Les changements devaient être subtils et naturels. Je pense que nous avons créé pour un look réaliste et sensé. Le film lancera peut-être une nouvelle mode, mais ce n’est vraiment pas l’objectif premier. L’histoire de My Name is Khan est bien plus profonde et importante que la garde-robe de son actrice principale, et je pense que les gens apprécieront la cohérence des costumes et de tous les éléments visuels du film. »

Tout aussi délicate et spécifique, la tâche d’habiller Rizvan a été confiée au chef costumier Shiraz Siddique. Celui-ci raconte : « J’ai fait beaucoup de recherches sur les personnes atteintes d’Asperger et d’autisme et j’ai appris qu’elles étaient très pointilleuses avec les couleurs et l’organisation globale de leurs tenues. Leurs habits sont toujours fonctionnels, simples et discrets. Le défi était donc d’habiller , qui est une icône pour des millions de personnes, avec des couleurs sourdes et des vêtements simples sans lui donner l’air d’être déguisé. »

Shiraz Siddique ajoute : « Cela aide d’avoir un acteur qui peut tout porter, mais cette fois- ci avait besoin de se fondre dans le paysage. Pour cet acteur qui est habitué à jouer des héros flamboyants, c’était un look très intéressant. Il devait littéralement porter sur lui l’humeur de son personnage. » Le chef costumier poursuit : « Sa garde-robe était composée de pantalons et de chemises très simples. Nous voulions qu’il puisse se mêler à la foule sans pour autant disparaître dans la masse.
Chaque jour, je devais m’assurer que les habits que je choisissais correspon- daient bien à ce que Rizvan pensait devoir porter dans la journée. Par exemple, quand il fait beau il ne se jette pas sur un t-shirt mais choisit prudemment sa chemise. Pour moi, il était important de garder un œil sur les nuances de chaque scène et de suivre continuellement l’état d’esprit du personnage pour conserver une certaine cohérence dans ses tenues, tout en lui permettant d’évoluer au fil de l’histoire. »
Manish Malhotra et Shiraz Siddique ont aussi conçu les costumes des autres acteurs du film en prêtant une attention particulière aux détails qui reflètent les régions traversés par Rizvan et les profils des personnages.
Shiraz Siddique raconte : « Le look des personnes que Rizvan rencontre durant son voyage devait être celui des villes dans lesquelles elles habitent. J’ai regardé beaucoup de films américains et d’émissions télévisées pour avoir une idée précise de ce que porte l’Américain moyen. Nous avions aussi besoin de savoir comment les Indiens qui vivent en Amérique s’habillent au quotidien en incorporant dans leurs tenues « américaines » certains éléments culturels et vestimentaires indiens. Cela a été pour moi une expérience très rafraîchissante. Je sais maintenant qu’habiller les personnages de façon réaliste est beaucoup plus difficile que de les vêtir avec ces costumes extraordinaires que l’on a l’habitude de voir à Bollywood. »

Pour donner au film son identité musicale, s’est à nouveau tourné vers le trio de musiciens progressistes Shankar Ehsaan Loy avec qui il avait déjà collaboré sur deux de ses films.
note : « Rizvan Khan ne pouvait pas se mettre à chanter d’un seul coup comme nous le faisons à Bollywood. Je voulais laisser de côté ce procédé où l’acteur chante en play-back au beau milieu de l’action, mais je voulais que la mélodie reste forte et marquante. Shankar, Ehsaan et Loy sont à mi-chemin entre l’Orient et l’Occident, et ils ont donné au film un son vraiment unique. »
Les cinéastes ont aussi engagé le célèbre chanteur Rahat Fateh Ali Khan pour donner aux chansons une texture et une âme capables de faire découvrir aux spectateurs du monde entier un aspect complètement différent de la musique de films indienne.
observe : « La bande sonore de My Name is Khan est absolument magnifique, plus mûre aussi, et a été pour moi, une fois de plus, un véritable processus d’exploration. Les films musicaux indiens mettent maintenant la barre très haut, et je pense que cette bande sonore figure parmi les meilleures de tout le cinéma indien. » Comme Rizvan Khan, l’équipe de tournage a parcouru le monde, filmant à Mumbai, Los Angeles et San Francisco. Avec un planning initial de 115 jours, les prises de vues ont débuté le 19 décembre 2008 à Los Angeles. Après un mois de travail, les cinéastes sont rentrés à Mumbai pour des intérieurs et des scènes tournées en studio, puis sont repartis aux États-Unis, cette fois-ci à San Francisco, en juin 2009, pour les scènes qui se déroulent dans la baie de San Francisco.

Le réalisateur associé Karan Malhotra, qui travaillait avec pour la première fois, raconte : « J’avais prévu un certain nombre de jours de tournage en prenant en compte les changements de climat et de lieux qui interviennent forcément durant la production d’un film. Ce qui aurait pu être un planning éprouvant s’est révélé être un formidable été passé à découvrir San Francisco avec des collègues fantastiques. L’histoire d’amour du film a été entièrement filmée à San Francisco, et je pense que l’énergie qui animait l’équipe durant le tournage se ressent à l’écran. »
confie : « Le processus de création de My Name is Khan a été une succession de nouvelles expériences motivées par l’envie irrépressible de faire quelque chose de neuf. Les nombreux défis présentés par le projet ont été relevés avec brio par les acteurs et l’équipe, qui ont fait preuve de beaucoup de respect et d’attachement envers cette histoire et ses thèmes. Ils ont mis en œuvre tout leur talent et leur expérience pour offrir à un public exigeant un film à la fois traditionnel et novateur, sous-tendu par un message de tolérance qui, je l’espère, touchera les gens au plus profond d’eux-mêmes. » My Name is Khan se déroule en Amérique, mais son histoire reflète aussi les problèmes auxquels sont confrontés les Indiens aujourd’hui dans leur propre pays.

conclut : « Je voudrais que les gens comprennent qu’on ne peut pas tenir toute une population responsable des actes d’une infime minorité. Nous ne maîtrisons pas encore l’art de vivre ensemble en surmontant les différences de langues et de religions. Le message de tolérance que Rizvan veut faire passer aux Américains en accomplissant son voyage pourrait aussi être très bénéfique pour tous les Indiens du monde entier qui continuent d’avoir entre eux certains préjugés. Le cinéma ne peut pas changer le cœur et l’esprit de milliards de personnes, mais il peut provoquer une conversation, et il suffit parfois de cette petite étincelle pour allumer un grand feu. »

Le Voyage d’un homme nommé Khan... Par Shah Rukh Khan

« Le courage n’est pas toujours un cri entendu par le monde entier. Parfois, il ne s’agit que d’un murmure pour soi-même qui dit : « J’essaierai à nouveau demain. »

Dans ce monde qui se cherche sans cesse de nouveaux héros, ou qui les invente quand il n’en trouve pas, My Name is Khan est comme une petite voix intérieure qui chuchote : « Pour marcher dans le droit chemin, trouver les réponses, se sauver soi-même et le monde avec, nul besoin de porter une armure ou de voler. » Il suffit d’écouter votre conscience vous dire que les vérités les plus simples sont ce qu’il y a de plus important dans la vie. L’équation formée par le bien et le mal n’est pas si difficile à comprendre. Elle est aussi simple que l’arrivée du jour après la nuit, le lever du soleil après le coucher de la lune. C’est si simple que dans ce monde désespérément épris de normalité, Khan pourrait apparaître comme un personnage anormal.
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