Notes de Prod. : My own Love Song

My Own Love Song : Notes de production

Billie : « Tu n’as pas besoin d’anges, de fantômes ou de magie. C’est le partage qui est extraordinaire. »

Il y a toujours eu des toiles, des anges et des trains dans la tête d’Olivier Dahan. de la musique, des hommes à grands chapeaux busqués et des bribes d’enfance trempées de merveilleux aussi. il en a saupoudré ses courts et ses films, comme une poussière d’or, pendant plus de vingt ans. et puis, il ne sait plus quand, il y a eu ce lambeau d’histoire jeté sur un papier parmi d’autres : une chanteuse handicapée qui ne voulait plus chanter. pas grand-chose de plus.

Elle est restée là, avec son fauteuil roulant et sa voix qui se refuse, dans un coin de sa mémoire. des anges de l’apocalypse et une môme des faubourgs sont passés. hollywood a fait un pont d’or à dahan. L’Amérique, pourquoi pas ? Mais alors pas comme ça. «Après La Môme, olivier avait envie de parler de destins anonymes qui se croisent aux états-unis», se souvient le producteur Alain Goldman, «il avait besoin de faire un film personnel, plus intimiste.»

Quelques mots à Forest Whitaker poussent Olivier Dahan à donner chair à ce qui n’est encore qu’une traînée de lumière dans son imaginaire. «on se connaît bien Forest et moi. Quand je lui en ai parlé, l’idée lui a plu tout de suite, c’est lui qui m’a incité à développer le scénario. il m’appelait régulièrement pour savoir où j’en étais.» Jane, Joey, Billie, dean, Caldwell, des grands brûlés de la vie, jaillissent entre les mots, entre les maux.
Et avec eux, La Nouvelle Orléans, terre de blues et d’ouragans que le cinéaste foule depuis ses 23 ans. «C’est l’un de mes endroits préférés au monde, j’adore les habitants, la culture, qui n’est pas seulement musicale. C’est une ville spéciale, un peu dangereuse, imprévisible, où beaucoup de gens galèrent, mais qui a une âme. elle s’imposait pour l’histoire que j’écrivais.»

Il y mettra des écureuils, des colibris à gorge bleue, des pluviers petit-gravelot qui se déhanchent sur le macadam. Pour exsuder ces phrases qu’il ne conçoit qu’en images, dahan écoute en boucle les mélopées rauques de Charles Caldwell, un bluesman du Mississipi mort à 60 ans, juste avant la sortie de son unique album. «C’est juste une voix, une batterie et une guitare électrique. Il m’a inspiré le personnage que joue Nick Nolte : Caldwell est un fantasme autour de l’album que j’écoutais.»

Jane : « Precious angel, under the sun, how was i to know you’d be the one to show me i was blinded ? »

« La musique est aussi importante que le cinéma pour lui, peut-être même plus», commente Alain Goldman. Avoir Dylan pour composer la musique de son film était un rêve. Dahan a 12 ans lorsqu’il s’éprend de Bob Dylan. Il vit encore à la Ciotat. il tombe sur slow train coming, le premier album période Born Again de Dylan, il y a une locomotive à vapeur qui avance sur des rails posés au fur et à mesure par des ouvriers à grands chapeaux.

«Je l’ai acheté parce que la pochette me plaisait, c’est comme ça que j’ai découvert dylan. L’un des titres est precious Angel. Les textes étaient très chrétiens, très religieux. J’ai adoré. depuis j’achète tous ses albums.» depuis, dahan est devenu l’un de ces artistes restés en suspens entre l’homme et l’enfant, qui n’a rien oublié de ses éblouissements d’antan.
Alors voilà, il faut dylan pour My own love song. il veut une chanson, rien qu’une, composée exprès pour le film. il contacte l’agent du musicien, lui expose son projet, lui dit qu’il a réalisé La Vie en rose, qu’il est prêt à en organiser une projection pour dylan, qu’il voudrait une chanson, rien qu’une. Coup de fil de dylan quelques jours plus tard : il a déjà vu La Vie en rose, il adore, il accepte d’écrire un morceau mais il faut qu’il lise le scénario.

«Je n’ai jamais cru que bob dylan allait dire oui, mais ça valait le coup d’essayer. Quand il a accepté d’écrire une chanson, j’étais content déjà. Quand, après avoir lu le script, il ma proposé de composer toute la bo, alors qu’il n’a écrit qu’un score dans toute sa carrière, j’étais super content.»
Sur ce, Dylan, une légende repliée sur ses mondes intérieurs, s’inquiète. se demande s’il va réussir à traduire l’essence du film. C’est qu’il n’a qu’un scénario pour trousser ses mélodies : «Je ne savais pas quels acteurs allaient jouer dans le film. et olivier n’a pas été très précis sur ce qu’il voulait comme musique, sauf en ce qui concerne une ballade que l’héroïne chante à la fin du film, Life is hard.»
Elle lui inspire tout un album, together trough life, mais c’est une autre (belle) histoire.

Jane : « On ne parle pas aux fantômes. Personne ne le peut.» Joey : « Si, je le peux. »

Pendant que Dylan jette des notes sur ses partitions, que 2008 s’ouvre à tous les hivers du monde, Dahan cherche ses interprètes comme on cherche la lune. Dans les costumes froissés de Joey, l’ancien pompier qui parle aux anges pour échapper aux tombes de son passé, Forest Whitaker s’impose de lui-même. Littéralement. «Quand olivier m’a fait lire le scénario terminé, j’ai été surpris.
Il m’avait montré les quelques pages du traitement, des compilations de photos la première fois qu’il m’en avait parlé, mais je n’imaginais pas une histoire de cette ampleur, des personnages de cette profondeur. Je lui ai dit que je voulais jouer Joey.

Je savais que ce ne serait pas un personnage facile à incarner, mais j’aime explorer de nouveaux territoires, dépasser mes appréhensions.» Avant tout, Forest veut comprendre ce qui se passe dans le cerveau d’un être qui se dérobe à lui-même, il s’entretient avec des schizophrènes, étudie la maladie sous toutes ses coutures. il pourrait en faire une thèse.
Le réalisateur rencontre Renée Zellweger, un petit bout de femme qui a de la voix et du tempérament, mi-avril 2008, alors qu’elle est en promo pour Jeu de dupes. « Olivier m’a parlé pendant deux heures. La façon dont il décrivait les thèmes et les personnages de son film, la manière dont il voit le monde m’ont captivé. J’ai voulu jouer Jane avant même de lire le script, parce que j’ai ressenti une affection et un respect immédiats pour olivier.»

Puis renée lit le scénario. et prend peur. Elle n’a jamais connu ce désespoir, cette douleur, elle ne sait pas ce que c’est d’avoir le cœur barricadé à ce point, d’avoir des roues à la place des jambes. «Les chansons que je devais interpréter me terrifiaient, ça n’avait rien à voir avec ce que j’avais fait dans ChiCAgo ou d’autres films. J’avais beaucoup de phobies par rapport au rôle.» Elle se dit, finalement, qu’elle a besoin de ce film comme d’une thérapie.

Elle fait des recherches sur la paralysie, pose mille questions à des handicapés et des spécialistes, veut savoir ce qu’on porte comme chaussures quand on est en chaise roulante, comment on se lave, comment on vit, comment on rit. Olivier est à new York et se prépare à partir pour Athènes. il veut Nick Nolte dans le rôle de Caldwell. La détermination est ce qui le détermine, justement. Nick Nolte tourne Arcadia Lost à Athènes, donc olivier prend l’avion pour la grèce.

C’est simple. «Je ne le connaissais pas personnellement, je n’avais pas de budget pour ce rôle, mais je le voulais vraiment, j’avais l’intuition que Nick était le personnage, il avait le charisme qu’il fallait pour jouer Caldwell. J’ai débarqué à Athènes, on apassé la soirée ensemble à discuter et à la fin, il m’a dit : «ok, je fais ton film.»
Le reste, Elias Koteas qu’il connaît déjà, Madeline Zima et ses fossettes barbouillées d’enfance qu’il apprend à connaître, n’est plus que détails. «olivier est un des rares réalisateurs français capable de réunir un casting américain de cette envergure», dit Alain Goldman, heureux.

Jane : « Combien de trains faut-il prendre pour se retrouver soi-même ?»

L’équipe va passer 42 jours en Louisiane, principalement à La Nouvelle-Orléans. une âme en peine dont dahan veut saisir les soupirs et les espoirs, comme il veut saisir ceux de ses personnages. en y éparpillant des poignées de magie. Une plantation de cannes à sucre où pointe un pacanier désarticulé devient ainsi le carrefour de Clarksdale, une parenthèse mythique pendant laquelle robert Johnson affirmait avoir signé un pacte avec le diable.
Les projecteurs montent jusqu’au firmament, la nuit et la boue se fondent dans les mêmes ténèbres glacées, Forest Whitaker grelotte dans le brouillard, Seb Caudron, le superviseur des effets spéciaux, triture une immense main de carton devant un ballon de lumière et la légende devient réalité six heures plus tard, au milieu de nulle part. «C’est un peintre, olivier.

Il voit le potentiel d’un décor et s’en inspire au moment de tourner pour y mettre ses couleurs, ses lumières, ses images», dixit Seb Caudron. «Même les effets spéciaux n’étaient pas prédéterminés. Le diable de robert Johnson est venu petit à petit, en discutant. Finalement c’est devenu un épouvantail avec un grand chapeau, d’une texture un peu fragile, un peu végétale comme les anges.
Olivier voulait que les effets soient de l’ordre de l’imaginaire, de l’onirique, avec quelque chose d’imparfait, de naïf et d’enfantin. Le générique de fin, qui n’était pas du tout prévu, est fait à base des dessins d’anges que des enfants ont réalisés dans une école de Louisiane, les oiseaux dans la ville s’inspirent d’un album à colorier qu’on a trouvé là-bas.»

«J’ai un stock de ciels étoilés, filmés un peu partout, rebricolés, presque exclusivement réservé à olivier», rigole seb. «J’ai beaucoup travaillé avec lui sur ses clips, qui lui servent de terrain d’expérimentation, il y met toujours des toiles, des anges et des diables. Donc je sais à quoi m’attendre.» Matthew Libatique, le directeur de la photo, ne le savait pas, lui.
Mais il comprend tout quand dahan lui parle de naturalisme, lui montre des dessins d’enfants pour expliquer le style du film. Il voulait quelque chose d’artisanal et d’enfantin, rien de sophistiqué.

Olivier voulait que le spectateur vive comme Jane l’épiphanie qui la fait passer de la détresse à l’espoir au cours de cette nuit étrange avec Caldwell. Matthew sculpte une grange de conte de fées dans des lueurs rouges irréelles qui font de Caldwell un magicien d’oz jailli des flammes, qui invente une forêt enchantée imbibée de vert et de carmin où aurait pu se perdre Alice dans son pays des merveilles. Seb Caudron y ajoutera des lucioles d’or. plus tard.
En attendant, Olivier Dahan promène ses songes dans La Nouvelle-Orléans, discute avec un chef de gang, qu’il met dans son film, devant un mur qui a vu deux hommes mourir, «je voulais de vrais morceaux de vie, pas des figurants.» il s’inquiète des chansons que Dylan lui envoie au compte-goutte, au dernier moment, «Life is hard je l’ai reçue quelques jours avant qu’on tourne la scène, Renée devait encore l’apprendre, l’enregistrer et caler le playback, il ne fallait pas être stressé», et savoure les airs de blues qui suintent des troquets de bourbon street. noël n’est plus très loin.

Le tournage se termine la nuit du 16 décembre sur un feu d’artifice. des gerbes de couleurs fusent dans un ciel d’encre, retombent en pluie d’étoiles au-dessus d’un champ sans fin. un train mugit au loin. «Combien de trains faut-il prendre avant de se retrouver soi-même ?» pour Olivier Dahan, peut-être qu’un.

Sur le tournage de My Own Love Song

Le 4 Septembre 2008 - Nouvelle recrue chez Olivier Dahan
L'actrice américaine Madeline Zima rejoindrait Renée Zellweger (Jeux de dupes) et Forest Whitaker (Au bout de la nuit) dans le prochain film du réalisateur français Olivier Dahan (La Môme), annonce Variety.
Madeline Zima, vue dans les séries Une nounou d'enfer et Californication, prendrait part au premier film en langue anglaise d'Olivier Dahan, selon le quotidien professionnel américain. Contactée par Relaxnews, la société de production Légende n'a toutefois pas été en mesure de confirmer l'information.

Entretien avec Olivier Dahan, réalisateur de My Own Love Song

Pour La Môme, c’est une photo qui vous a donné envie de réaliser un film sur Piaf. Quel a été l’élément déclencheur pour My own love song ?
Il n’y en a aucun. Je suis handicapé. J’ai grandi dans un hôpital. La vraie histoire je la connais, mais je ne suis pas encore capable de l’écrire et d’en faire un film. Ce film est une première approche sous la forme d’un film de genre. Dans un premier temps au début de l’écriture, il n’y était question que de handicaps physiques. Puis j’ai voulu étendre le champ des handicaps possibles, qu’ils soient physiques, psychiques ou sociaux, parler de la difficulté que ça représente de s’adapter au monde extérieur avec ces handicaps. Le tout sous forme d’un film de genre simple, clair et un peu naïf.