Le retour de Nanny
Cinq ans après le succès de
Nanny Mc Phee,
Emma Thompson et la productrice
Lindsay Doran ont souhaité ajouter un nouveau chapitre à la saga. «Pour nous, le point de départ du premier épisode pouvait se résumer ainsi : une nounou aux pouvoirs magiques contre les sept enfants les plus horribles du monde, explique
Lindsay Doran. C’est le principe même de la saga : la rencontre entre des gosses mal élevés et une nounou qui leur vient en aide. Mais si dans le premier volet il s’agissait d’une guerre entre un père et ses enfants, on s’intéresse cette fois à une guerre entre enfants.
Nanny McPhee doit leur donner cinq nouvelles leçons, et leur montrer qu’on peut régler ses conflits sans se battre.»
À la fois scénariste, productrice exécutive et actrice,
Emma Thompson ajoute : «Dans les deux films, c’est le sentiment de l’absence qui prédomine. Dans le premier, c’est la mort de Mme Brown qui provoque l’absence. Dans le deuxième, il s’agit de l’absence du père, parti à la guerre.» La comédienne s’est attelée au scénario du nouvel épisode au moment même où le premier film était en tournage, et a bouclé l’écriture en trois ans, en restant constamment fidèle à l’esprit de la série de livres pour enfants, Chère Mathilda, signée par
Christianna Brand dont est tiré
Nanny McPhee.
Si l’intrigue et les personnages ont été modernisés, les principes de l’histoire d’origine – les leçons de
Nanny McPhee, sa transformation physique, ses pouvoirs magiques et son besoin de s’en aller dès qu’on s’attache à elle – sont restés les mêmes.
Il faut se ressaisir et tout recommencer à zéro !
our le deuxième volet de la saga, il fallait une toute nouvelle intrigue car Emma s’est vraiment servie de l’intrigue et des personnages des trois volumes pour le premier film, si bien qu’il fallait repartir à zéro pour la suite. Très vite, la scénariste et les producteurs ont convenu que Nanny ne reviendrait pas chez les Brown pour y résoudre de nouveaux problèmes. La solution consistait donc à la faire voyager à travers le temps et l’espace pour qu’elle rende visite à une autre famille.
«Elle est un peu comme Batman, dans la mesure où elle a des pouvoirs magiques qu’elle peut utiliser quand elle le juge nécessaire,» nous dit
Eric Fellner. «
Nanny McPhee est un personnage atemporel qui n’a pas d’âge, renchérit
Emma Thompson. Qui sait depuis quand elle rend visite à des familles, ou à combien de familles elle est venue en aide ?
Lorsque nous avons décidé de la faire voyager dans le temps, j’ai aussitôt eu envie de situer l’intrigue en temps de guerre. Je voulais qu’elle se rende dans une famille dont le père a dû partir à la guerre, et dont la mère essayait de s’en sortir. Il y avait donc de nouveaux enjeux pour les enfants, de nouveaux enjeux pour la mère, et cinq nouvelles leçons que
Nanny McPhee devait donner aux garnements.»
L’invention fantastique de M. Green
M. Green a dû partir à la guerre et n’a plus donné de nouvelles depuis des mois. S’il est absent, on apprend malgré tout à le connaître à travers son invention amusante : le Gratte-O-Mattic.
La réalisatrice explique : «Quand j’ai découvert le scénario, j’ai eu le sentiment qu’il fallait donner plus d’importance au père. Je me suis dit que c’est en sentant sa présence dans la ferme que le spectateur comprendrait à quel point son absence est douloureuse. J’ai donc suggéré à Emma que le père incarne l’espace des jeux avec les enfants. Elle a alors eu l’idée du Gratte-O-Mattic.»
Emma Thompson ajoute: «Les cochons adorent qu’on les gratte. Cela les endort et les plonge dans un état de béatitude.
Cette machine symbolise la présence du père et rappelle qu’il s’agit d’un homme imaginatif, intelligent, profond et généreux.» Le directeur artistique Nick Dent s’est inspiré du travail de Heath Robinson pour le Gratte-O-Mattic : «Nous nous sommes interrogés sur la manière de créer des engins les plus hallucinants à l’aide d’ustensiles ménagers, et je pense qu’il y a là-dedans un côté ‘professeur Nimbus’ indique-t-il. Il fallait surtout que cela n’ait pas l’air d’être une invention totalement délirante, mais conçue avec soin et réflexion par le père, et que l’engin témoigne de ses sentiments à l’égard de ses enfants et de ses porcelets.»
Les années 40 ou tout comme
«C’est un film fantastique, et on ne voulait pas se limiter à une époque ou un lieu particuliers, explique
Lindsay Doran. On a donc décidé de ne pas strictement respecter l’exactitude historique de la période de la Seconde guerre mondiale pour rendre le style visuel du film plus attrayant et pour faire de ce conflit une métaphore de toutes les guerres. Puisque le film se déroule dans les «années 40 – ou tout comme», l’équipe Décoration s’est permis quelques fantaisies.
«Quand j’écris, je travaille avec des mots, des personnages et une dramaturgie, précise
Emma Thompson. Et si j’avais quelques idées en tête, le chef-décorateur
Simon Elliott m’a fait des propositions d’une telle originalité et d’une telle beauté que cela a balayé tout ce que j’avais envisagé. C’est cela qui est formidable avec un scénario : on fait appel à des personnes extérieures qui vous proposent des choses auxquelles vous n’auriez jamais pensé.» «Simon et moi sommes souvent sur la même longueur d’ondes, explique
Susanna White.
Il s’inspire de styles du monde entier : pour les tiroirs du magasin, il est parti d’une boutique d’un village français, et l’aspect des meules de foin provient d’un souvenir de Roumanie – mais il s’approprie tous ces éléments hétérogènes pour en faire un décor très anglais. On s’est servi des photos de Norman Parkinson et des arts décoratifs du groupe de Bloomsbury comme références picturales.
On aime tous les deux la tradition des surréalistes anglais, comme Stanley Spencer, ce qui explique la présence de l’étrange arbuste sculpté dans le village.» En dehors de la grange, tout a été construit : la maison, les dépendances, le jardin et les étangs. Un élément de décor figurait déjà dans le scénario : la boue. Du coup, la réalisatrice a demandé au département Décoration de créer une substance gluante couleur chocolat qui la rappelle. Les intérieurs sont inspirés du style campagnard anglais des années 20, 30 et 40. Les meubles et les bibelots proviennent des brocantes et des marchés aux puces de toute l’Angleterre, et même d’e-Bay.
Le décor de la maison est censé être plein d’inventions et il fallait donc qu’il y ait un côté artisanal là-dedans. Les enfants comédiens ont aussi participé à la décoration du plateau : c’est à eux que l’on doit les dessins de la cuisine. Le décor le plus pittoresque est sans doute celui du champ d’orge qui a été ensemencé à l’ancienne avec des semences à longue tige permettant à un agriculteur des années 30 de le moissonner. Il était essentiel que ce champ d’une douzaine d’hectares soit réalisé à la perfection : «La moisson est un personnage à part entière,» indique Emma.
«L’orge a été semée un an plus tôt par la production, puis cultivée et soignée pendant huit mois. Je n’ai jamais travaillé dans un si beau cadre. Comme l’orge se déplace constamment au gré du vent, on n’aurait jamais obtenu les effets qu’on recherchait en infographie.» «Nous avons gardé le rouge pour Londres, explique
Susanna White. Nous avions une palette limitée pour la campagne, et puis à Londres le rouge vous saute au visage, qu’il s’agisse des bus, des boîtes aux lettres, des cabines téléphoniques, de la tenue des gardes royaux, des ongles vernis et du rouge à lèvres des figurants. Nous avons filmé uniquement les bâtiments d’inspiration expressionniste, comme la centrale électrique de Battersea et le ministère de la Guerre, et, en dehors du rouge vif, nous avons limité la palette de couleurs de la ville aux noirs et aux gris.» Les costumes participent également au style visuel du film.
Chef-costumière sur
Reviens-moi et
Be Happy de Mike Leigh,
Jacqueline Durran s’est vu confier la création des costumes. «Je voulais que les tenues vestimentaires soient atemporelles et classiques, et Jacqueline a respecté cette consigne à merveille, reprend la réalisatrice. Il me semblait essentiel que le spectateur ait le sentiment qu’il pouvait croiser Mme Green dans sa robe et ses chaussures de tennis dans les rues de Notting Hill, et qu’elle se fonderait dans le paysage. Jacqueline s’est inspirée de motifs classiques anglais – le liberty ou les pull-overs Fair Isle – et a donné à la garde-robe des Green une dimension artisanale puisque Mme Green brode ses propres vêtements et ceux des enfants. Cela tranche évidemment avec la robe à froufrous sophistiquée de Celia et les costumes de grand couturier de Cyril.»
Ce qu’on aime est toujours beau
Dans les livres Chère Mathilda dont le film s’inspire, la physionomie de
Nanny McPhee évolue au fur et à mesure que le comportement des enfants s’améliore. Si cette évolution n’est jamais justifiée, les producteurs du film se réfèrent à un proverbe norvégien – «Ce qu’on aime est toujours beau» – pour expliquer le phénomène. Tout le monde est stupéfait par la laideur de
Nanny McPhee au départ mais alors que les enfants s’attachent à leur nounou pas comme les autres, et qu’ils deviennent eux-mêmes plus affectueux et généreux, ses traits hideux s’estompent. S’agit- il d’une véritable métamorphose ? Ou celle-ci ne se passe-t-elle quand dans l’imagination de la famille ? On ne le saura jamais.
Dans ce deuxième épisode, seuls les animaux s’aperçoivent des changements: M. Edelweiss glousse et un porcelet cligne de l’œil. Les changements se produisent de manière si progressive que même le spectateur a du mal à percevoir les évolutions d’une scène à l’autre. Le chef coiffeur et maquilleur
Peter King se souvient de ses premières impressions lorsqu’il a mis au point le style du personnage de
Nanny McPhee : «Il fallait qu’elle soit effrayante, mais pas trop, explique-t-il.
Il fallait aussi qu’elle soit drôle, mais pas trop non plus car cela risquait de dévier l’attention du public des enjeux importants du film.» Dans les livres,
Christianna Brand n’hésite jamais à décrire la monstruosité de sa protagoniste lorsqu’elle se présente sur le palier de la porte de la famille qu’elle vient secourir : deux poireaux, un seul sourcil, une dent qui dépasse et un nez «semblable à deux grosses patates.» Malgré les difficultés logistiques,
Emma Thompson était heureuse d’endosser de nouveau le costume de la nounou aux pouvoirs magiques. «
Nanny McPhee n’est pas normale, dit-elle.
À certains égards, elle n’est pas humaine, mais elle est le fruit de plusieurs fantasmes. C’est une moraliste et une adepte de la philosophie Zen. En tout cas, c’est un formidable rôle pour une actrice.»