Notes de Prod. : Narco

    en DVD le 04 Juillet 2005

Entretien avec Tristan Aurouet et Gilles Lelouche

Gustave Klopp est un héros plutôt inhabituel. Comment avez-vous eu l’idée de raconter l’histoire d’un narcoleptique qui rêve sa vie en super héros ?
Gilles Lellouche : L’idée originale nous a été soumise par Philippe Lefebvre et Alain Attal. Dès le départ, nous avons su que si Gustave Klopp était un héros dans ses rêves, il devait être le contraire dans sa vie. À cause de sa maladie, il ne peut pas trouver une vraie place dans la société. Du coup, il paraît un peu mou, lymphatique, et même son apparence physique reflète son état.
Nous pouvions ainsi casser totalement cette image dans les scènes de rêve où il ressemble plus au héros tel que nous avons l’habitude de le voir. Nous voulions que Gustave Klopp soit attachant et tendre, et par opposition violent et rédempteur dans ses rêves.

La différence entre Gustave Klopp dans son quotidien et dans ses rêves est si forte qu’elle apparaît comme une sorte de schizophrénie inconsciente…
Tristan Aurouet : C’est un peu ça. Cette schizophrénie naît de sa frustration. Il est constamment humilié au travail et en famille, par sa femme, son fils adoptif et même son meilleur ami qui a une très forte influence sur lui. Il prend toujours sur lui sans rien dire. Du coup, son incompétence l’agace, et il règle ses problèmes dans ses rêves. Gus trouve un exutoire dans le dessin. C’est sa planche de salut.

Avez-vous fait des recherches préalables sur la narcolepsie ?
Gilles : Nous avons rencontré un narcoleptique grâce à Guillaume Canet, quand celui-ci se préparait pour le rôle. Nous ne voulions pas trahir la réalité de cette maladie qui est très particulière. Elle peut se présenter sous plusieurs formes. Chaque cas est différent des autres. Certains narcoleptiques tombent dans des phases de sommeil profond, d’autres dans un sommeil plus léger ou dans un état de somnolence.
Tristan : Nous avons appris lors de cette rencontre que les narcoleptiques pouvaient avoir une certaine continuité dans leurs rêves, c’est-à-dire qu’ils peuvent les reprendre là où ils les avaient quittés et les poursuivre, c’est lié au fait qu’ils sont plongés immédiatement dans le sommeil paradoxal que nous mettons deux trois heures à atteindre. C’était une similitude intéressante avec le scénario. Nous n’avons constaté aucune incohérence vraiment énorme entre notre histoire et la réalité de cette maladie…
Gilles : …juste le fait que Gustave Klopp guérisse de sa maladie en sortant du coma où l’a plongé son accident. C’est absolument impossible dans la réalité.

Les personnages qui entourent Gustave Klopp sont aussi des rêveurs à leur manière.
Gilles : Ils ont tous des rêves, que ce soit Pam et sa une boutique de manucure, Lenny et son karaté, Guy Bennet et son ambition d’être le plus grand comique du monde et le psy, Pupkin, qui attend désespérément d’être enfin reconnu comme artiste. À travers eux, nous voulions surtout parler de l’incapacité de certaines personnes à profiter de ce qu’ils sont vraiment.
Tristan : Ils sont à la poursuite de leurs rêves alors que Gustave, lui, vit ses rêves.

NARCO serait donc une comédie sur la frustration ?
Gilles et Tristan : Oui !
Gilles : La frustration, l’utopie et surtout cette influence des médias sur les gens. Aujourd’hui, n’importe qui peut devenir un aventurier à “Koh Lanta” ou un chanteur à “Star Academy”. C’est comme si le seul fait d’être un père de famille menant une vie tranquille n’avait plus de valeur. L’idéal de réussite passe maintenant par une sorte de starisation de chacun. Les personnages autour de Gus sont dans cette spirale. Gus, lui, aime sa vie banale, il se sent à sa place…

Entretien avec Alain Attal

Comment s’est déroulée votre collaboration avec Tristan & Gilles ?
Nous leur avons proposé un scénario que nous avions développé en interne, Philippe Lefebvre et moi. Gilles a rebondi sur notre idée et l’a développée à sa manière, notamment grâce à son talent de dialoguiste. Dès la première version du scénario, j’ai marché. Le film dont ils me parlaient était ce que j’imaginais au départ. Nous étions sur la même longueur d’ondes. Le travail d’écriture a ensuite été très dense, il s’est étalé sur deux ans. Ils ne sont jamais tombés dans les travers des réalisateurs de clips et de pubs qui sont trop préoccupés par l’esthétisme au détriment de l’histoire quand ils passent au cinéma. Nous avons beaucoup discuté ensemble de la scénographie et de l’évolution des personnages.