Notes de Prod. : Nathalie...

    en DVD le 08 Septembre 2004

INTERVIEW D’ANNE FONTAINE

Vos films se distinguent par l’originalité de leurs sujets. Quels étaient vos points d’intérêts pour "NATHALIE…"?

Au départ, j’avais lu un scénario de Philippe Blasband qui traitait de la relation entre une femme et une prostituée. Il s’agissait d’une histoire de vengeance, de piéger un mari qui n’apparaissait qu’à la fin. Ce qui m’a intéressé, c’était de partir d’une femme mariée qui engageait les services d’une professionnelle, et qui vivait, sans l’avoir décidé vraiment, un rapport au sexe par procuration. Avec Jacques Fieschi, nous sommes partis d’une femme, Catherine, installée dans une vie établie qui, après une trahison affective, va être amenée à louer le corps d’une autre femme pour contrôler la sexualité de son mari. Et comme souvent, les motivations qui vous poussent au départ vous entraînent vers d’autres aventures plus oscures …Il y avait là une matière pour développer un sujet autour du trouble, du désir, et installer un "suspense érotique".

Au départ, il s’agit d’une crise plutôt banale dans un couple. Une tromperie sans conséquence, aux yeux du mari …Pour la femme, cet acte révélateur va tout chambouler !

Je voulais partir d’une situation que tout le monde a pu connaître mais qui varie selon le moment où elle se présente dans notre vie. Tout dépend, et c’est là le plus important, de la façon dont on fait le point sur un tel évènement : qu’est-ce qu’il révèle de notre propre existence ? Dans le cas de ce couple, on sent bien qu’il y a déjà eu d’autres tromperies, le mari a organisé sa vie sexuelle, c’est souvent plus courant chez les hommes… La femme a mis sa sexualité dans une sorte de demi-sommeil, et brusquement, un acte de décès lui est signifié.

"Mais peut-être que c’est inévitable …qu’un jour c’est mort", dit Bernard, son mari.

Il ne le dit pas de manière agressive, ni subversive. C’est comme un état des lieux, comme un déclic fondamental. Face à cette sorte de brusque réveil, certaines femmes font une crise d’hystérie, divorcent, ou bien elles masquent, elles pratiquent la dissimulation. Catherine, elle, choisit une autre voie, et tente de retrouver quelque chose d’une sexualité. Elle bascule dans une situation romanesque face un évènement rdinaire. Ça m’intéressait d’avoir assez vite cette sensation que tout pouvait basculer suite à une situation apparemment anodine. Les petites choses intimes, vécues à l’intérieur, provoquent souvent des situations imprévisibles, lourdes de conséquences.

Comment souhaitiez-vous présenter chaque personnage ?

Je souhaitais que Catherine et Bernard apparaissent comme un couple ayant encore de l’électricité, du magnétisme. Dans toutes les unions de longue durée, il peut y avoir une sorte de ronronnement, de lassitude, mais ces deux-là s’aiment vraiment, c’est fondamental. Il me semblait plus troublant, et à la fois plus cruel, qu’il y ait de l’amour entre eux, alors que Marlène va s’infiltrer dans leur intimité. Marlène intervient d’abord comme une hôtesse de bar qui joue son "rôle", elle est rodée à toutes sortes d’expériences et ne manifeste aucun état d’âme. Dès la première rencontre avec Catherine, elle se retrouve face à une "cliente", une femme d’un autre monde, et va l’amener à formuler son projet. Puis petit à petit, on découvre sa complexité, ses failles… Chaque personnage apparaît dans un rôle codé, le mari, la femme, la pute… mais chacun a un double fond.

INTERVIEW DE FANNY ARDANT

Quelles ont été vos premières réactions à la lecture du scénario ?

Ce scénario m’a séduit pour de nombreuses raisons. Il raconte une vraie histoire. Elle nous happe, on est pris, on se demande en permanence quelle en sera la fin. Tout part d’une tromperie. Une situation dans laquelle tout le monde peut s’identifier, moi la première. C’est très français la gaudriole, une petite incartade… Là, une femme ressent cette trahison comme un coup d’épée dans le cœur. J’aimais aussi le fait qu’il y a toujours de l’électricité dans ce couple. Le personnage de Catherine m’a plu pour sa résistance. Les grandes histoires d’amours ont leur lot d’érosion, de coups de butoir, on a souvent tendance à trouver des arrangements… Mais ces compromis sont la mort du couple. Quand Catherine découvre que son mari la trompe, elle pourrait se dire, "Allez, je ne suis pas la première, et pas la dernière. Je vais m’arranger, tourner la page…" Non, elle refuse de s’enfermer dans l’antichambre de la mort. Ne jamais se résigner est une des qualités essentielles de l’être humain.

INTERVIEW D’EMMANUELLE BEART

Qu ’avez-vous éprouvé à la lecture du scénario ?

J ’ai été attirée par la façon dont une femme, Catherine (Fanny Ardant) réagit alors que son mari a l ’air d ’accepter cet état de somnolence dans lequel son couple s’est installé. Cette femme se révolte par une sorte de coup folie, elle rentre un soir par hasard - mais il n ’y a pas de hasard - dans un bar, et finalement, elle sait assez vite ce qu’elle attend de cette fille, elle l’engage. Un instinct de survie se met en marche chez cette femme.

INTERVIEW DE GERARD DEPARDIEU

Vous dites avoir immédiatement adhéré à cette histoire.

A la lecture du scénario, j’ai été touché par ce couple. Catherine et Bernard vivent malheureusement ce que vivent les couples en général, une vie en commun pendant 25 ans, et puis, voilà… Avec les enfants, le mariage, il y a des remises en question. Pour la femme surtout, et ce questionnement est très beau, plus courageux aussi. La sexualité change chez une femme qui a eu des enfants, pour le couple aussi. J’ai toujours trouvé les femmes plus intéressantes que les hommes, dans tous les domaines. Déjà par les valeurs qu’elles mettent dans leur existence. Le comportement de l’homme, à ce moment de sa vie, est ma foi, un petit peu plus "bêta".