Nicostratos, le pélican
Film à partir de 8/10 ans
Genre : Comedie Dramatique - Durée : 1H35 mn
Sortie en salles le 29 Juin 2011 - en VOD/DVD le 22 Février 2012
Presse
Spectateurs
Sortie en salles le 29 Juin 2011 - en VOD/DVD le 22 Février 2012
Film à partir de 8/10 ans

Interview d'Olivier Horlai et d'Eric Boisset

Un adage du métier dit qu’il faut éviter de mêler l’auteur d’un roman qu’on adapte à l’écriture du scénario ? Vous avez l’esprit de contradiction, ou quoi ?

: Non, mais Eric Boisset était tellement enthousiaste. Il était prêt à se mettre totalement à la disposition du film. Il a vite compris et accepté les changements que je lui proposais. Comme quoi il n’y a pas de règles...

Et vous Eric Boisset, comment avez-vous vécu cette collaboration ?

Eric Boisset : Je connaissais le travail d’Olivier et mon postulat a été le suivant : cinématographiquement, il sait et j’ignore. Pour le reste, on discute.

Adapter, n’est-ce pas trahir ? Quel est votre sentiment sur ce point ?

O H : Non. Adapter, c’est rendre cinématographique ce qui est littéraire. Pour ce faire, il faut transformer tantôt les personnages, tantôt les situations, tantôt les dialogues. Mais je ne pense pas avoir trahi quoi que ce soit.

Eric, vous êtes-vous senti trahi ?

E B : Traduit, plutôt. Comme dans une langue étrangère faite d’images magnifiques, de musiques et de mots. Je peux comprendre qu’un auteur découvrant un film tiré d’un de ses livres soit surpris, voire déçu. Dans le cas de Nicostratos, c’était différent puisqu’Olivier m’a associé à l’écriture du scénario. Il ne pouvait pas y avoir de mauvaises surprises.

Qu’est-ce qui vous a décidé à adapter Nicostratos?

O H : Je dois dire que Guénolée Dupart, collaboratrice d’Isabelle Magnard, a eu du nez. C’est elle qui m’a indiqué le roman. J’ai apprécié l’histoire et l’excellente courbe dramatique. Et puis, par tempérament, je suis plutôt Mare nostrum que Mer du nord. Tourner en Grèce, sur une île parfumée baignée par la mer Egée, je n’envisageais pas du tout cela comme un supplice... Je suis immédiatement parti observer les pélicans à Villard lès Dombes, au Parc des oiseaux qui a été un partenaire très important sur ce projet.

Cela a fini de me convaincre. J’ai trouvé la démarche et les regards de ces grands oiseaux touchants et drôles à la fois. En vol, le pélican est majestueux. C’est d’autant plus paradoxal que c’est l’oiseau le plus lourd dans l’air. Ajoutez à cela qu’il n’avait jamais été filmé. C’était très excitant. , le producteur exécutif, a eu l’idée formidable d’utiliser les oiseaux du «Peuple Migrateur» .Un grand merci à Jacques Perrin qui nous a autorisé à les filmer et à Yannik Clerquin le « papa » de ces pélicans.

Comment ça le papa ?

O H : C’est lui qui les a « imprégnés ». C’est-à-dire qu’il les a quasiment couvés. Il faisait les « deux douze » avec sa femme près des œufs. Il y en avait continuellement un des deux qui dormait à coté. Lorsqu’ils ont éclos, Yannick portait bestioles à la maison. Chien, chats, oiseaux, hérissons, un survêtement jaune. La première chose que les oisillons corneilles... Il était tout naturel qu’elles trouvent place ont vu en ouvrant les yeux était cette forme jaune : il l’ont assimilée à leur géniteur. Lorsqu’on est allé au « parc » pour la première fois, Yannick n’avait pas vu ses pélicans depuis longtemps. Il a mis un pull jaune et les oiseaux se sont réfugiés contre lui. C’était incroyable !

Les animaux sont très présents dans vos films et romans respectifs. Pourquoi?

O H : Je crois qu’ils m’aiment bien.

E B : J’ai grandi dans une cité à Valence où les seuls animaux qu’on croisait étaient des cafards dans la cage d’escalier. A l’âge de dix ans, sans transition on a déménagé en pleine cambrousse, dans un coin perdu de la Drôme provençale. Un choc pour moi ! A la vue de ma première chèvre, j’ai cru que je réagissais à l’ingestion d’un champignon hallucinogène. Quel était ce monstre cornu et barbichu devant moi ? Très vite, j’ai eu toute sorte de bestioles à la maison. Chien, chats, oiseaux, hérissons, corneilles… Il était tout naturel qu’elles trouvent place dans mes romans.

Il y a deux choses particulièrement difficiles au cinéma : faire tourner des enfants et faire tourner des animaux. Vous aimez les challenges, on dirait...

O H : Pas du tout. Le challenge, le coté « traversée » du Pacifique à la rame, ce n’est pas mon truc. Tourner avec des enfants ou des animaux, c’est pour moi un réel plaisir. Ils sont neufs, sans tics ni déformations professionnelles d’aucune sorte. Quand ils sont doués, alors c’est un régal ! , , Crack et Cookie (le pélican vedette et sa doublure) ont du talent à revendre.

Quand on voit le film, on est bluffé par les performances d’acteur du pélican. Comment obtient-on un tel résultat?

O H : Avec une tonne et demie de poisson surgelé acheminé de Hollande.

E B : Pour ne pas chambouler les habitudes alimentaires des stars, la production a fait acheminer sur place du poisson identique à celui qu’ils mangeaient chez eux au Parc des Oiseaux de Villars Les Dombes.

Quelques anecdotes ?

O H : Pour obtenir le résultat souhaité avec les animaux dans le film, c’est : - deux semaines de casting pour trouver les chats et les chèvres - trois jours de voyage (camion, avion et ferry) entre Villars lès Dombes (à côté de Bourg en Bresse) et les îles grecques. - deux mois de répétition en Grèce avec Andrew Simpson et ses huit dresseurs (canadiens et américains) avec le pélican vedette et ses 7 doublures.

E B : Quand je suis arrivé à Milos, j’ai tout de suite remarqué des affichettes collées par la production un peu partout sur l’île. C’était une précaution à usage des chasseurs, pour éviter qu’ils ne tirent sur les gros oiseaux blancs !

O H : Oui. D’ailleurs, nous avons réussi à émouvoir le président du club de chasse (un grand costaud macho), en lui racontant l’histoire.

E B : Andrew et son équipe se sont attachés à la chèvre « Kitza », recrutée sur place pour les besoins du film. A la fin du tournage, ils ont tout fait pour l’emmener au Canada avec eux. Malheureusement, les complications administratives ne l’ont pas permis. Très déprimé, Andrew est allé rendre Kitza à son propriétaire, lui faisant jurer sur la bible (il s’était renseigné et savait l’homme très pieux) qu’il ne ferait aucun mal à la chevrette. Au moment de la séparation, Rowan, le dresseur attitré de « Kitza », sanglotait.

O H : Andrew était très excité par le projet. Pour lui, c’était le premier film qui mettait en scène un pélican dans un rôle principal et non comme figurant. A la fin du tournage, il m’a avoué qu’il était persuadé que les pélicans avaient adoré jouer dans le film et que lui et son équipe étaient fiers d’eux.

Et pourquoi ?

O H : Tout d’abord il était totalement crédible en pêcheur méditerranéen. Quand on s’est rencontré pour la première fois, j’ai compris que les animaux et les enfants faisaient partie de son univers. Et puis, cette manière qu’il a d’inclure la fantaisie dans toutes les situations, même les plus dramatiques, c’était cela avant tout que je recherchais chez lui. Un exemple : la scène de la croix. Je lui ai dit : « Voilà, tu arraches la croix du cou de ton fils. Ensuite qu’en fais-tu ? Tu la piétines ? Tu la jettes ? » Il m’a répondu : « Je la mange et ensuite j’ai le hoquet ». Je me suis marré. Je lui ai alors proposé d’avoir ce hoquet à table, quelques heures plus tard : « Tu demandes à Yannis ton médicament et il te le donne : un grand coup de poêle à frire dans le dos pour te faire passer le hoquet ! » Cette fois, c’est Emir qui a éclaté de rire. Il a juste insisté pour qu’on veuille bien rembourrer sa chemise pour le protéger. Thibault a un sacré coup de poêle.

Quel rôle le producteur a-t-il joué dans le développement du projet ?

O H : a été le premier à y croire. Quand j’ai eu l’idée d’Emir pour le rôle de Démosthène, Alain m’a soutenu alors que ce n’était pas évident de l’imposer. C’est Alain qui a eu l’idée de pour Aristote. C’était LA bonne idée ! Il m’a ensuite présenté à son Associé, , avec qui il forme un duo de choc ! Avec Sophie Deflandre de Studio 37, ils ont su convaincre Frédérique Dumas, sans qui le film n’aurait jamais vu le jour. Pour finir, Frédérique a convaincu Warner Bros. Nicostratos pouvait prendre son envol.

E B : J’ai rencontré au moment de l’acquisition des droits d’adaptation cinématographique du roman. Un géant calme, qui a traversé toutes les difficultés inhérentes au montage financier sans se départir de son attitude « Zen » (c’est un adepte des arts martiaux). Un exemple entre mille : comme la négociation avec l’éditeur traînait en longueur, il s’est assis un matin en lotus dans le bureau d’Isabelle Magnard, mon éditrice, et il a posé ses mains sur ses genoux, paumes tournées vers le plafond, en disant : « Je ne bougerais pas d’ici avant que nous soyons parvenus à un accord. » Trois heures plus tard, il repartait avec quelques courbatures et une ébauche de contrat.

Un mot sur la lumière du film…

O H : Nous nous sommes mis d’accord avec Michel Amathieu le chef opérateur et cadreur du film. Je lui ai projeté le passage « villa Malaparte » du Mépris pour la lumière et des extraits de The River de Frank Borzage pour les cadrages. On n’en a plus reparlé ensuite. Michel est un moteur. C’est très appréciable sur un film complexe comme « Nicostratos » : tournage à Athènes et dans deux îles des Cyclades, avec des enfants, des animaux et des équipes de nationalités différentes.

La musique ?

O H : m’a proposé plusieurs musiciens. Nous n’avons pas hésité : le compositeur grec Panayotis Kalantzopoulos s’est immédiatement imposé. Ses mélodies étaient magnifiques. Nous avons travaillé sur les musiques « live » du tournage en priorité. Ce devaient être des musiques aux sonorités grecques, mais on ne voulait pas tomber dans le cliché « Zorba ». Panayotis s’est inspiré de musiques insulaires. Ensuite, et suivant les séquences, d’autres influences se sont greffées sur son travail. Cela allait de Paolo Conte aux Pink Floyd en passant par Petrvnof Sivka. Mais toujours avec la note grecque propre à Panayotis.

Le montage ?

O H : Serge Bourdeillettes. Il est mon premier lecteur lors de l’écriture d’un scénario. Ensuite, pendant le montage, il privilégie le créatif plutôt que le raccord. C’est essentiel pour moi. Serge est mon principal collaborateur pré et post production.

Les décors et les costumes ?

O H : Nous avons dû construire la maison. Pour cela, nous avons choisi Kiki Pitta, une décoratrice grecque. Corinne Jorry, la costumière française à travaillé à nos côtés avec Michel pour la « direction artistique » générale du film.



Traitement du film

Yannis a quatorze ans. Il vit à Zora, une île sauvage des Cyclades.

Zora ne compte que trois ou quatre routes tortueuses où cahotent un unique autocar défraîchi et quelques rares scooters rafistolés. Le réseau de téléphonie mobile y est inexistant. Pour téléphoner, on se rend sur le port et on sollicite aimablement Aristote, le patron du « Café Aristote ». On rencontre sur le marché des prêtres orthodoxes vêtus de l’habit sacerdotal noir, qui font leurs emplettes en tenant parfois un de leurs rejetons par la main. Ces hommes de foi ne dédaignent pas de faire halte au Café Aristote pour y boire un verre d’in-douze, assis en terrasse, barbes au vent et lunettes de soleil sur le nez.
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