Comment
Nine est passé du cinéma à Broadway, avant de revenir au cinéma. Peu de spectacles de Broadway plongent leurs racines aussi profondément dans le cinéma que la comédie musicale
«Nine», une histoire sur l’art, les rêves, l’amour, et sur l’émerveillement
et l’inspiration que seuls les films peuvent procurer. Aujourd’hui, la boucle est bouclée :
«Nine» revient aux sources mêmes de son inspiration en devenant à son tour un film.
Rob Marshall, auteur de
Chicago, brosse ici le portrait d’un artiste en crise et nous offre une histoire, vibrante, provocante et entièrement ré-imaginée pour le grand écran. Grâce au langage cinématographique qui lui est propre, il nous fait vivre les affres d’un artiste qui, au beau milieu de sa vie, tombe en panne d’inspiration. À travers l’émotion que sait faire naître
Rob Marshall,
grâce à sa musique et son imagination, il transforme la vie de Guido Contini, et les femmes qui l’ont inspiré, en un fascinant voyage visuel.
Tout a commencé avec Federico Fellini. Son chef-d’œuvre oscarisé de 1963, 8 1⁄2, un conte magique audacieux et surréaliste sur un metteur en scène surmené en pleine crise de créativité, est devenu l’un des films les plus influents de tous les temps, l’un des plus analysés et l’un de ceux qui ont fait le plus parler d’eux. Débordant d’un carnaval visuel sorti tout droit des souvenirs tourmentés d’un homme, ce film a été considéré par beaucoup comme l’un des premiers à exposer véritablement ce que l’on ressent quand on vit au cœur de la folie.
Depuis, bien des cinéastes contemporains majeurs ont rendu hommage à 8 1⁄2 à leur manière. Bob Fosse a instillé sa propre vie dans
Que Le Spectacle Commence !. Woody Allen a opté pour une approche radicalement opposée avec l’humoristique
Stardust Memories.
A présent, avec
Nine,
Rob Marshall apporte à 8 1⁄2 sa propre vision créatrice, sa capacité à intégrer le drame, le cinéma et la musique en une même œuvre.
L’histoire du spectacle
« Nine», grand succès de Broadway, sur un livret d’Arthur L. Kopit et une musique et des chansons de
Maury Yeston, a commencé par l’obsession d’un jeune artiste pour Fellini.
Maury Yeston était en effet tombé littéralement amoureux de 8 1⁄2 lorsqu’il avait découvert le film étant adolescent. Plusieurs années plus tard, tout en enseignant la musique à l’université de Yale dans les années 70, il transforma cette histoire cinématographique en une comédie musicale. Il se rendit même à Rome pour rencontrer Fellini et obtenir sa bénédiction.
Maury Yeston décida que s’il ajoutait un complément de musique et de danse à l’inoubliable vision du réalisateur d’un homme en pleine crise de la quarantaine, en questionnement par rapport aux femmes, au désir, à ses aspirations spirituelles et à son désir d’accomplissement artistique, tout cela nourrirait
«Nine».
Lorsque la première du spectacle eut lieu au 46th Street Theatre, le 2 mai 1982, ce fut un énorme succès. Mis en scène par Tommy Tune,
«Nine» présentait une combinaison inhabituelle, celle d’un premier rôle masculin unique entouré de 24 comédiennes représentant toutes les facettes du pouvoir, de la force et de la beauté des femmes. La comédie musicale connut 729 représentations et devint le spectacle à la mode, celui qu’il fallait absolument avoir vu. Le public était émerveillé par son inventivité, par son design visuellement frappant, son style puissant et ses extraordinaires numéros musicaux. Le spectacle obtint cinq Tony Awards cette année-là. Le succès se renouvela avec une reprise à Broadway quelques années plus tard, qui fut couronnée par deux autres Tony Awards, et d’innombrables représentations en tournée et dans divers théâtres à travers tous les Etats-Unis. Mais
«Nine» était destiné à connaître une nouvelle métamorphose artistique, en revenant au médium qui avait inspiré sa création à l’origine : le cinéma. L’idée est venue à
Rob Marshall et
Harvey Weinstein alors qu’ils cherchaient un projet pour faire suite à
Chicago
Exactement comme Fellini avait donné personnellement à
Maury Yeston toute latitude pour utiliser les éléments de 8 1⁄2 comme il l’entendait, Yeston a à son tour donné à
Rob Marshall entière liberté pour donner à son spectacle une nouvelle vie sur le grand écran.
Maury Yeston déclare : « J’ai été absolument ravi d’apprendre que
Harvey Weinstein souhaitait faire un film basé sur
«Nine», et plus heureux encore de savoir que ce film serait réalisé par
Rob Marshall. Je lui ai dit : « Fais comme si j’étais mort, ainsi tu pourras approcher le sujet avec une liberté totale et te lancer pleinement dans la bataille.».
Maury Yeston poursuit : « Je me suis toujours senti personnellement redevable envers Fellini, qui m’a si généreusement permis d’adapter son chef-d’œuvre et m’a fait confiance pour l’honorer et le respecter. A présent, Rob m’a fait à son tour un cadeau, en rendant justice à cette œuvre au cinéma.»
Rob Marshall et
Harvey Weinstein ont engagé deux scénaristes pour porter
Nine à l’écran: le scénariste et réalisateur nommé à l’Oscar
Michael Tolkin (
The Player) et feu
Anthony Minghella, scénariste et réalisateur oscarisé (
Le Patient Anglais,
Le Talentueux Mr. Ripley).
Minghella était lui-même d’ascendance italienne et vouait une véritable passion au cinéma italien. Leur scénario pour
Nine a été non seulement inspiré par Fellini, Arthur Kopit et
Maury Yeston, mais par leurs expériences personnelles du cinéma, leur imagination et leur vie en tant que cinéastes soumis à une forte pression.
Anthony Minghella est décédé pendant le tournage ;
Nine est ainsi son dernier film.