Noise est le second film de ma « trilogie des fanatiques ». Le premier film, Danny Balint, racontait lʼhistoire tragique dʼun fanatique religieux. Celui-ci traite dʼun autre genre de fanatisme, plus politique. En fait, tout a commencé par une expérience personnelle, ma courte carrière de justicier antibruit.
Pendant environ cinq ans, dans un premier temps à L.A, puis à New York, pour lutter contre le bruit affreux de la ville, jʼai dégonflé des pneus de voiture, coupé des câbles de batteries et déconnecté des alarmes de maisons. Ceci a hélas pris fin avec ma première arrestation qui ressemble beaucoup à celle de
Noise, y compris la nuit en prison, la scène du tribunal et même la conversation entre les deux policiers à la fin du film.
En fait, ce nʼest pas vraiment une fiction, cʼest du vécu ! Mon héros, David Owen, est une sorte de Don Quichotte joué par
Tim Robbins. Il perçoit le bruit comme quelque chose de mal et se sent obligé dʼy remédier même sʼil sait bien au fond que cʼest peine perdue. Alors même que sa “mission” détruit petit à petit sa vie, il ne peut se résoudre à arrêter car ce serait accepter son impuissance, et cela lui serait insupportable. Les bruits contre lesquels David part en guerre ne déclenchent dʼhabitude rien de plus que des indignations courantes de la ville : alarmes de voitures, brouhaha des camions à ordures... Mais pour David, le bruit nʼest pas seulement du son, cʼest de lʼabus de pouvoir. Le bruit nʼest pour lui que lʼexpression des forces qui régissent nos vies, écrivent les règles et nous punissent quand nous ne les respectons pas. “Pourquoi supportons-nous passivement ces abus ? Que protégeons nous ? Que risquons nous de perdre en contestant ce rythme dʼune vie dite moderne ?”

Tout le monde conseille à David de laisser tomber, de supporter ce que nul ne peut changer. Pourtant il persiste et signe et va alors tout perdre : son job, sa famille et même sa santé. Bien évidemment, se battre contre les abus de pouvoir quels quʼils soient, nʼest pas innocent et nous coûte beaucoup. Mais si on abandonne toute velléité de résistance, même à notre niveau, même contre le vacarme insupportable de la ville, alors on risque de subir des conséquences encore plus graves. Cʼest comme cela que lʼon accepte de mettre la planète en lʼair en acceptant la pollution au nom du développement économique, ou encore perdre nos libertés au nom de notre sécurité.
Alors quand David débloque, quand il craque et fait la guerre au bruit, en fait il nous montre la voie...
Henry Bean, réalisateur de
Noise