Notes de Prod. : Nord Paradis

Note d'intention du réalisateur

La casse “Marie-Rose” constitue un microcosme où se mêlent la vie de famille et la vie d’entreprise dans un univers en grande partie replié sur lui-même. La survie de la casse dépend de Marie-Rose. Elle est la seule à pouvoir assumer le fonctionnement et sa disparition entraînerait la chute de l’entreprise et la dislocation de la famille.

L’histoire de cette famille est aussi la mienne. Marie-Rose est ma grand-tante du côté de ma mère. Depuis l’enfance, j’entretiens avec le monde de la casse et sa logique un rapport viscéral, mélange d’attirance, de fascination mais aussi d’incompréhension. Pour l’enfant que j’étais, la casse était un terrain de jeu grandeur nature, un lieu magique qui est devenu, à mesure que je grandissais, un lieu d’étouffement, dont je me suis extirpé, sauvé, et qui, en même temps, a forgé une partie de ce que je suis devenu.

Faire un film sur le parcours de Marie-Rose, sur les personnes qui l’entourent et sur la façon dont s’organise la vie là-bas, c’est la volonté de capter, d’explorer les turbulences d’un monde en péril. J’ai le pressentiment que bientôt, rien ne sera plus comme avant. Il s’agit donc d’aller filmer les miens sur cette terre avant qu’il ne soit trop tard. Plus le temps passe et moins la vie du clan semble adaptée à la réalité. Ce qui hier était une force devient aujourd’hui une faiblesse. Peu ont suivi un cursus scolaire, certains savent à peine lire et écrire. Ce sont des personnes qui auraient beaucoup de mal, par exemple, à s’adapter au marché du travail tel qu’il existe “à l’extérieur”.

D’une certaine façon, on naît, on vit et on meurt à la casse. La logique du clan se reproduit plus qu’elle n’évolue et, à terme, le danger est de disparaître. Marie-Rose a conscience de ce danger. Elle se bat au quotidien pour tenter de le surmonter. Sa vie ressemble à un combat constant. Elle y puise sa force, sa croyance et sa raison d’être. Mon désir de faire un film sur le clan découle également de cette inquiétude. Car, au-delà des problèmes évoqués, il y a aussi au cœur de la casse une force et une énergie de vie incroyable qu’il m’importe de défendre.

Toute personne qui pénètre dans la casse est frappée d’emblée par le monde qu’elle découvre. Le choc de l’étrangeté est palpable. L’ambiance forte du lieu, les personnalités qu’on y rencontre, les accents ou la langue, contribuent à créer cette impression. Plus qu’un état des lieux, il s’agit à travers mon retour au pays, de donner la parole à des personnes qui d’habitude ne l’ont pas. À travers eux, il m’importe de dresser le portrait en mouvement d’une petite société à l’intérieur de la société où se mêlent l’intime, le social et le politique. Car, en un sens, la casse définit un territoire où se joue une guerre sociale.

Le tournage de ce film, d’essence documentaire, inclut toutefois un élément fictionnel : la présence de la comédienne Aurélia Petit, qui joue le rôle d’Aurélia, étudiante en sociologie et du comédien Jean-michel Fête. Le choix d’un tel dispositif est, pour moi, la meilleure façon – peut-être la seule – de m’inclure au cœur du projet. Leur position au sein de la casse est emblématique de ma dualité : à la fois dedans et dehors.

Pour en témoigner d’abord, mais aussi pour la partager.

Extraits du journal de tournage

03/11/2006
Filmer. Enregistrer. Sans trahir, ni pervertir. En respectant la parole de chacun. Se méfier aussi de l’image. Ni trop loin, ni trop proche. Des hommes, des femmes, des enfants. Une famille. Les non-dits. L’amour. La mémoire. Le combat au quotidien. Comme toutes les autres familles. Sauf que là, c’est ma famille. Filmer les miens, donc. Pour partager, pour témoigner, mais aussi pour comprendre. Comment ? Pourquoi ? Tout cela un jour va disparaître...

Les feux de la casse (extraits du journal d’Aurélia)

Ça y est, je suis à mon hôtel, face au port et à deux pas de la plage, l’Hôtel Mirador. La chambre est simple et claire et la vue sur le port est lumineuse. Je n’arrive pas à dormir. J’ai l’appréhension de mon premier jour. Je me revois devant la porte de mon école, cartable sur le dos, incapable de lâcher la main de ma mère. J’essaie de visualiser comment me présenter à eux.

Frissons du Grand Nord (extraits du journal de Jean-Michel)

J’allais quelquefois traîner dans les casses de la N7 au sud de Paris pour chercher des pièces de mobylette. J’étais adolescent et éprouvais un sentiment d’attraction/répulsion pour cette zone de “demi droit” où l’on pouvait dépouiller des véhicules légalement. Au moment de payer on avait toujours l’impression de se faire avoir, mais en plus de la transaction on avait voyagé dans un western avec des bandits plein de cambouis, alors au final on avait quand même fait une bonne affaire.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 13 entrées
  • 1er jour IDF : 53 entrées
  • 1ère semaine IDF : 439 entrées
  • Cumul IDF : 439 entrées

  • 1ère semaine France : 639 entrées
  • Cumul France : 747 entrées