Vous êtes un habitué de ce genre d’exercice vocal ?
A cette différence près que ce n’est pas un commentaire. C’est un personnage, à la fois observant, doucement caustique et critique. Nous sommes dans une sorte d’introspection. Ce personnage n’existe que par la voix. Il est mystérieux.
Selon Bernard Werber, cet œil est aussi celui de l’adolescent posant son regard sur le monde adulte ?
J’ai également l’impression qu’à travers cet œil nous regardons une race étrange et apparemment unique. Nous sommes regardés par une espèce que nous, les terriens, n’avons pas encore découverte. Elle s’étonne de ce que nous sommes, sans nous juger, de nos tics, de nos travers et des manières parfois pathétiques, dérisoires ou bouleversantes que nous avons de traverser ce que nous appelons la vie. L’œil regarde un certain nombre de nos conditionnements, de nos défauts qui sont à la fois, sans doute contestables, mais en même temps attachants. Il se dit qu’après tout, il faudra peut-être un jour finir par établir un contact avec ces terriens, même si pour le moment, ils ne semblent pas encore apprivoisables.
L’acteur que vous êtes joue-t-il en faisant une voix ?
Bien sûr. Supprimez cette voix et vous ne savez pas ce que raconte le film. C’est un personnage, un liant. Elle fait le lien entre l’identifi- cation de ce que nous sommes et le jugement que cet extra- terrestre porte sur elle. Si je m’étais contenté de faire le speaker, de façon monocorde, de donner des informations plates, cela n’aurait
pas eu d’identité. C’est une autre fonction. Là, cette voix a une fonction humaine. Le problème était de trouver le ton juste, car il y avait plusieurs manières de l’aborder : soit en partant vers des into- nations plus critiques, plus acides, soit en optant pour une version plus ludique. Avec
Bernard Werber et
Claude Lelouch nous avons tourné autour pour arriver à une sorte de mélange. A mi-chemin entre le mystérieux, l’étrange, le lointain et le familier.
Comment êtes-vous arrivé sur un tel projet ?
Lelouch et Werber ont pensé que je pouvais le faire. Cela m’a amusé d’être à la fois critique et observateur, une sorte de voix presque divine regardant les pauvres fourmis que nous sommes. Cela m’amusait de prendre une sorte d’altitude, de me regarder moi-même au travers des nuages qui semblent masquer ce que je suis.
Avez-vous procédé comme pour un doublage de dessin animé ?
Je voyais les images. J’avais le texte. C’est la tessiture qui a fini par me donner la clef. L’image a dicté mes pulsions, influencé ma caus- ticité, ma gravité, ma tendresse. Elles devaient éveiller quelque chose, comme lors d’une prise au cinéma.
Vous connaissiez Bernard Werber ?
Oui, j’avais lu certains de ses livres. Son film lui ressemble. C’est un personnage très énigmatique. Il dissèque un certain nombre de choses. Ce qu’il est m’a servi. Les acteurs s’emparent de tout pour se nourrir. J’ai mis son visage sur cette voix. Pas le mien, le sien. J’ai imaginé que cette voix avait cette tête-là.