Notes de Prod. : Nos Lieux interdits

Extraits d’un article d’Isabelle Régnier paru dans Le Monde du 02/07/2008

« (...) D’une réflexion sur la mémoire de la violence politique au Maroc, inscrite dans la lignée de Shoah, le film de Claude Lanzmann, la cinéaste en est venue à placer le dispositif de l’instance au coeur de sa mise en scène. Pas pour en faire la chronique, mais plutôt pour l’appréhender comme le moteur d’une réappropriation de leur mémoire par les personnages auxquels elle s’est intéressée. Mandatée en parallèle pour filmer le travail de l’instance (et constituer un fonds ayant vocation à être exploité par l’INA, coproducteur du film, et par les autorités marocaines), Leïla Kilani a rencontré ainsi la plupart de ses personnages - des familles dont l’un des membres a été victime de la violence d’Etat (disparu ou prisonnier politique). « Le Maroc n’est pas un pays où il y a eu 100 000 disparus, explique-t-elle. Il n’y a pas non plus un fonctionnement d’appareil d’Etat à décortiquer. Ce qui m’intéressait était ce qui produisait la terreur. C’est-à- dire l’indicible, la rumeur, et celle-ci partait des salons marocains. La terreur était à l’intérieur des familles »(...) Le film a glissé d’une problématique centrée sur la parole des victimes, “une catégorie qui induit des certitudes en termes de représentation”, à une autre, plus instable, fondée sur le dialogue entre des générations d’une même famille filmées chez elles, dans leur salon. (...) (...) L’histoire que révèle le canevas d’histoires tissé par le film a un goût amer. Après quatre ans durant lesquels chaque découverte ouvrait un puits de nouvelles questions, aucune des familles représentées n’a obtenu de réponses définitives de la commission. Dans le même temps, pourtant, un bouleversant travail s’est mis en branle : poussées par l’existence de cette commission et par le film, les différentes générations se sont arraché des mots pour dire une histoire jusque-là refoulée dans un non-dit étouffant. »

Isabelle Régnier

Rencontre avec Leila Kilani

La genèse de Nos lieux intedits ?

A partir de 1999, le Maroc a vu surgir la « mémoire noire », la mémoire de la violence politique qui s’était abattue sur le pays depuis l’indépendance en 1955 jusqu’à la mort du roi Hassan II en 1999. Des mots interdits comme « Tazmamart », le nom de la prison construite secrètement en 1972 pour y détenir les opposants au régime, ont enfin été prononcés. La figure de la victime, des récits sur les bagnes sont apparus dans la presse et dans la littérature.