Notes de Prod. : Nos Meilleures Années

    en DVD le 08 Avril 2004

ENTRETIEN AVEC MARCO TULLIO GIORDANA

"Angelo Barbagallo m'a proposé de diriger La Meglio GioventÙ il y a environ deux ans. J'avais déjà travaillé avec Sandro Petraglia et Stefano Rulli pour le snénario de Pasolini, Mort D'Un Poete et je savais qu'il s'agissait d'un projet intéressant.
Dès les premières pages, je fus conquis. J'ai toujours considéré ce travail comme un seul corpus, un seul film; la division en épisodes pour la télévision, je la considère comme purement accidentelle. Nous travaillions pour le compte de la RAI, la télévision publique italienne, qui voulait raconter une période importante de notre histoire et de notre pays, un effort qu'on ne pouvait pas ne pas encourager. On nous demandait de ne pas travailler sur des stéréotypes, mais au contraire de développer un point de vue original, aux antipodes des conventions des séries; c'était l'un des rares cas où l'on pouvait vraiment faire du "service public". Les conditions étaient particulièrement favorables : une production importante et une liberté totale dans le choix du casting et des collaborateurs.

Je commence à comprendre un film pendant les bouts d'essai avec les acteurs. C'est pour cela que j'en fais beaucoup. Je donne très peu d'indications sur le rôle, je préfère qu'ils m'offrent "leur" interprétation, le sentiment qu'ils ont ressenti en lisant le rôle. Leurs improvisations permettent souvent de révéler de nouvelles clés de lecture, imprévisibles, pour les personnages. Le casting est pour moi très important, j'y consacre pratiquement toute la préparation du film. J'ai besoin de choisisr jusqu'au dernier figurant, de savoir qu'ils seront tous sur la même tonalité, à la manière d'un orchestre.
Certains acteurs avec lesquels j'avais déjà travaillé, je les ai choisis assez rapidement. J'étais sûr par exemple que Luigi Lo Cascio interpréterait écrit pour lui. C'est l'un des rares acteurs italiens qui puisse jouer le rôle d'un intellectuel sans le rendre pédant ou peu crédible, et puis j'avais déjà eu une preuve de son grand talent dans Les Cent Pas.
Pour d'autres comédiens en revanche, c'était un pari. J'avais vu Alessio Boni (Matteo) dans un téléfilm et j'avais senti qu'il y avait quelque chose en lui. Boni, Lo Cascio, Fabrizio Gifuni et Claudio Gioè viennent tous du Conservatoire d'Art dramatique de Rome, ils avaient fait leurs études ensemble. Je le savais et le fait que leur amitié soit réelle, et pas seulement formelle, me plaisait. Alessio Boni a fait un bout d'essai très convaincant. Il parvenait à rendre la fragilité de Matteo, dissimulée derrière des réactions agressives continuelles; sous l'écorce, on entrevoyait une nature douce, pleine de doutes.

J'avais admiré Sonia Bergamasco dans L'Amour Probablement de Giuseppe Bertolucci, et j'avais été très frappé. Elle aussi vient du théâtre, et elle a longtemps travaillé avec Carmelo Bene. Sachant qu'elle avait eu un diplôme de piano au conservatoire, j'ai pensé attribuer ce talent à Giulia, son personnage.
Jasmine Trinca, je l'avais vue dans La Chambre Du Fils de Moretti, où elle n'était encore qu'une adolescente. J'ai pensé qu'elle pourrait jouer le personnage de Giorgia exactement comme je l'imaginais : une fille qui avait à portée de la main toutes les caractéristiques de la "normalité", encore sur la corde raide. Si je devais m'identifier à un seul de mes personnages, c'est elle que je choisirais.

Je pense que "diriger" les acteurs est un travail très délicat. D'abord, chaque acteur est différent, il n'y a pas une méthode qui vaille pour tout le monde. Certains acteurs doivent être secondés, d'autres ont besoin de sentir la poigne du réalisateur, d'en être presque les otages.
Les comédiens sont bizarres; il faut toujours se souvenir que ce sont ceux qui s'exposent le plus dans un film, ils sont le film, ceux qui risquent le plus. J'essaie de les choisir en les étudiant avant tout comme personnes, pour comprendre s'ils ont un lien de parenté avec le personnage, s'ils sont proches de lui, s'ils s'aiment. Ou s'ils se détestent tout en ayant une relation très forte avec lui. Je ne suis pas obsédé par le contrôle absolu des acteurs, je ne le recherche pas, je ne le souhaite pas. Je veux qu'ils existent sur l'écran, qu'ils soient vivants, qu'ils transmettent les émotions qu'ils éprouvent réellement, et non qu'ils simulent une série d'instructions
".

ENTRETIEN AVEC SANDRO PETAGLIA ET STEFANO RULLI, SCéNARISTES

Nous avons choisis de faire démarrer notre histoire en 1966 parce que cette année préfigure 68 dans sa phase la plus vitale, généreuse, innocente. Avant la politique. En 1966, Sandro et moi, on était à Florence en train de sauver des livres de la terrible innondation qui avait déferlé sur la ville et on s'en rappelle comme d'un moment de grand bonheur. La sensation qu'on peut "changer les choses" est venue de là. Sont ensuite survenus des évènements complexes, dont la tragédie du terrorisme qui a interrompu un processus de manière violente.