Tim Johnson :
« Transposer un dessin en 3D est un pas de géant. Passer des créatures linéaires, merveilleusement épurées, de T Lewis aux animaux infographiques en relief, richement texturés, du film constituait une opération délicate. C’était un énorme défi de capter des personnalités conçues pour un monde bidimensionnel en noir et blanc et de les faire exister dans un monde tridimensionnel en couleurs sans en trahir l’essence. Notre étroite collaboration avec Michael et T nous a permis, je pense, de préserver le style et l’humour irrévérencieux de la bande. »
Conscients du défi, Fry et Lewis furent d’autant plus impressionnés du résultat :
« Je n’étais absolument pas prêt à voir mes gribouillis prendre vie de la sorte », confesse Lewis.
« Les couleurs, la richesse et la beauté de l’image de Nos Voisins, Les Hommes m’ont estomaqué. J’ai eu l’impression d’entrer dans un autre monde, comme Dorothy lorsqu’elle ouvre la porte de sa petite maison du Kansas et pénètre dans l’univers rutilant du Pays d’Oz. » « Ce n’est jamais sans crainte que l’on voit sa création entamer une nouvelle vie », complète Fry.
Julie Scardina «ambassadrice animalière» de Sea World et Busch Gardens, donna aux différents services concernés l’occasion unique d’étudier de près les espèces représentées dans le film –
« une expérience inestimable pour nous tous », déclare
Bonnie Arnold.
Tim Johnson :
« Ce fut très instructif car nous avons constaté chez ces animaux d’énormes différences en matière d’expression corporelle, de physionomie et de personnalité. Même ceux qui croyaient les connaître ont découvert la curiosité insatiable du raton laveur, la mobilité de ses pattes, son désir de toucher tout ce qu’il approche ; la rondeur de l’adorable porc-épic ; la sagesse qui émane du visage de la tortue. Nous n’avions jamais vu cela d’aussi près, et cela n’a pas seulement enrichi notre travail graphique, mais l’approche de leur personnalité. »
Kathy Altieri :
« Après avoir passé un temps considérable à dessiner des animaux joliment stylisés, nous avons découvert que les vrais étaient encore bien plus mignons ! Les animaux dégagent une séduction naturelle que nos dessins originaux n’avaient su capter. Nous avons alors choisi de reprendre le travail dans l’espoir d’approcher encore un peu plus la réalité. »
À l’exception de Verne, tous les personnages de
Nos Voisins, Les Hommes sont des animaux à fourrure, dont chaque pelage possède ses caractéristiques propres. D’où la nécessité - pour la première fois dans une production DreamWorks - de créer une fourrure totalement animée. Ce «système fourrure» est une extension améliorée du «système perruque» inaugurée dans
Shrek 2 et peaufiné à l’occasion de
Madagascar. La base du programme est un vaste ensemble de «cheveux de référence», positionnés sur le modèle informatique de chaque personnage, et à partir desquels s’effectue la totalité de l’animation de sa fourrure. Divers paramètres sont introduits dans le système pour différencier les animaux d’une même espèce et jouer sur leurs mouvements d’une scène à l’autre.
Après avoir défini les mouvements et l’animation des fourrures, il a fallu les «éclairer» minutieusement pour leur donner le relief et la profondeur voulus dans les situations les plus diverses. Autre problème : chez ces animaux, l’expression faciale est dissimulée par une épaisse fourrure, et il faut, pour rendre déchiffrables leurs réactions et émotions, amplifier sensiblement l’animation. On pourrait croire que la tortue Verne ne posait aucun de ces problèmes, du fait de l’apparente rigidité de sa carapace.
« En fait », explique le superviseur Jeffrey Light,
« elle était équipée de centaines de points de contrôle qui nous ont permis de manipuler les plus petites portions de sa carapace. »
« Nos animaux se déplacent à des vitesses très variables », poursuit Light.
« Le plus difficile pour le directeur technique affecté à chacun était de définir son degré de mobilité. Verne, par exemple, a des mouvements de faible amplitude, alors que Riton devait être très agile, pouvoir grimper aux arbres, etc. Quant à Zamy, il traverse le champ à mach 2 autorisant toutes sortes d’effets comiques d’élongation et de distorsion. »
Les animateurs ont aussi exercé leur verve sur Gladys Sharp et l’exterminateur Dwayne, donnant à la première une taille élancée et un physique anguleux, et au second un embonpoint marqué et une abondante chevelure qui fouette l’air à chaque mouvement de la tête. Dwayne se déplace avec tout un attirail dédié à la capture et à la liquidation des «nuisibles». Chacun de ces gadgets a du être équipé de «manettes» pour être utilisable par les animateurs. La haie qui sépare le monde des humains de celui des animaux a elle aussi posé quelques problèmes.
Kathy Altieri :
« À première vue, vous pensez que c’est la chose au monde la plus facile à représenter. Après tout, ce n’est guère qu’un rectangle statique recouvert de feuilles. Erreur : en réalité, ce fut un vrai casse-tête artistique et technique, surtout lorsqu’il fallait que nos personnages la traversent. S’ajoutait à cette haie toute une série d’arbres, buissons, fleurs et plantes dont il a fallu créer des modèles de base qui ont été ensuite combinés, colorés, texturés de diverses manières pour aboutir à cette forêt vivante, aussi riche que dense. »
Tout cela représente une énorme masse de données à traiter, en étroite collaboration avec Hewlett-Packard, fournisseur technologique privilégié du studio.
La fameuse haie n’est pas seulement un obstacle matériel, mais une barrière symbolique entre deux univers foncièrement distincts.
Kathy Altieri :
« Nous avons contrasté au maximum ces deux mondes. La forêt est luxuriante, hospitalière et ensoleillée. C’est depuis toujours le domaine des animaux. En s’aventurant pour la première fois derrière la haie, ceux-ci découvrent un Pays de Cocagne trés attirant. Mais cela ne durera pas, car le jardin de Gladys va vite devenir pour eux un lieu singulièrement inamical, plein de pièges et de dangers. »
Pour «adopter le point de vue des animaux»,
Kathy Altieri, le directeur artistique
Christian Schellewald et leurs collaborateurs n’ont pas hésité à payer de leur personne, à se mettre à genoux, à ramper sur le ventre, à prendre des dizaines de photos à ras de terre de meubles et ustensiles familiers.
Tim Johnson :
« En collaboration avec Damon O’Beirne (responsable du layout), nous avons cherché à vous plonger dans l’expérience animale, à vous faire voir le monde à travers le regard d’un écureuil sautant d’arbre en arbre ou d’une tortue sortant précautionneusement la tête de sa carapace. Notre caméra ne se contente pas d’observer les personnages, elle se déplace à l’unisson et redécouvre ainsi le monde et les hommes sous des angles totalement inédits. »
« Nous sommes très fiers des avancées techniques réalisées à cette occasion », souligne
Tim Johnson.
« Je suis toujours émerveillé de constater que notre art ne connaît décidément aucune limite. Avec le genre d’outils dont nous disposons aujourd’hui, nous pouvons matérialiser toutes les idées qui nous passent par la tête. »
Et
Karey Kirkpatrick d’ajouter :
« Tout en étant le plus novice de l’équipe en matière de technologie, j’étais conscient des problèmes que posait ce film, mais je ne les ai jamais perçus comme un frein à notre imagination. Tout au contraire. Et, en fin de compte, la technique n’est qu’un instrument au service d’une bonne histoire, bien racontée. »