Nothing But The Truth, une vérité sud-africaine
Comment comprendre la vie de Sipho sans plonger dans l’histoire de ce pays : l’Afrique du Sud. A 63 ans Sipho a traversé l’Afrique du Sud de l’Apartheid à celle d’aujourd’hui dans toute sa diversité culturelle, politique et économique. Sipho est un homme amer, mais juste, un homme fière mais brisé par la douleur ; celle d’avoir perdu son fils, mais aussi son être cher : son épouse.
Les événements tout au long du film vont ouvrir des cicatrices, elles sont souvent très personnelles mais parfois elles ouvrent des portes béantes sur une certaine histoire cachée dans la mémoire de Sipho qui a côtoyé ce monde terrible qu’a été l’Apartheid. Il se fait aussi critique sur certains dirigeants de cette institution qu’est l’ANC (African National Council). Il ne fait jamais allusion à Mandela, il parcourt les années avec une certaine retenue, une certaine envie de vengeance, mais il préfère parler des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses.
Nous traversons avec Sipho quelques moments de gloire mais aussi de terribles déceptions quand à sa vie personnelle et celle des autres : celle de l’ANC. Tout au long de sa vie, Mandela a été à l’image d’autres grands hommes de la planète, un combattant de la première heure pour la liberté de son peuple. L’ANC a été composée d’hommes et de femmes qui ont luttés avec force et vigueur un système parmi les pires que l’humanité a traversé au XXe siècle, à savoir l’Apartheid. L’Afrique du Sud a été mise au banc des Etats du monde hormis quelques pays qui ont fermés les yeux.
Mandela a été arrêté en 1962, il dira devant ces juges : « J’ai combattu la domination blanche, j’ai combattu la domination noire, j’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et attendre, mais s’il en était besoin, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ». Mandela va rejoindre sa cellule dans le bagne de Robben Island, une île au large de la ville du Cap. Il devient le prisonnier matricule 466.64. Il ne sera libéré que 27 ans plus tard…
Lors de son premier discours à sa libération il dit : « Je suis là devant vous non pas comme un prophète, mais comme un humble serviteur du peuple. Se sont vos inlassables et héroïques sacrifices qui m’ont permis d’être là aujourd’hui. Je remets entre vos mains les dernières années qu’il me reste à vivre ». Sipho est de la trempe de Mandela, un homme au service de son pays et de la bibliothèque où il travaille depuis trente années. Il retrouve une injustice permanente qui le poursuit comme celle qui poursuit l’homme noir sud africain issu des quartier pauvres, même si ce pays est aujourd’hui dirigé par l’ANC et d’autres partis politiques.
L’ANC n’a jamais caché ses ambitions en arrivant au pouvoir, le rêve de Sipho commençait à être une réalité mais il déchante très vite et les démons du passé remontent à la surface. Depuis la chute de l’Apartheid et la mise en place en 1994 d’un gouvernement d’union nationale visant à redonner aux noirs toute la place dans la société. Si les Squatters Camps existent toujours, la vie dans les townships s’est améliorée. A l’héritage de l’Apartheid s’est ajoutée une politique économique qui s’est éloignée du RDP (Programme de Reconstitution et de Développement).
Si l’Afrique du Sud a su abolir du jour au lendemain les lois ségrégationnistes, en revanche, en matière salariale et d’inégalité sociale le fossé reste lourd à combler. Bien des années après, les blancs ont des salaires cinq à six fois supérieurs aux autres communautés. La frustration est grande, Sipho fait parti de ceux-là. Le taux de chômage des noirs est de 40%, et donc six fois supérieur à celui des blancs. La création de Black Economic Empowement (BEE) et le renforcement des dirigeant noirs en entreprise fait naître une nouvelle bourgeoise. Là aussi le sentiment de différence des classes prend le dessus. L’enrichissement des hommes d’affaires noirs se creuse au détriment de l’économie nationale et de la population. Emerge une nouvelle génération de dirigeants dont la plupart n’a pas connu la lutte contre l’Apartheid. Cette classe politique frappe déjà à la porte du pouvoir. Les tensions se ravivent, la lutte des races fait place à la lutte des classes.
A la veille de l’ouverture de la Coupe du Monde de Football, l’Afrique du Sud veut montrer qu’elle est le pays phare du continent africain. Et vingt ans après la libération de Mandela ce pays se construit et se fraye un chemin sur le continent, et peut être le porteur d’espoirs de l’Afrique toute entière. Grâce à sa nation arc-en-ciel et à sa capacité à vivre ensemble, certains dirigeants, pas seulement africains, peuvent méditer sur ce très beau slogan : « Vivre ensemble ».