Notes de Prod. : Notre Univers impitoyable

    en DVD le 23 Septembre 2008

Rencontre avec Jocelyn Quivrin

Quels éléments vous ont donné envie de jouer dans ce film ?

La qualité de l’écriture. J’ai trouvé le film drôle, élégant, très rythmé. Comme Léa vient du théâtre, elle a un grand sens du jeu, des acteurs et du rythme. On s’en est rendu compte dès les premiers essais.
Ce qui est très rassurant avec elle, c’est qu’on peut tout tenter, on ne sera jamais dans le faux. Elle vous donne toujours les bonnes directions. On a l’impression d’être un funambule, mais on le fait de manière sécurisante et c’est agréable. C’est un vrai guide. On a envie d’être généreux avec elle.

C’est la 5ème fois qu’une femme vous dirige au cinéma. Ça change quoi pour vous par rapport à un réalisateur ?

Pas grand-chose car pour moi réalisateur est un métier qui n’a pas de sexe. Je suis peut-être un peu moins potache avec une réalisatrice. Mon éducation fait que je préserve un minimum les femmes avec qui je travaille. Quoique, je ne sais pas si Léa serait de cet avis !

Un double rôle, c’est rare au cinéma. Comment l’avez-vous abordé ?

Au début du film un événement se produit et deux possibilités s’offrent au couple. Ce qui est intéressant, c’est qu’on ne raconte pas deux fois les mêmes choses avec Margot et avec Victor.
Il y a sept fenêtres dans le film où on passe de l’une à l’autre tout en faisant progresser l’histoire. J’aime bien l’idée que dans la continuité un personnage puisse être à la fois le même et en même temps très différent. C’est l’univers dans lequel il évolue qui le fait changer.
Le challenge c’est de jouer deux états différents avec le même personnage, tout en ayant un «tronc commun» puisque c’est finalement le même homme.

Laquelle de vos deux personnalités dans le film préférez-vous et avez-vous préféré jouer ?

Je me sens évidemment plus proche du personnage quand il n’est pas associé, car il a une vie plus simple et plus proche de la mienne, mais un peu plus conventionnelle aussi.
Alors que lorsqu’il est associé, il est débordé tout le temps, désagréable, il devient un requin. Mais c’est ce côté-là qui était plus drôle à jouer. Cela m’amuse plus d’aller vers des choses qui ne me ressemblent pas forcément.

Voyez-vous ce film comme une histoire de guerre des sexes au travail ?

Ce film prouve qu’on est bien rentré dans le XXIème siècle et que le problème de la place des femmes est toujours là. On est dans un monde où, à poste égal, les fem- mes gagnent moins et où il est plus difficile pour elles de s’imposer dans un travail équivalent. C’est très actuel.

Notre Univers Impitoyable est-il un film engagé ?

Le thème de la parité m’importe et je suis convaincu de son bien fondé. Mais pour moi le film est surtout une histoire d’amour. C’est l’histoire d’un couple qui traverse une tempête intime et professionnelle.

Le thème de la non-parité homme-femme dans le travail et dans le couple est rarement traité sous son aspect social dans les films français. Ça veut dire que Notre Univers Impitoyable est un film plus anglo-saxon que français ?

Peut-être y a-t-il une forte influence anglo-saxonne voulue par Léa, mais je me suis senti proche de ce que traversent les personnages. L’idée des immeubles modernes et des tours vitrées, c’était pour apporter quelque chose de très graphique et parfois d’un peu froid au film. On peut se demander si aujourd’hui on n’est pas un peu obligé de sacrifier sa vie privée pour réussir sa vie professionnelle. C’est la question que pose aussi le film.

Dans le film ,Thierry Lhermitte dit à Alice que pour être un bon avo- cat associé il faut « Avoir un sentiment de légitimité et s’assumer ». C’est valable aussi pour un acteur ?

Quand on est acteur, on est en proie au doute. Il faut aussi accrocher cette légitimité car sinon on ne fait rien, on vit dans l’angoisse, dans le trac. À chaque fois que je commence un film, je me pose toujours la question de savoir pourquoi ils m’ont pris moi et je pense sincèrement que je ne vais jamais y arriver !
Puis je me dis que si le metteur en scène m’a choisi, c’est qu’il pense que je suis le bon choix pour son film. Alors je travaille avec lui, je lui fais confiance et j’essaie d’avancer même si ça n’empêche pas des petits pincements de trac parfois.

Choisir le «meilleur» élément parmi plusieurs candidats possible, n’est-ce pas ce que vous vivez en tant qu’acteur à chaque fois qu’unnouveau film en est au stade du casting ?

Ma philosophie, c’est que lorsqu’un rôle ne me revient pas, c’est qu’il ne m’était pas destiné. Tous les rôles que je n’ai pas faits ne m’ont pas empêché d’être heureux en tant qu’acteur. Au final, les acteurs sont plus amenés à travailler ensemble qu’à être en compétition.
Au théâtre ou au cinéma, j’aime l’idée de la troupe. Et puis la compétition on ne la vit pas vraiment : quand je passais des castings, il y avait une salle d’attente, je ne croisais pas forcément quelqu’un, je faisais mon essai, et je n’ai jamais vécu de pugilat !

Être avocat et être acteur, c’est le même combat ?

J’ai discuté avec des avocats que je connais. Pour eux il y a quelque chose de l’ordre du jeu. Quand ils sont devant un tribunal pour plaider une cause, ils mettent un costume. C’est plutôt drôle car il n’y a plus beaucoup de métiers comme ça où les orateurs prennent la parole en costume et doivent convaincre. Il y a un peu de ça évidemment quand on est acteur : on met un costume, on parle et il faut essayer de convaincre.

Le monde du cinéma est-il aussi cruel et impitoyable que celui des affaires et de la finance ?

Je ne connais pas assez le monde de la finance ! Mais je crois que le monde du cinéma est comme tous les univers de paillettes, de show business et d’industrie : il faut arriver à se constituer une famille et avancer là-dedans en se protégeant.
Mais si on fait un petit peu attention c’est un métier agréable. J’ai rencontré des gens formidables, qu’ils soient acteurs, réalisateurs, auteurs ou producteurs, qui ont énormément de talent. Bien évidemment il y a des requins partout, mais il y a bien plus de gens formidables qu’on ne l’imagine dans ce milieu !

En 18 ans de carrière vous n’avez jamais été victime de ces requins ou dégoûté du milieu parfois ?

Dégoûté, non. Mais il m’est arrivé de tourner avec des réalisateurs qui étaient odieux et avec des acteurs qui se prenaient au sérieux. J’ai été invité dans des émissions de télévision qui se passaient mal. Et puis ça m’arrivera encore.
Il ne faut pas faire de généralités pour autant. C’est un métier extraordinaire : on raconte des histoires aux gens. Et puis quand on a une mauvaise expérience on passe à la suivante en espérant qu’elle efface la première !

Quelle est la scène du film qui vous a le plus marqué ? Le plus troublé ?

Il y en a deux avec Alice. La première au début du film : je reviens chez nous, elle a eu le poste d’associée. Je l’invite à aller au resto. Elle a fait le repas et il est raté. Ça ne se passe pas très bien. Cette scène m’a touché autant à la lecture du scénario que lors du tournage.
La deuxième, c’est à la fin du film quand mon personnage revient, qu’il a un peu tout foiré, que c’est parti en vrille avec sa maîtresse, qu’il a probablement passé la nuit dehors, qu’il s’est acheté un vélo, qu’il est paumé, qu’il revient voir sa femme, qu’il lui demande pardon. C’est triste et beau en même temps.

Vous jouez un couple à l’écran avec Alice Taglioni. Etait-ce difficile à gérer sachant que vous êtes son compagnon dans la vie ?

Alice et moi on s’est rencontrés sur le film Grande École. On voulait retourner ensemble depuis longtemps. Il fallait déjà trouver un bon scénario avec deux rôles forts qui nous plaisent. Quand on a lu le scénario de Léa, on a tout de suite été emballés. On a commencé le film comme une grande inconnue.
Et cela s’est très bien passé ! On était ensemble matin, midi et soir : c’était agréable.

Léa Fazer avoue que votre intimité a servi le film au-delà de ses espérances. En étiez-vous conscient lors du tournage ?

Quand la femme que vous devez prendre dans vos bras à l’écran est la même que celle qui partage votre vie, on joue moins. C’est sûr qu’il y a eu des scènes qui ont été bien plus évidentes à jouer du fait de notre intimité. Ça nous a aidé.
Et puis c’était bien quand on avait une scène à tourner le lendemain ensemble de pouvoir la répéter à la maison.

Être face à un monstre de comédie comme Thierry Lhermitte, c’était intimidant au début ?

La situation s’est déjà présentée quand j’ai joué avec Jean Reno. La première fois que j’ai fait des essais avec lui, je devais lui mettre une baigne. Ça fait bizarre !
Avec Thierry, ça a été pareil. Je crois que le plus simple dans ces cas-là c’est d’aller vers l’acteur. À l’époque on se disait « Vous », maintenant on se dit « Tu ».
Je lui ai dit : « Ecoutez Thierry, je suis tellement content de travailler avec vous, j’adore ce que vous faites». Comme ça les choses sont dites et on peut travailler.
En fait, quand on joue avec des acteurs qui ont une grande expérience comme Thierry, on se rend compte qu’ils ne sont pas devenus des stars par hasard. Quand il tourne une scène, il est toujours prêt, il a un sens du rythme, du jeu et de la comédie inouï.
C’est tellement plus facile pour vous. Quand on est face à lui c’est un peu comme jouer contre un type très bon au tennis : vous allez augmenter votre niveau de jeu. Si vous êtes confronté à un adversaire un peu moins bon vous allez jouer un peu moins bien. C’est pareil avec les acteurs.

Vous avez ressenti la même chose avec Julie Ferrier ?

Julie a une spontanéité hallucinante. Elle a une expérience énorme sur les planches, mais elle avoue être moins à l’aise sur un plateau de cinéma. A la fin de chaque prise elle vous demande ce que vous en avez pensé. Elle est très inquiète. Et puis Julie est très jeune.
Même si elle a fait beaucoup de one-woman shows, ce qui est très formateur et très dur pour les acteurs, elle est forcément plus en proie au doute que Thierry Lhermitte.

Voyez-vous ce film comme un duo à trois entre Thierry, Alice et vous ?

L’idée est amusante ! Comme il y a l’idée d’un véritable affrontement entre le personnage d’Alice et le mien dans le film, je dirais que Thierry fait figure d’arbitre entre nous. Il est au milieu du duel.

Diriez-vous que la morale du film c’est qu’il ne faut jamais travailler avec son conjoint ?!

Non, je ne pense pas ! Ce que je lis dans ce film c’est qu’il ne faut pas oublier l’essentiel, ne jamais oublier l’amour. Voilà quelle serait ma morale.

Note de tournage....

Notre univers impitoyable est le second long-métrage de la cinéaste franco-suisse Léa Fazer, remarquée en 2004 avec son premier film Bienvenue En Suisse, une http://www.commeaucinema.com/box-office.htmlcomédie qui avait fait l’ouverture de la section « Un certain regard » au Festival de Cannes.

Rencontre avec Lea Fazer scénariste et réalisatrice

L’intrigue du film se situe à Paris dans le milieu des affaires. Quel plaisir avez-vous pris à filmer toutes ces tours de verre, ces décors gris-bleu froids, ces transparences entre les bureaux qui rythment la vie des personnages ?

Les cabinets d’affaires classiques sont souvent implantés dans de très beaux immeubles anciens. Je n’avais pas envie de filmer ce Paris-là.

Rencontre avec Alice Taglioni

Comment êtes-vous arrivée sur le projet ?

Bruno Dega, le réalisateur de Detrompez-Vous avec qui je tournais, m’a dit qu’une de ses amies allait m’appeler pour son nouveau film.
Je savais que Léa Fazer cherchait un vrai couple. Jocelyn et moi voulions tourner de nouveau ensemble. On l’a rencontrée chacun de notre côté. On a lu le scénario. On a tous les deux adoré. On a passé des essais.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 798 entrées

  • 1ère semaine France : 97 624 entrées