Le Lieu Du Crime
Ocean’s 13 se déroule à nouveau dans un décor que les flambeurs du monde entier connaissent bien : Las Vegas. «Nous avions envie de retrouver ses ambiances. Vegas a un cachet particulier, c’est la capitale mondiale du jeu et une ville assez incroyable», explique Weintraub.
Les extérieurs furent réalisés sur place, mais l’essentiel du film fut tourné aux studios Warner Bros., compte tenu de l’impossibilité d’occuper un nouveau casino à temps plein.
Steven Soderbergh : «Il nous aurait fallu deux fois plus de temps si nous avions tout filmé en décors naturels. J’avais besoin d’un environnement parfaitement contrôlé et c’était une démarche logique de tourner cette partie en studio. J’ai demandé à
Philip Messina un décor somptueux, légèrement dément, qui refléterait la vision et la personnalité de son propriétaire et concepteur Willy Bank.»
Philip Messina (Chef décorateur) : «Je me suis dit que je n’aurais peut-être jamais plus l’occasion de concevoir et bâtir un décor à cette échelle pharaonique. J’ai choisi une inspiration pseudo-asiatique, très audacieuse, car à Vegas, le spectacle, la fantaisie et l’ostentation sont de mise. J’ai notamment décidé de rompre avec la tradition en installant des salles de jeu à divers niveaux, ce qui ne se fait jamais.»
Le décor fut érigé sur le Plateau 16, qui est l’un des plus vastes de Los Angeles. Partiellement occupé par un grand bassin, il nécessita des travaux de soutènement en raison du poids et des dimensions du décor, l’ascenseur pesant à lui seul plus de 18 tonnes.
L’éclairage du casino nécessita un effort considérable car le décor devait incorporer la totalité des lumières nécessaires. Messina veilla à ce que chaque table dispose de son propre éclairage, «pour créer des poches de lumière complétant l’éclairage d’ambiance dispensé par les chandeliers.»
Soderbergh et Messina installèrent dans le décor une série d’opulents chandeliers, dont l’un sculpté par l’artiste conceptuel Jacob Hashimoto, qui vint personnellement d’Italie pour en superviser l’installation.
L’une des sources lumineuses les plus spectaculaires se trouve dans la Chambre aux Diamants renfermant les colliers de Bank. Ce chandelier de 7 mètres sur 70 cm, appelé «La Cascade», fut emprunté à la Swarovski Crystal Company et monté sur place, chaque élément de cristal étant inséré manuellement dans l’armature métallique.
Les lustres de la grande salle furent conçus par Messina et sa femme, la décoratrice de plateau Kristen Toscano Messina. Fabriqués en fibre de verre moulée, ils sont équipes de lampes de cinéma et de gels propageant une lumière diffuse.
Le casino héberge une grande variété de machines à sous, fournies Artistocrat Technologies, Inc., ainsi que 32 tables de jeu : roulettes, dés, black-jack, etc. Chaque table arbore l’emblème The Bank, qu’on retrouve aussi sur les milliers de dés et jetons de l’établissement. «Le plus dur a été d’empêcher les figurants et l’équipe de jouer durant les pauses !», plaisante Messina. «Je pense qu’ils ont disputé en douce plus d’une partie au fi l du tournage.»
Jerry Weintraub : «Phil a créé un des décors les plus réalistes qu’il m’ait été donné de voir. Les gens en oubliaient qu’ils étaient dans un studio tant chaque détail faisait vrai.» Et Soderbergh de renchérir : «Je pense qu’aucun d’entre nous ne reverra un tel décor d’ici longtemps.
Ocean’s 13 était une occasion rare de créer quelque chose d’extraordinaire, et Phil était l’homme de la situation.»
Les principaux extérieurs ont été tournés à l’hôtel Bellagio, au Venitian, à l’aéroport McCarron de Las Vegas et en Californie.
Les Costumes
«Créer les costumes d’un film comme Ocean’s 13 est un challenge», explique Steven Soderbergh. «Non seulement en raison du nombre de protagonistes, mais aussi parce que chacun doit afficher une personnalité distincte.»
Louise Frogley, qui avait déjà travaillé sur L’anglais, Traffic et The Good German, tint à rendre hommage au chef costumier d’Ocean’s 11 Jeffrey Kurland, tout en tenant compte de l’évolution de la mode et de celle des divers personnages :
«Pour George Clooney et Brad Pitt, la sobriété est de règle. George avait trouvé son look dès le premier film, et cela nous a paru si brillant que nous n’y avons rien changé. Ennemi des chichis, il porte l’essentiel du temps des costumes anthracite et des chemises blanches auxquels s’ajoutent, en fonction des circonstances, un smoking et un déguisement. Brad souhaitait la même simplicité, mais un peu plus d’éclat. Pour Terry Benedict, nous avons suivi le style des deux précédents films, à l’exception d’une cravate Ascot, suggérée par Andy Garcia. C’est Linus (Matt Damon) qui a le plus évolué sur le plan de la personnalité. Jerry le voulait plus adulte : Linus n’est plus un gamin, il opère désormais en indépendant et joue un rôle plus significatif au sein de l’équipe. Cela se lit dans ses nouvelles tenues. Par ailleurs, il lui fallait, pour incarner «Lenny Pepperidge», un look totalement différent dont nous avons cherché l’inspiration chez... le Président Mao. Saul Bloom (Carl Reiner), s’affuble lui aussi d’une tenue bien particulière pour interpréter «Kensington Chubb». Ici, nous avons surjoué la note british, avec force tweed, velours et chemises à carreaux. Pour Don Cheadle, nous avons choisi un look 100 % américain, très basique, rehaussé par une belle veste de Yohji Yamamoto.»
«Ce casino neuf et branché demandait un personnel cool, dont le style vestimentaire s’harmoniserait aux décors de Phil. J’ai consulté des photos et gravures d’inspiration orientale et ai ajouté à ces éléments une dimension fantaisiste et des couleurs fluo dans une gamme allant du vert à l’orange en passant par le rose.»
Louise Frogley travailla en étroite collaboration avec Pacino et Ellen Barkin pour habiller les deux personnages clés de The Bank. Il fut décidé à l’unanimité qu’Abigail Sponer ne porterait pas le traditionnel uniforme gris de l’executive woman, mais une robe mettant en valeur sa silhouette et dont le coloris rose pâle fut choisi en fonction de l’environnement.
Louise Frogley présenta à Al Pacino un portfolio de photos de référence «pour lui montrer nos intentions et nos sources d’inspiration. Willy Bank porte évidemment du sur-mesure, mais s’autorise un petit côté voyant. Nous avons proposé à Al différents concepts et coloris, et il a été enchanté de nos choix.»