“L’Océan ! C’est quoi l’Océan ?” demande un enfant au début du film. Pour lui répondre, commençons par oublier chiffres, explications et analyses.
Pour tenter de raconter l’histoire des océans, nous avons cherché à ouvrir d’autres portes que celles des statistiques : celles d’un conte fantastique et magique, des merveilles du petit monde du récif corallien, de l’héroïsme des dauphins en pleine charge, des danses gracieuses des baleines à bosse et des seiches géantes, de l’horreur des agressions faites aux océans et à leurs créatures, de l’incroyable spectacle de la mer déchaînée dans une tempête titanesque, du silence d’un muséum des espèces disparues...
Le film
Océans n’allait pas chercher à expliquer des comportements, ne donnerait pas d’informations sur les espèces, ne chercherait pas à enseigner... mais à faire ressentir. 50 ans après
Le Monde Du Silence du Commandant Cousteau, des centaines de cinéastes, de toutes nationalités, ont réalisé d’incroyables documentaires sur la plupart des espèces marines.
Dans quelle direction aller pour trouver du “nouveau” ? Une seule réponse : dans toutes les directions possibles. Le mouvement bien sûr, comme pour
Le Peuple Migrateur en accompagnant les espèces marines dans la dynamique de leurs déplacements. Mais aussi la recherche d’une nouvelle façon d’éclairer dans l’obscurité ou dans la nuit des océans. Et avant tout, l’indispensable contact avec l’animal filmé jusqu’à obtenir les plans qui transformeront le sujet en personnage. Une chose rare et très particulière avec
Jacques Perrin est que rien ne s’élabore avec une quelconque notion de limite, à commencer par celle du temps.
En tournage, le temps est notre allié le plus précieux : il est indispensable pour filmer les images qui permettront de monter une séquence aussi riche et dynamique qu’on le ferait dans le cadre d’une fiction alors que la nature n’est ni contrôlable ni tout à fait prévisible.
Le temps nous permet de recommencer encore et encore, quelle que soit la difficulté de l’entreprise. Réaliser un film comme
Océans implique une recherche permanente et je crois que c’est cette envie de chercher dans des directions nouvelles qui caractérise le mieux tous ceux qui ont accompagné le film jusqu’au bout. Car que demande finalement
Jacques Perrin à ceux qui ont la chance de travailler avec lui si ce n’est d’aller au bout de leurs rêves, puisque le sien est infini...
Comme pour
Le Peuple Migrateur, deux familles de cinéastes se sont réunies ; des spécialistes du monde animalier aux cotés d’autres issus de la fiction pour qu’
Océans, au-delà du documentaire, devienne tout simplement un film de cinéma.
Quatre années de tournage nous ont menés en des lieux bien particuliers de notre planète que l’on pourrait classer en deux grandes catégories : ceux où la vie semble s’exprimer telle qu’elle le fit pendant des milliers, voire des millions d’années et ceux où manifestement l’ordre de la nature a sérieusement changé. La mer d’abondance que nous cherchions n’existe plus dans les endroits mis à mal par les activités des hommes : surpêche, pollution, côtes bétonnées...
Comme une poignée de confettis jetés sur la planète, il reste ça et là des sanctuaires ; des espaces protégés où la vie s’exprime, ou bien renaît, avec ténacité et vigueur.
Aux îles Cocos, au large du Costa Rica, il suffit de mettre la tête sous l’eau pour voir s’affairer poissons de toutes espèces, requins en tous genres, raies de toutes tailles et autres tortues et mammifères marins.
Au nord de l’Arctique, sur la petite île de Coburg, où même nos guides Inuits n’avaient jamais posé les pieds, phoques, morses et ours polaires sont encore seuls chez eux.
À l’extrême ouest des Galápagos, sur la pointe de l’île Fernandina qui ne voit guère plus d’un scientifique tous les vingt ans, les aigles, au milieu des iguanes marins, des otaries et des cormorans, sont venus se poser sans crainte à quelques mètres de nous, pour observer ces curieux bipèdes que nous sommes.
C’est principalement sur ces petits endroits du monde qu’ont été tournées les images du film ... avec l’espoir qu’il ne s’agisse pas là du reflet d’une diversité révolue mais d’une vie tenace, toujours renaissante, sauvage et libre.