Eric-emmanuel Schmitt était convaincu que vous ne le connaissiez pas. Avez-vous toujours été un de ses fidèles lecteurs ?
C’est vrai que je ne le connaissais que de réputation mais après la lecture du script, je me suis procuré toute son oeuvre et ce n’est pas rien... J’ai tout dévoré en quelques semaines.
Parmi ses livres et ses pièces, lesquels préférez-vous ?
« La Part de l’Autre » et « Petits crimes conjugaux ».
Qu’est-ce qui vous a touché dans le scénario d’Odette Toulemonde?
La fantaisie narrative mais aussi visuelle qui transparaissait du script. Je trouvais cela culotté pour quelqu’un qui faisait un premier film et en même temps cela indiquait une vraie envie de cinéma que je comprends tout à fait.
Après avoir joué un SDF, un pianiste de renom et un président de la République, vous voilà dans la peau d’un écrivain à succès qui traverse une crise...Qu’est-ce qui vous a plu dans le fait d’interpréter ce personnage ?
Au-delà du fait que je suis touché que des gens « sérieux » n’aient pas peur de ma personne, il y a un vrai plaisir à évoluer loin de mes bases et à ne pas faire ce que l’on attend de moi. Les rôles que vous avez évoqués, à part le SDF, reflètent bien cet état d’esprit. En ce qui concerne Balthazar, je le sens très proche d’Eric-Emmanuel et cela me rassurait car il savait de quoi il parlait.
Comment définiriez-vous Balthazar Balsan ?
Sincère dans le fond - ses livres, pas à sa place dans la forme - son milieu social. Il vient de la DDASS, n’a pas eu de famille...
Cela peut-il expliquer qu’il soit devenu un auteur à succès qui collectionne les clichés du bonheur ?
Il a eu le temps pendant toute son enfance de fantasmer sur le bonheur, il en a façonné une vision qu’il a « récitée » sur le papier devenu adulte et a connu le succès , à mon avis sans s’y attendre.
Avez-vous pensé à quelqu’un en particulier pour composer ce personnage ?
Je me laisse aller le plus possible en me rendant disponible aux désirs du metteur en scène et je ne pense à personne en particulier et à tout le monde en général. « Ne pas jouer » est mon mot d’ordre personnel quand je vais chez les autres. Mais ce n’est pas toujours si facile...
En quoi sa rencontre avec Odette va t-elle changer sa vie ? Peut-on dire qu’elle va lui rendre son âme ?
Il renoue avec quelqu’un qui ne survit que grâce à des valeurs essentielles : générosité, écoute des autres, tendresse pour ses proches, etc... Et de fait, il se retrouve car il ne parle et n’écrit que pour ces gens-là mais il avait fini par l’oublier. Epatante ! Une des meilleures actrices que j’aie croisées, grande écoute, très juste, très
rigoureuse, grande maîtrise de son travail... Elle tire ses partenaires vers le haut, je n’ai qu’une angoisse... que l’on me remarque un peu à l’arrivée !
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la façon qu’a eu Eric-emmanuel Schmitt de vous diriger ?
Il savait exactement ce qu’il voulait, en dépit des nécessités techniques qu’il a vite comprises par ailleurs. Il construit en fonction de ce qu’on lui propose, ce qui est pour le moins humble et intelligent.
Comment avez-vous vécu ce tournage en Belgique ?
C’est bien d’avoir découvert la Belgique car maintenant je sais où je n’irai pas en vacances ! Plus sérieusement, les gens sont gentils et enthousiastes et, vu le climat, c’est à mon avis, l’attitude à avoir pour tenir le coup... (Rires)
Avez-vous déjà reçu des lettres aussi bouleversantes que celle d’Odette ?
D’un autre genre mais tout aussi touchantes, oui, surtout après Bernie. Mais j’ai aussi reçu des lettres d’insultes que je trouvais assez touchantes également.
Certains admirateurs vous ont-ils déjà avoué que vous leur apportiez du bonheur ?
A ce point-là non, mais les quelques ricanements perçus aux projections de mes films m’apportent, à moi, beaucoup de bonheur et c’est déjà pas mal...
Y’a t-il des personnages à qui vous vouez une véritable admiration, comme Odette à Balthazar ?
Je m’efforce de contenir toute envie idolâtre mais quand j’ai rencontré certains artistes comme des membres des Monty Python ou d’autres grands cinéastes, j’étais très ému, n’ayons pas peur des mots...