On Va S'aimer est l’adaptation d’un film espagnol... Comment ce projet est-il né ?
L’idée vient d’une rencontre avec les producteurs, Eric et
Nicolas Altmayer, qui, après avoir vu mon premier film,
Irène, m’ont proposé de travailler avec eux. Ils avaient acheté les droits d’un film espagnol
EL otro Lado de la cama, et m’ont proposé de l’adapter. Au début, je ne voyais pas comment en faire quelque chose de personnel. Et puis peu à peu, j’ai commencé à trouver un angle de travail... J’ai réécrit le film et me le suis progressivement réapproprié.
Dans quelle mesure ?
Dans la version espagnole, les personnages étaient plus pulsionnels, plus hystériques, plus ibériques quoi !... J’avais envie d’un film plus doux, plus nuancé... Avec des enjeux humains plus forts... Bref, d’aller vers quelque chose de plus sentimental.
Des couples qui se séparent, manquant de se louper pour toujours... Nous sommes dans le registre de la comédie, mais avec un arrière-fond assez mélancolique.
La comédie est le scénario du tragique véritable... Je ne sais plus quel grand scénariste a dit cela. En tout cas les thèmes de ces deux genres sont fondamentalement les mêmes, l’amour, la trahison, la vie qui déçoit, et la difficulté de trouver sa place dans le monde.
Qu’est-ce que la comédie, avec ses codes, peut conférer de plus au traitement de ces thèmes ?
La comédie apporte un recul, une ironie, une meilleure compréhension des cho- ses. La comédie, c’est de la distance par rapport à une situation, une sorte de lu- cidité, de prise de conscience immédiate. Et c’est aussi une reconnaissance.
C’est un film où l’on chante et où l’on danse mais ce n’est pas pour autant une “comédie musicale“ ?
Absolument. Les chansons sont ici des intermèdes. Elles apportent un ailleurs. L’idée était que les textes des chansons puissent être les dialogues du film, et continuent de faire avancer la narration... Pour les choisir, j’ai écouté beaucoup de chansons, je me suis passé en boucle toutes les compilations de variétés françaises seventies, eighties, nineties (rires) !
Parlons un peu de la mise en scène. Format scope, plans séquences... Il y a là de vraies exigences artistiques.
J’aime le cinéma qui fait rêver, qui nous emmène ailleurs. J’avais envie d’une esthétique forte, de codes couleurs assumés, de cadres soignés... J’aime également quand les prises sont un peu longues, que le dialogue donne le rythme et que le comédien a le temps d’installer ses intentions. C’est pour cela que j’apprécie le plan séquence car on est avec eux, il n’y a plus du tout de technique entre la scène et le spectateur.