Notes de Prod. : Ondine

    en DVD le 06 Janvier 2011

Genèse du film

Pendant la grève des scénaristes, un de mes projets hollywoodiens n’a pas abouti - Heart Shaped Box. Je suis donc rentré en Irlande dans ma maison à l’ouest de Cork et j’y ai écrit ce conte de fées qui pouvait être tourné dans son intégralité à quelques kilomètres de chez moi.
L’histoire d’un pêcheur qui pêche une jeune femme en vie dans ses filets et de sa fille Annie handicapée qui croit aux légendes locales et la prend pour une Ondine. Les créatures de la mer, monstres marins, selkies pensent que leur temps sur terre est compté et tombent amoureuses de leur sauveur. Elles transforment leurs rêves en réalité mais la mer les rappelle toujours à elle. L’intrigue se développe en une histoire d’amour impossible entre le pêcheur et la jeune femme, dans laquelle les êtres humains souhaitent sincèrement transformer leurs vies en conte de fées. Simplement parce que la réalité est trop dure.

L’une des premières personnes à laquelle Neil Jordan ait montré son script était Colin Farrell, qu’il connait depuis longtemps. «J’ai lu Ondine et j’ai adoré», déclare Colin Farrell. «C’est vraiment une très belle histoire, empreinte de magie». Il a donc immédiatement accepté le rôle principal (celui du pêcheur Syracuse), ce qui s’est avéré crucial pour que le film puisse trouver un financement. Début janvier 2008, le scénariste/ metteur en scène a pris contact avec James Flynn chez Octagon Films pour l’aider à produire Ondine. «Le lendemain de ma rencontre avec Neil, j’ai lu le scénario», explique Flynn. «J’ai tout de suite pensé : c’est du pur Neil Jordan. Il y avait une parfaite cohérence à tous les niveaux». Flynn s’est ensuite tourné vers Ben Browning de Wayfare Entertainement pour financer le film.

Browning, fan de Neil Jordan, a accepté immédiatement. Ils ont également bénéficié du soutien de l’Irish Film Board. Au mois de mars, Flynn et Browning se sont rendus dans la maison de Jordan à Castletownbere afin de parler du film. «J’avais l’impression que nous nous déplacions dans le script : du McCarthy’s Bar à la rue dans Castletownbere en passant par Poulin Harbour – tout ce que nous voyions semblait prendre vie dans l’optique du scénario». Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles Neil Jordan tenait absolument à tourner le film à Castletownbere. Tout d’abord, il connaissait parfaitement les lieux qui étaient décrits dans le scénario. L’autre élément essentiel était l’aspect accidenté de la péninsule de Beara. «Je voulais que le film ait un lien étroit avec le paysage», indique Neil Jordan. «J’aurais bien sûr pu le tourner dans l’endroit dont je suis originaire, au Connemara ou à Sligo, mais Castletownbere est une vraie ville de pêcheurs, assez en retrait des sentiers touristiques. Elle a sa propre identité, sa propre industrie et sa propre vie».
Une fois le financement bouclé, la distribution a pu être finalisée. Neil Jordan est parvenu à convaincre son vieil ami Stephen Rea de jouer le prêtre, un second rôle mais un rôle essentiel. «Neil voulait pour le rôle d’Ondine une actrice peu connue», signale Browning. «Nous soutenions Neil dans ses intentions car nous avions le sentiment qu’au moment où la jeune fille sort de l’eau, il était très important que l’on découvre un nouveau visage». Après de longues recherches, c’est finalement l’actrice polonaise Alicja Bachleda qui a été choisie pour interpréter Ondine. Alison Barry, une écolière de dix ans du Comté de Cork joue le rôle d’Annie. Le tournage d’Ondine a pu commencer en juillet 2008 avec Chris Doyle comme chef-opérateur et a duré huit semaines pendant l’un des étés les plus humides et les plus froids que l’Irlande ait jamais connu. «Dans certains films de Neil Jordan, il y a une histoire d’amour entre deux personnages principaux dont le passé a été douloureux», explique Flynn. «Derrière leur relation, il y a généralement une menace qui se tapit ou quelque chose susceptible de les mettre en danger». Pour Neil Jordan, Ondine est un projet personnel qui marque une rupture avec les productions à gros budget des studios. Le metteur en scène s’éloigne de la superstructure de l’industrie du cinéma pour se tourner vers quelque chose de plus simple et original. «Parfois les circonstances vous forcent à épurer votre esthétique et à réinventer votre art, il est parfois préférable de tourner à une échelle plus confidentielle. Il n’y a rien de pire que de se répéter».

Derrière la caméra

Neil Jordan
Scénariste / Metteur en scène / Producteur

C’est en tant qu’écrivain que Neil Jordan débute sa carrière, avec Night in Tunisia and others stories et le roman The past. En 1981 il est engagé comme consultant sur Excalibur réalisé par John Boorman; peu de temps après, son scénario Traveller est porté à l’écran par Joe Comerford. Il fait ses débuts en tant que metteur en scène avec Angel (1982). Stephen Rea y joue la première incarnation d’un gangster qui apparaîtra dans d’autres films. Après avoir revisité l’histoire du Petit Chaperon Rouge dans La compagnie des loups(1985), Jordan a fait une percée remarquée avec Mona Lisa (1986), une histoire d’amour obsessionnel qui lui a valu d’être reconnu sur la scène internationale. Remarqué par Hollywood, Neil Jordan tente l’aventure américaine avec High spirits (1988) et Nous ne sommes pas des anges (1989) sans grand succès.

Le casting

Neil Jordan a confié le rôle de Syracuse à Colin Farrell : «Je ne pense pas que l’on ait véritablement exploré le talent de Colin en tant qu’acteur. Lorsque je l’ai découvert dans Tigerland, je l’ai trouvé absolument merveilleux.
Il a ensuite tourné dans de nombreuses grosses productions et il est devenu une star, principalement dans des films d’action. C’était tellement rafraîchissant de le voir faire ce film avec Martin McDonagh, Bons baisers de Bruges, c’était comme le voir revenir à ses racines». Colin Farrell s’est totalement immergé dans le rôle. Il est parti en mer sur un chalutier avec un pêcheur local pour avoir le pied marin, il a adopté un accent typique de la région ouest de Cork et s’est fondu dans la communauté locale. «J’ai dit à Colin que son personnage aurait pu être originaire de Dublin mais il voulait aller au bout des choses et je ne peux que m’en féliciter», a déclaré Neil Jordan. «C’était vraiment génial de travailler avec lui parce que son engagement est extraordinaire et d’une certaine manière va au-delà du simple fait de jouer». Avec Colin Farrell au générique, Jordan a maintenu sa position selon laquelle le rôle titre devait être confié à une actrice inconnue.