Le lancement de la mission
Deux ans après la saga Resident Evil, les trois producteurs Paul W.S. Anderson,
Jeremy Bolt et
Robert Kulzer souhaitaient s'atteler à leur nouveau thriller :
Pandorum. "J'ai lu
Pandorum juste après avoir terminé Alien vs. Predator," signale Anderson. "Le scénario m'a emballé. J'ai eu le sentiment qu'il abordait des sujets qui m'avaient toujours intéressé, notamment l'idée que l'horreur peut se trouver aux confins de l'univers – là où la terreur est amplifiée par la claustrophobie du vaisseau et par le sentiment d'isolement qu'on peut éprouver dans l'espace. Ce sont les mêmes motivations qui m'ont poussé à réaliser Event Horizon : le vaisseau de l'au-delà il y a dix ans."
"J'ai aussitôt envoyé
Pandorum à Jeremy et Robert, en leur suggérant qu'on devrait prendre une option sur le scénario et le produire," poursuit Anderson. "C'était vraiment le genre de film que j'avais envie de voir en tant que spectateur." "Je suis constamment à la recherche d'une intrigue qui me fasse dire : « Celle-là, c'est la bonne » ajoute Kulzer. "
Pandorum m'a franchement fasciné par son originalité." Kulzer et ses partenaires étaient conscients qu'il s'agissait d'un projet à part.
Travis Milloy est l'auteur du scénario. À l’époque où il achevait l'écriture, le jeune réalisateur
Christian Alvart avait débarqué à Hollywood après la sortie de son premier long-métrage,
Antibodies.
Alvart a fait ses débuts de réalisateur à l'âge de 16 ans, en tournant des films Super 8 avec ses amis tout en collaborant avec le magazine de cinéma XTRO – dont il fera l'acquisition par la suite. Sous la bannière de sa société de production, Syrreal Entertainement, il écrit, produit et réalise Curiosity & the Cat en 1998, avant de signer le thriller psychologique Antibodies en 2005. Ason arrivée à Hollywood, Alvart travaillait sur son propre scénario,
No Where : il s'agissait de l'histoire de quatre astronautes qui partent à bord d'un vaisseau spatial et se réveillent d'un hyper-sommeil sans le moindre souvenir du but de leur mission. "Je ne pensais pas que j'aurai les moyens de tourner ce film avant une bonne quinzaine d'années," confie Alvart. "En effet, c'était un énorme projet difficile à financer."
Après avoir visionné
Antibodies – thriller très noir truffé de rebondissements – et rencontré Christian, le producteur Bolt a songé à lui confier la réalisation de
Pandorum : "Quand j'ai commencé à lire le scénario, je suis resté sous le choc car il y avait de nombreux points communs avec ma propre histoire," note Alvart. "Comment est-ce que je pouvais tourner mon film puisqu'il existait un projet quasi identique ?" "Je leur ai présenté ma version de l'histoire," poursuit le réalisateur. "J'ai mélangé
No Where et
Pandorum. Je m'attendais à ce qu'on me rie au nez."
Bien au contraire, les producteurs ont réussi à faire travailler Milloy et Alvart ensemble : après une phase de développement rigoureux,
Pandorum a vu le jour. Les auteurs ont souhaité plonger le spectateur dans l'univers mystérieux du cosmos dans un thriller aux étranges rebondissements.
Bien qu'Alvart soit un réalisateur débutant, les producteurs avaient toute confiance en lui. "Christian a toutes les compétences requises et il connaît parfaitement les codes du genre," signale Kulzer. "C'est à la fois un grand gamin et un immense cinéphile. Il a beaucoup d'imagination et des idées formidables."
"Depuis que j'ai vu le premier film de Christian, je me suis dit que c'était un cinéaste très doué," note Anderson. "J'aime sa sensibilité et ses idées sombres et tordues – on a vraiment ça en commun. Il a apporté au film sa conception du monde totalement à part." "Christian nous avait promis un film déconcertant et plein de coups de théâtre inattendus et il a tenu ses promesses," ajoute Bolt. "Il est très intègre dans le travail et sa vision du monde en fait un metteur en scène hors du commun."
L'équipage au grand complet
Dennis Quaid a été le premier à faire partie de l'équipage du vais- seau spatial Elysium, en acceptant le rôle du lieutenant Payton. Souffrant de claustrophobie aiguë, il guide le jeune caporal Bower à travers les couloirs labyrinthiques du vaisseau... jusqu'à ce que Payton révèle son vrai visage.
"Dès le départ, on s'était dit que ce serait formidable qu'un type comme
Dennis Quaid campe Payton," souligne Kulzer. "Le fait qu'il nous ait donné son accord marquera certainement un tournant dans ma carrière." "Il y a très peu d'acteurs qui aient autant de charisme, d'expérience et de professionnalisme que lui," ajoute Alvart qui, d'ailleurs, connaît par cœur
L'Aventure Intérieure, où
Dennis Quaid donne la réplique à Meg Ryan.
En raison des relations psychologiques complexes du film, il fallait un comédien auquel le public puisse s'identifier immédiatement.
Dennis Quaid s'est imposé naturellement dans le rôle : "Je prends beaucoup plus de plaisir dans mon travail aujourd'hui qu'à mes débuts," déclare Quaid. "J'ai ça dans le sang."
L'acteur s'intéresse à l'espace depuis son enfance : "J'ai grandi au Texas et c'est là que le programme spatial est né," explique-t-il. "Du coup, je n'ai plus voulu devenir cow-boy. Et j'ai lu beaucoup d'auteurs comme Ray Bradbury dans les années 60."
"Quand je lis un scénario, c'est le seul moment où je me retrouve dans la peau du spectateur qui découvre le film," poursuit-il. "Et lorsque j'ai lu
Pandorum, je me suis laissé embarquer dans l'intrigue. Ensuite, j'ai rencontré Christian qui m'a raconté sa vision du film, et j'ai aussitôt voulu faire partie de l'aventure." "C'est un thriller, mais c'est aussi une histoire universelle," renchérit- il.
"C'est en cela que ce genre de film fonctionne : certes, cela parle d'événements inconnus du grand public, mais les personnages vivent des expériences humaines auxquelles tout le monde peut s'identifier. C'est pour cela que c'est génial."
Dennis Quaid a collaboré avec de très grands cinéastes tout au long de son parcours – ce qui ne l'a pas empêché de se montrer impressionné par Alvart : "Il n'a que 34 ans, mais on dirait un réalisateur qui a déjà 40 ans de carrière," dit-il. "Il n'y a aucun plan inutile dans ce film car la moindre scène est là pour servir l'intrigue et la psychologie des personnages."
Ben Foster incarne le caporal Bower, ingénieur mécanicien qui se retrouve à bord de l'Elysium. Bien qu'il ne se souvienne ni de son identité, ni du contenu de sa mission, il comprend rapidement que le vaisseau risque de s'écraser. Guidé par le lieutenant Payton, il se fraie un chemin à travers les couloirs de l'appareil et doit faire face aux horreurs que recèle l'Elysium.
Jusque-là, Foster ne s'était guère intéressé à l'espace. "Quand j'étais gamin, je jouais à l'astronaute, mais je ne suis jamais allé plus loin," dit-il. "De toute façon, pour faire ce métier, il fallait être bon en physique et en maths – et ce n'est pas mon cas. Je ne pense pas que j'aurais fait un très bon astronaute dans la vraie vie."
Pour autant,
Pandorum l'a fasciné. "En général, j'ai du mal à lire un scénario jusqu'au bout," reconnaît Foster. "Mais cette fois, j'ai été vraiment accroché. Il y a tellement de rebondissements et c'est tellement bien écrit que je l'ai lu d'une traite." Le concept de
Pandorum l'a subjugué. Pour lui, il s'agit "de troubles psychologiques liés au sentiment de claustrophobie d'un séjour à bord d'un vaisseau spatial qui entraînent névroses et folie des grandeurs."
Anderson en donne une définition plus courte : "C'est une psychose terrifiante liée à l'espace – une sorte de sentiment de claustrophobie sous acide." Le film a été tourné en très peu de temps, mais le réalisateur a souhaité multiplier les angles de prises de vue. Pour Foster, c'était là une difficulté majeure. "Il y avait parfois plus de 70 plans par scène," dit-il. "Pour moi, c'était une expérience inédite. Mais je savais que Christian arriverait à donner du sens à cette mosaïque d'images."
"Le plus difficile, c'est de rester concentré tout en mobilisant son énergie," poursuit-il. "C'était très abstrait. J'ai essayé de donner un ancrage réaliste au contexte du film. On cherchait tous à trouver le ton juste."
"
Ben Foster est l'un de mes acteurs préférés au monde," reprend Alvart. "Personne ne se serait mieux débrouillé que lui." Bolt ajoute : "Ben est un comédien épatant. Son jeu est d'une grande intensité." De son côté, Foster a été heureux d'avoir un comédien aussi chevronné que Quaid comme partenaire. "C'est un grand pro," confie-t- il.
"Il se marre constamment, tout en étant très concentré. Il m'a vraiment aidé à me sentir à l'aise sur le plateau." Au final, Foster estime que
Pandorum plaira à tous ceux qui aiment les divertissements de grande qualité : "C'est un film à la fois ludique et sombre, où les rapports entre les personnages sont complexes, mais qui s'inscrit surtout dans la grande tradition des films qu'on va voir avec sa petite amie pour jouer à se faire peur."
Bower fait bientôt la connaissance de Nadia, interprétée par
Antje Traue, jeune comédienne allemande quasi inconnue. Après une tournée mondiale de quatre ans de la comédie musicale West End Opera, et quelques rôles pour le cinéma et la télévision allemands,
Antje Traue trouve son premier grand rôle avec
Pandorum.
La jeune actrice a dû suivre un entraînement physique rigoureux : "Il a souvent fallu que je me fasse violence," rapporte-t-elle. "Mais ce qui était formidable dans cette préparation physique intense, c'est que j'ai pu moi-même exécuter les cascades et vivre pleinement chaque scène."
Antje Traue a également dû surmonter son vertige : "Je me souviens du jour où Christian m'a demandé si j'avais des problèmes de vertige," note-t-elle. "Je lui ai répondu que non, sans me rendre compte que j'étais alors sur la terre ferme. Quelques jours plus tard, on tournait dans une vieille usine et il fallait que je saute sur un pont très élevé au-dessus du sol – et tout d'un coup, j'ai eu comme une révélation : je peux basculer dans le vide à tout instant. Il a fallu que je me rende à l'évidence : je souffre vraiment du vertige."
Nadia est une scientifique dont la mission à bord de l'Elysium consiste à superviser une banque génétique, destinée à répandre la vie sur une autre planète. Au début du film, Nadia est, elle aussi, en quête de réponses à ses questions et elle doit se battre seule pour sa survie – jusqu'au moment où elle rencontre le caporal Bower.
"Nadia est extrêmement méfiante car elle a été seule pendant longtemps," explique la comédienne. "Il lui faut un moment pour avoir de nouveau confiance en quelqu'un, mais Bower réussit à faire d'elle une alliée. Par la suite, leur relation est essentielle pour leur survie."
"Antje était une vraie découverte," signale Bolt. "Elle est intelligente, elle se débrouille très bien physiquement et elle est parfaitement crédible dans une scène d'action." Foster renchérit : "Antje est l'un des points forts du film," dit-il. "Elle apporte de l'humanité et de la force à son personnage."
Traue a été ravie de donner la réplique à un acteur comme Foster : "Il était constamment à mes côtés, dans le film et entre les prises," observe-t-elle. "Tout s'est avéré formidablement stimulant. Ben est à la fois très créatif et très concentré, ce qui m'a beaucoup rassurée."
Autre membre de l'équipage du vaisseau : Manh, expert agricole vietnamien, campé par le champion du monde d'arts martiaux
Cung Le. "Il nous fallait quelqu'un de crédible dans le rôle d'un vrai guerrier," explique Bolt. "Cung est un champion d'arts martiaux qui tente sa chance comme acteur. On lui a fait passer des bouts d'essai et il nous a conquis."
En mars 2008,
Cung Le a remporté une victoire sur Frank Shamrock au cours d'un combat spectaculaire qui lui a valu le titre de "Champion Poids Moyen de la Strikeforce." Après avoir lu le scénario,
Cung Le était prêt à tout pour décrocher le rôle : "J'ai dit à mon agent que je voulais absolument tourner dans ce film," dit-il.
"J'étais prêt à sauter à travers des cerceaux ! Je suis au plus haut niveau de ma carrière dans le domaine des arts martiaux, mais je ne fais que découvrir le métier d'acteur. C'est un nouveau carburant pour moi. Je me suis senti très flatté d'avoir joué dans
Pandorum."
"D'ailleurs, on est beaucoup plus en sécurité quand on travaille avec des acteurs que lorsqu'on se retrouve dans une cage pour y affronter un vrai combattant," ajoute-t-il. Comme les autres personnages du film, Manh lutte pour sa survie. Quand il rencontre Bower et Nadia, il se méfie d'eux. "Dans leur première scène ensemble, Manh se bat contre Nadia," indique
Cung Le.
"Je me suis dit que je ne m'étais encore jamais battu avec une fille, mais là c'était une question de survie !" "On savait tous les deux qu'il aurait pu me tuer en deux secondes," signale Traue en riant. "
"Cung est l'un des combattants les plus redoutables de la planète," reprend Foster, "mais c'est aussi l'un des types les plus adorables et drôles que j'aie jamais rencontrés." Pour
Cung Le, le plus difficile a été de se retrouver en Allemagne, loin de ses proches. "Je n'ai jamais été aussi longtemps loin d'eux et du coup, j'avais le mal du pays," souligne-t-il.
"Mais cela fait partie du boulot et j'aime aller au bout de ce que j'entreprends."
Cung Le a beaucoup apprécié la complicité qui régnait sur le plateau : "Lorsqu'on tournait une scène, on était très concentré, mais entre les prises, on se marrait tout le temps," dit-il.
Il a également été rassuré par le climat de confiance qui prévalait entre acteurs et techniciens. Enfin,
Cam Gigandet incarne le caporal Gallo. L'acteur a toujours été effrayé à l'idée de se retrouver dans l'espace : "Quand j'étais gamin, c'était une véritable angoisse," dit-il. "La perspective d'être tout seul, à des milliers de kilomètres de chez moi, m'a constamment fait peur."
Pour Gigandet,
Pandorum ne ressemblait à aucun autre film dans lequel il a tourné : "C'était un vrai défi pour moi," observe-t-il. "Qu'il s'agisse des rapports avec le personnage de
Dennis Quaid ou du genre de film que c'était, je savais que ce serait difficile, mais c'était d'autant plus stimulant."
Pour autant, ce n'est pas la dimension physique du personnage qui s'est avérée le plus gros obstacle car Gigandet a toujours été très sportif : "Ce sont des officiers et ils sont donc en bonne condition physique," poursuit-il. "En revanche, c'est l'aspect psychologique du rôle qui m'a demandé le plus de préparation. Je devais avoir l'air très préoccupé par ce qui se passe dans le vaisseau. Du coup, il fallait que j'arrive à me concentrer pour croire moi-même au contexte et aux événements du film. Tout devait sembler vraisemblable : le fait qu'on soit dans l'espace et que le sort de l'humanité soit entre nos mains, la paranoïa, la peur etc.
Cela m'a demandé beaucoup d'efforts." Dans le film, on comprend assez vite qu'il existe un lien important entre Gallo et Payton. "Mon personnage a une part de mystère," reprend Gigandet. "Il y a quelque chose d'étrange qui se passe entre nous." "Je n'avais jamais travaillé avec quelqu'un d'aussi chevronné que
Dennis Quaid et, du coup, les enjeux étaient énormes," signale-t-il encore.
"Il est drôle et passionnant, mais il sait exactement ce qu'il fait. C'était rassurant d'avoir quelqu'un qui comprenait ce qui se passait, sachant qu'il y avait beaucoup d'éléments techniques sur le plateau." Le caporal ne tarde pourtant pas à révéler la facette sombre de sa personnalité ... et l'atroce réalité de sa mission : "Pour en savoir plus, il faudra que vous alliez voir le film," conclut Gigandet.
En terrain inconnu
Le tournage a débuté le 11 août 2008 aux studios de Babelsberg, à Potsdam, dans les environs de Berlin. De très nombreuses productions internationales y ont été tournées récemment et l'infrastructure y est parfaitement adaptée pour accueillir un tournage comme
Pandorum.
"L'expérience du tournage du premier volet de la saga Resident Evil s'est avérée extraordinaire," constate Bolt. "Il y a là-bas d'excellents techniciens et Berlin est une ville géniale. On se demande qui n'aurait pas envie d'y passer cinq mois."
Alvart ajoute : "J'y ai tourné
Antibodies, et j'ai trouvé les techniciens formidables. Pour un projet aussi exigeant que
Pandorum, il fallait que je puisse compter sur des gens que je connaissais."
D'autre part, la ville de Berlin offrait l'infrastructure requise pour un tel tournage. "Il nous fallait d'immenses plateaux qui nous permettent de mettre en valeur l'envergure de l'Elysium," explique Kulzer.
Les producteurs souhaitaient que les décors aient une profondeur qui suscite un sentiment de vertige. Le lieu de tournage avait également son importance dans l'intrigue car les auteurs du film voulaient que le spectateur ressente les dimensions énormes du vaisseau censé accueillir jusqu'à 60 000 passagers. La production a donc choisi de tourner à Babelsberg et dans une centrale électrique désaffectée de Berlin.
"On aurait déjà dit un vaisseau spatial," souligne Alvart. "On n'a eu qu'à y ajouter nos éléments de décor." Au final, le tournage a nécessité une cinquantaine de décors. Le chef décorateur
Richard Bridgland, qui avait déjà collaboré à Resident Evil, était ravi de relever un nouveau défi. Avec Alvart, il a créé le style du film qui s'inspire d'un genre de futurisme post-industriel.
"C'est un genre qui a ses propres codes," note Bridgland. "Mais il y avait une atmosphère différente qui se dégageait du scénario et qui empruntait à un style gothique que j'aime beaucoup."
Un film comme
Pandorum offre une importante liberté de création aux décorateurs, mais c'est une liberté qui n'est pas sans contrainte. "Il fallait qu'on résolve un paradoxe quotidien," signale Alvart. "Il s'agissait de concevoir, de manière crédible, un univers futuriste que personne ne connaît, tout en faisant en sorte que le spectateur puis- se s'identifier aux personnages et à l'intrigue."
"Il fallait que ce soit très fonctionnel," ajoute le chef décorateur."Il fallait que les éléments de décors et les accessoires fonctionnent normalement." Les auteurs du film souhaitaient que le style visuel soit inédit et corresponde à l'atmosphère sombre de
Pandorum. "Il était important que les décors participent à l'intrigue et qu'ils deviennent de plus en plus gothiques et terrifiants, au fur et à mesure que progresse le film."
"L'environnement dans lequel on travaille nous touche nécessairement," affirme Foster. "Les décors ont été conçus pour provoquer certaines réactions émotionnelles et ils ont tenu toutes leurs promesses."
Cam Gigandet ajoute : "Je m'attendais à ce qu'on utilise pas mal de fonds verts, ce qui a tendance à me rendre sceptique car on se rend compte, la plupart du temps, que c'est un trucage. Sur
Pandorum, bien au contraire, on se disait que c'était parfaitement vraisemblable."
"Les effets numériques créent toujours une distance, même avec les technologies les plus récentes," explique Kulzer. "On s'est dit qu'il valait mieux construire la plupart des décors et les rendre réalistes pour que les comédiens expriment de véritables émotions. Et plus ils ont peur,plus le public aura peur, lui aussi."
Pour les comédiens qui ont travaillé dans ces décors pendant trois mois et qui, pour certains, découvraient l'Allemagne et n'étaient pas germanophones, cette expérience relevait de "l'effet
Pandorum."
Pour Gigandet, "la situation qu'on a vécue là-bas était franchement surréaliste et je ne me sentais pas à l'aise." Il faut dire que l'acteur a travaillé pendant les 52 jours de tournage ouvrés. "Le rythme, les décors et l'atmosphère du film – tout suscitait l'angoisse et la perte de nos repères." "On était tout le temps dans l'obscurité," renchérit Traue.
"Il faisait noir quand je me réveillais et quand je rentrais chez moi, et on tournait dans des décors très sombres. Au bout de quelques semaines, cela a fini par m'affecter." "Tout cela était voulu," rappelle Bolt dans un éclat de rire. "Le fait de déstabiliser nos comédiens faisait partie de notre méthode de travail."
Les décors ont été mis en valeur par les angles de prises de vue et les éclairages subtils du directeur de la photo
Wedigo Von Schultzendorff. Ce dernier a souhaité jouer sur les contrastes entre des teintes sombres et claires et sur des couleurs vives comme le vert, le bleu, le jaune et le rouge. "C'était un vrai défi," constate-t-il.
"Le film se passe dans le noir la plupart du temps. J'ai essayé de créer des éclairages d'inspiration expressionniste et de susciter l'illusion de l'obscurité." Pour Gerd Feuchter, superviseur Effets spéciaux : "Notre boulot a consisté à mettre en valeur les éclairages en utilisant de la fumée, du brouillard ou de la poussière, un peu à la manière des effets laser d'une discothèque."
Les scènes les plus spectaculaires sont ponctuées d'effets hallucinants. Mais, comme pour les décors, la production a tenu à limiter l'usage d'effets numériques pour privilégier des trucages à l'ancienne. Le chef cascadeur François Doge explique : "Tous les comédiens étaient prêts à exécuter eux-mêmes leurs cascades. C'est assez rare, surtout lorsqu'il s'agit d'un tournage aussi difficile. Pour être honnête, je dois dire qu'ils se sont tous investis corps et âme dans ce film."
"J'imagine que c'est un peu casse-cou," signale
Ben Foster. "Mais j'adore me jeter dans le vide : c'est un rêve de gamin !" Les producteurs et les acteurs rendent hommage au professionnalisme de
Christian Alvart. "Sa rigueur et sa concentration m'ont fasciné," note encore Foster."Il a travaillé avec un story-board de 1500 vignettes qu'il connaissait toutes par cœur. Je n'ai jamais rencontré un réalisateur qui ait un tel sens visuel."
Les forces du mal
"Une force maléfique menace constamment les personnages du film : elle se manifeste à plusieurs reprises, sous diverses formes... Cette force est présente dans le postulat de départ : au début du film , on comprend que la terre a été détruite et que les hommes cherchent une nouvelle planète. Pour
Ben Foster, le contexte post-apocalyptique du film a trouvé un écho chez lui : "Ce que nous faisons subir à l'environnement est effrayant," dit-il. "
Pandorum n'est qu'une projection parmi d'autres de ce qui pourrait se passer si nous continuons à nous comporter de la même manière."
Dans le film, "
Pandorum" renvoie au "Syndrome Orbital Dysfonctionnel" – pathologie liée à l'immensité de l'espace et au sentiment d'isolement et de solitude qu'il procure. "Ce dysfonctionnement empêche de distinguer le bien du mal et se manifeste par des hallucinations, des saignements de nez et des tremblements."
Les départements Costumes et Maquillage savaient précisément comment représenter ce type d'effets psychologiques sous forme des créatures maléfiques les plus redoutables : les Chasseurs. En effet, dans le film, les êtres humains pensaient au départ fonder une nouvelle civilisation sur une autre planète, mais ils ont muté et se sont transformés en monstres terrifiants au cours des 125 années qu'aura duré le voyage dans l'espace.
Loin des Zombies et autres Aliens, les producteurs souhaitaient donner aux créatures maléfiques une incarnation nouvelle pour tromper la vigilance du spectateur. "On s'était dit qu'on aurait des créatures qui changent d'aspect," indique Kulzer. "Le public se demande de quoi il s'agit. S'agit-il d'Aliens ? D'Etres surnaturels ? Et quand il découvre leur identité, il est estomaqué."
Pour que les Chasseurs soient les plus effrayants possible, les producteurs ont, là encore, cherché à réduire le recours à l'infographie au minimum. Au bout de longues auditions, quatre acteurs ont été choisis pour interpréter les quatre principaux Chasseurs : Heflin, Weasel, Hunter Shape et Hunter Brute.
Au total, 17 comédiens se sont glissés dans la peau des Chasseurs, tandis que 70 figurants ont été transformés en Mutants. Pour les effets maquillage, la production a collaboré avec le célèbre studio Stan Winston. Après avoir collaboré à des classiques comme
Terminator,
Aliens Le Retour,
Jurassic Park et
Iron Man, le studio est aujourd'hui considéré comme l'une des meilleures entreprises d'effets spéciaux du monde.
"La plus grosse difficulté consiste à ne pas refaire ce qu'on a déjà vu cent fois," indique Lindsay McGowan, maquilleuse Effets spéciaux. "Mais c'est ça qui est excitant : il faut étudier l'intrigue et imaginer le type de créature qui convient le mieux."
En s'appuyant sur le story-board d'Alvart et sur les croquis du studio Stan Winston,
Ivana Milos a conçu le style vestimentaire des Chasseurs, tandis que Niels Müller a créé les costumes à partir de ses dessins. L'armure des Chasseurs se compose de morceaux de métal prélevés sur le vaisseau, maintenus par des brides de cuir et doublés d'un revêtement pour protéger certaines parties sensibles du corps et attacher leurs énormes armes ... ou leurs trophées.
"Il nous fallait environ trois heures pour maquiller les acteurs," observe McGowan. "Et pour les habiller,il nous fallait deux heures de plus." Il s'agissait en effet de leur appliquer une couche de peinture, des masques pour le visage, les mains et les pieds, des fausses dents et des lentilles pour les yeux. "C'était une séance de torture pour les comédiens, mais ils se sont tous montrés patients et coopératifs," ajoute McGowan.
L'équipe maquillage a pris un soin tout particulier pour transformer Luna, une fillette de 8 ans (la propre fille d'Alvart), en Chasseuse. "Au départ, j'avais plutôt pensé confier le rôle de l'Enfant Chasseur à son frère," signale le réalisateur,"mais elle l'a accompagné au casting... et c'est elle qui a décroché le rôle."
Etant donné que les enfants comédiens ne peuvent pas dépasser un certain volume d'heures de travail légal par jour, l'équipe Maquillage et Costume a dû s'adapter dans le temps qui leur était imparti. Le maquilleur Effets spéciaux Arjen Tuiten, qui a collaboré pour
Le Labyrinthe De Pan et
Hellboy 2 : Les Légions D'Or Maudites de Guillermo Del Toro, a réussi à réduire les séances de maquillage à deux heures.
"Luna a été adorable," précise McGowan. "Elle avait apporté son ordinateur et elle a regardé
High School Musical : Premiers Pas Sur Scène. Cela lui a permis de rester concentrée." Au final, la production est enchantée par le style des Chasseurs. "Ils ne ressemblent pas aux créatures qu'on rencontre dans une maison hantée, comme des monstres ou des mutants," rapporte Müller.
"Ils ont une manière de se déplacer, de se battre et de se comporter, étroitement liée à l'intrigue, qui captivera le spectateur." Le mélange subtil entre film d'action et drame psychologique suscité par les costumes, les décors, les accessoires, les cascades et les maquillages sert de fil rouge à
Pandorum. Un mélange que l'on retrouvera sans doute bientôt...
"Pour être honnête, ce n'est que le premier chapitre d'une trilogie qui me permettra d'explorer bien plus encore le monde de
Pandorum," conclut Alvart.