Notes de Prod. : Panique au village

    en DVD le 01 Avril 2010

Entretien avec les réalisateurs de Panique au village

Quel rôle joue chacun de vous dans vos créations à “quatre mains” ?
Vincent Patar : C’est difficile à dire. Quand on a le nez dans notre travail, on n’a pas vraiment le recul nécessaire pour analyser clairement les choses. Nous sommes évidemment complémentaires. Quand Stéphane apporte beaucoup au scénario, j’interviens peut-être davantage devant la caméra, pour la mise en scène. C’est chaque fois en parlant beaucoup ensemble que l’on arrive à nourrir les projets, en jouant au ping-pong avec nos idées, en se renvoyant sans cesse la balle.

Dans Panique au village, les personnages, les objets ne sont pas tous à la même échelle ? C’est inhabituel pour un film…
Stéphane Aubier : Deux raison à cela. D’abord parce que ça nous amusait ! Ensuite, parce que nous avions envie d’aboutir à un résultat aussi spontané que possible, sans vouloir absolument tenir compte des proportions. Par exemple, quand les personnages entrent dans la maison, celle-ci paraît minuscule, mais quand ils sont à l’intérieur, elle paraît démesurée. On aime bien que les personnages soient de taille différente, on trouve cela plus intéressant que de devoir tout respecter à la lettre et vouloir à tout prix reproduire la réalité.

Il y a comme une volonté de ne pas faire trop “léché”, trop fluide ?
S.a. : En ce qui concerne la série, c’est aussi par manque de temps ; il fallait foncer. Mais oui, ça fait partie du côté brut qu’on aime bien. Même si pour le long métrage, nous avons travaillé l’image avec plus d’attention.
V.P. : Pour réussir le passage sur le grand écran, nous devions affiner la qualité de notre travail, en apportant aux lumières un soin particulier. Cela dit, on garde toute la spontanéité dans l’animation et dans la façon de raconter. Il fallait que ça ait l’air naturel, sans que l’on sente le côté laborieux, le travail méticuleux que nécessite le cinéma d’animation.

Vous pratiquez un humour presqu’absurde, très “nonsense”, un peu “british”, non ?
S.a. : Dernièrement, j’ai découvert la première création des Monty Python, la série télévisée Flying Circus. Ils étaient incroyablement novateurs, ils trouvaient des idées toutes simples mais géniales, j’aime énormément ce feeling. Pour autant, nous n’avons jamais pensé à eux comme source d’inspiration. La série fut parfois comparée aux univers de Tati ou Buster Keaton. Mais nous revendiquons nos propres univers contenant leur propre justification, avec un rapport à la psychologie en totale rupture, personnel et étrange.

De quels auteurs vous sentez-vous proches ?
En animation, des auteurs comme Mark Baker ou plus récemment, les animations de PES (alias Adam Pesapane) sont stimulantes. A côté de cela, il y a des gens dont l’univers nous est familier : South Park de Trey Parker et Matt Stone ou Futurama de Matt Groening. Les films de George Pal nous ont nourris par leur démesure (technique ou absurde). Il anime des milliers de figurines en bois dans des décors fastueux. Cette performance technique mise au service d’un univers très poétique nous impressionne beaucoup.

Alors, elle vient de là votre inspiration…
Oui, mais aussi de tout ce qui nous entoure et nous amuse ! Ce qui se passe dans la rue, une photo vue dans un journal, etc… Ce sont les petits détails de la vie quotidienne qui nourrissent également notre travail.

Il y a une grande tradition de bande dessinée en Belgique. Et en animation ?
Depuis longtemps, la Belgique baigne dans la BD. Avec la naissance des magazines Spirou et Tintin dans les années 40, la BD est rapidement devenue un pan incontournable de la culture belge. Les auteurs classiques comme Hergé, Franquin, Morris, Peyo, Tillieux ont bercé notre enfance. Dans les années 80, la relative innocence de ces classiques a été contaminée dans nos cerveaux par une nouvelle génération d’auteurs souvent issus des revues Metal Hurlant ou L’Echo des Savanes. Tramber (William Vaurien et Pypo l’intello), Kamagurka & Herr Seele (Cowboy Henk), Charlie Schlingo et d’autres, ont insufflé un esprit plus rock. Un autre héros nous a influencés profondément, c’est Petzi (Rasmus Klump en danois) de Vil et Carla Hansen, un couple suédois. L’univers très libre, très poétique de Petzi et de ses amis Pingo et Riki, a été fondateur. Citons enfin l’univers d’un Gary Larson ou le récent Pinocchio de Winschluss. Les BD belges ont été très tôt adaptées en animation dans des studios créés en Belgique, ce qui a forcément créé des liens entre ces 2 techniques.

Avez-vous des contacts dans le monde de la bande dessinée ?
La Belgique est un petit pays. Les contacts sont peut-être plus faciles, les rapports plus perméables. Par exemple, Fred Jannin qui fait la voix de Gendarme et d’un Atlante dans Panique au village est un auteur de BD très connu en Belgique. Sergio Honorez, avec qui nous avons souvent collaboré en publicité, est maintenant directeur des collections chez Dupuis. Il nous a proposé de transposer l’univers des Panique en BD. Un premier album sortira en même temps que le film mais contrairement aux habitudes, ce n’est pas une transposition du long métrage décliné en album que nous avons écrite, mais des scénarios originaux, plus adaptés au format BD.

Vous avez utilisé au cours de votre carrière de différentes techniques d’animation : papier découpé, objets animés, pâte à modeler… l’une d’elles a-t-elle votre préférence ?
Celle de Panique au village correspond assez bien à ce que l’on a toujours cherché à faire. C’est-à-dire avoir une liberté maximum avec une technique simple et complète en même temps, puisqu’en privilégiant un décor pas trop compliqué, on parvient à développer un univers.

Quel a été pour vous l’enjeu artistique qui vous a incités à faire un long métrage ?
V.P. : Arriver à raconter une histoire, à développer un récit plus long et plus construit qu’une suite de sketches. Puis, tout en conservant la technique d’animation de la série, qui est assez nerveuse, on voulait réussir à calmer le rythme… mais toujours en gardant des personnages rigides. Ce qui est un exercice assez complexe.
S.a. : Nous souhaitions développer les différents univers évoqués dans les courts métrages, tout en prenant le temps de montrer les choses.

Quelle a été l’idée de départ du film Panique au village ?
V.P. : L’histoire que nous avons choisi de développer, est inspirée des Voleurs de cartes. C’est l’épisode qui avait rencontré le plus grand succès en festival, auprès des critiques et du public. Les héros de Panique découvraient un monde parallèle au leur : l’Atlantide.
S.a. : Cette coexistence de deux mondes diamétralement opposés et dont l’un ignore l’existence de l’autre, est génératrice d’énergie, du souffle nécessaire aux longs métrages. Embarquer nos personnages à la découverte de ce monde inconnu nous a tout de suite procuré le côté “aventure” dont nous avions besoin pour dépasser les scénarii de la série et trouver un nouveau souffle.

Racontez-nous la genèse de Cowboy, Indien et Cheval.
Les brocantes et marché aux puces du dimanche ! La mode des jouets étant aux dinosaures, aux personnages de mangas, les enfants délaissaient les indiens, les cowboys, les animaux de la ferme. Nous avons donc récupéré tous ces orphelins… que l’on trouvait en grand nombre. C’est aussi con que ça !

En général, cowboys et indiens sont ennemis. Comment sont-ils devenus amis ?
Cowboy et Indien ont bien dû s’arranger, ils étaient coincés dans le même coffre à jouets…

Quand vous travaillez le scénario, quel est le ratio de mauvaises et de bonnes idées ?
Nous n’avons que des bonnes idées... Et les idées, qui ne peuvent pas être utilisées dans le long métrage, on les recycle. On ne jette rien… est-ce bien clair ?!! Trop de gaspillages dans notre société ! (rires).

Est-ce qu’il vous est arrivé de tourner des scènes entièrement et de ne pas les utiliser au final ?
Plein de fois. Il y a au moins un quart d’heure de scènes qui n’ont pas été utilisées dans le montage final du film. En fiction, c’est normal. En animation, c’est énorme autant de déchets. Rassurez-vous, là aussi, nous ne jetons rien. Tout sera recyclé en bonus pour le DVD, inédits, etc. etc.

Comment vos personnages ont-ils vécu le passage du court (5 minutes) au long (1h15) ?
Pour réussir le passage d’un format à l’autre, il nous fallait impérativement développer la psychologie des personnages et les liens qui les unissent. Regarder pendant cinq minutes Indien ou Steven s’énerver sur Cowboy, ce n’est pas la même chose que les accompagner pendant plus d’une heure ! Nous avons donc renforcé et précisé la relation qui lie les deux frères ennemis que sont Cow-boy et Indien, nous avons cherché à humaniser Cheval (à travers sa relation amoureuse avec Madame Longré) ou encore tenté d’expliquer les états d’âme de Janine et Gendarme…

Pour finir, imaginons que seuls les films belges survivent à la fin du monde, qu’en penseraient les extraterrestres ?
Si ces extraterrestres tombaient sur nos films, nous pensons qu’ils nous prendraient pour des demeurés ou des génies. Cela dépendra bien évidemment de leur propre degré d’intelligence ou de leur nature… En revanche, si nos extraterrestres tombaient sur cette interview, ils penseraient sans aucun doute que cette question est idiote, quel que soit leur niveau d’intelligence. Ça, c’est une certitude ! (Questions et réponses piochées ça et là…. Merci à tous ceux qui se reconnaîtront dans cette prose !)

Panique au Village, avant-propos

Panique, c’est d’abord un esprit, celui des membres de La Parti Production, créée par Vincent Tavier, producteur et coscénariste du mythique C'Est Arrivé Près De Chez Vous, associé à celui du studio des réalisateurs PicPic André, célèbre en Belgique pour son humour absurde, qu’il développe depuis plus de 15 ans.

Panique au village, les lieux

Cheval, Cowboy et Indien vivent ensemble 1, Impasse du Clos Fleuri, à Village. On peut également leur écrire C/o Pic Pic André 109 rue du Fort, 1060 Bruxelles. Leur maison est une bâtisse jaune de trois pièces, construite sur deux étages. Les chambres sont au premier. Cheval est dans l’une, Indien et Cowboy dans l’autre, tels des frangins. Au rez-de-chaussée, il y a le salon et la cuisine. Au sous-sol, un garage dans lequel on trouve quelques briques et la voiture de Cheval.

Panique au village, les personnages

Le Cheval
Selon sa biographie officielle, il est né dans le Nord du pays, il a travaillé à la mine avec ses parents avant de s’installer à Village, où il tente de mener une vie paisible au milieu des catastrophes. Cheval est un type comme on n’en fait plus. Le genre de gars qui évite de vous rappeler ce que vous avez fait la veille quand vous étiez bourré.

Panique au village, les voix

Quand Vincent Patar voit un film de John Wayne, ce n’est pas John Wayne qu’il regarde, c’est son cheval. Quand Vincent Patar lit une aventure de Lucky Luke, ce n’est pas Lucky Luke qui l’intéresse, c’est Joly Jumper. Quand Vincent Patar monte dans sa voiture, ce n’est pas voiture qu’il conduit, c’est Cheval. Vincent Patar vit, pense, mange, dort et rit Cheval. Par charité vétérinaire, Stéphane Aubier lui a laissé faire la voix de Cheval, à condition qu’il fasse gratuitement celle de Maman Atlante.
 

Box-office au 11 Janvier 2010

  • Paris 14h : 161 entrées
  • 1er jour IDF : 1 085 entrées
  • 1ère semaine IDF : 8 545 entrées
  • Cumul IDF : 15 767 entrées

  • 1ère semaine France : 21 978 entrées
  • Cumul France : 52 725 entrées