Notes de Prod. : Pédale dure

    en DVD le 11 Mai 2005

POINT DE VUE D’UN SOCIOLOGUE

En plus d'une réflexion sur la "parentalité" homosexuelle, ce film est aussi et peut être surtout une sorte de parabole sur la place des pères dans le monde d'aujourd'hui.

Ceux-ci sont censés se comporter comme des mères en ce qui concerne l'affec-tion, la présence et l'engagement, tout en étant dans le même temps, traités comme des intrus, des étrangers qui se retrouvent trop souvent dans la situation d'implorer les femmes qu'elles ne leur arrachent pas le produit de leur ventre. Les hommes, ces femmes stériles, qui ressentent des contractions fantômes sans la certitude d'accéder à aucun enfant réel, dépendent entièrement, pour devenir et demeurer pères, de l'arbitraire de ce tiers, la femme qui accouche.

Peut-être fallait-il mettre en scène un couple de deux hommes pour que cette tragédie de la paternité apparaisse sous son jour le plus cru et le plus délicat. Absolument étrangers au temple du corps maternel, les couples d'hommes sont les plus à mêmes de figurer cette solitude et cette distance. Mais sortant de cette parabole, les couples d'hommes sont dans les faits et dans les représentations d'aujourd'hui, ceux pour qui l'idée de "parentalité" révolte le plus. Tandis qu'on est prêt à examiner la possibilité pour deux femmes d'être mères, les couples d'hommes continuent de véhiculer tous les fantasmes. Mais la même impossibilité semble hanter les hommes hétérosexuels auxquels on confie trop rarement leurs enfants après un divorce. Est-on en mesure d'imaginer un rapport paternel originel et indépendant des mères comme celui qu'avait si poétiquement proposé Chaplin dans THE KID ?

Dans PÉDALE DURE, cette histoire se termine bien parce que Marie accepte de le rendre père. Les choses se passent parfois ainsi. Mais, ce que montre aussi le film, c'est qu'il aurait suffi d'un regard de trop, d'un mot mal prononcé, d'une rencontre amoureuse moins sympathique que celle qu'a fait Marie pour que le père homosexuel reste à jamais frustré, jusqu'à ce qu'il se convainque enfin, comme tant d'autres, que les enfants, c'est bien une affaire de femme.

A.L. – Professeur d’Université

ENTRETIEN AVEC GABRIEL AGHION

Après PÉDALE DOUCE, PÉDALE DURE : la comédie se corse ?
D’une certaine manière. Faire une simple suite aurait pu être tentant, mais cela n’aurait ni été la surprise qu’avait pu créer PÉDALE DOUCE ni intégré les évolutions de la société et de l’homosexualité aujourd’hui. Je joue juste avec quelques signes de reconnaissance : le décor du restaurant, le personnage de Michèle Laroque, et la musique de boîte de nuit gay, qui donne un air de fête.