Notes de Prod. : Père et fille

    en DVD le 24 Février 2005

De l'art d'être père… JERSEY GIRL présenté par Kevin Smith

Après avoir passé dix ans de ma vie à raconter des histoires d'employés grincheux, de bisexuelles, d'aimables glandeurs et d'anges déchus, j'ai pensé qu'il était grand temps de parler de moi en toute franchise. D'où JERSEY GIRL.

La fiction est infiniment plus divertissante que la vraie vie, mais elle doit, à la base, reposer sur une parcelle de vérité. Ici, en revanche, j'avais besoin d'une part de fiction pour raconter cette histoire si personnelle. Ma femme refuse encore d'y voir une déclaration d'amour, sous prétexte que je l'y fais mourir par procuration à la quinzième minute. Il n'empêche : elle fut bel et bien ma muse sur ce film.
En 2000, je travaillais sur la série animée "Clerks", qu'ABC ne tarderait pas à jeter aux chiottes. Inutile de dire que j'amusais comme un fou à enfiler les gages, mais que mon cœur – muscle vital entre tous – n'était guère mis à contribution. À ce stade de ma vie, j'avais hâte d'écrire quelque chose d'un peu plus riche sur le plan émotionnel.

Un soir, rentré chez moi après une longue journée d'écriture, j'observai ma femme, occupée à coucher notre bébé de deux mois et demi. Jen, qui s'était si naturellement adaptée à la maternité, et Harley, si pure, si parfaite, offraient un incroyable et merveilleux spectacle. Et moi, qu'étais-je donc? Le gars qui revient chez lui le soir. Un touriste. J'avais toujours trouvé miraculeux de pouvoir faire carrière dans le cinéma. Mais le vrai miracle se déroulait là, sous mes yeux. J'ai décidé sur le champ que ma vie privée prendrait désormais le pas sur ma vie professionnelle.

Lorsque ma femme éteignit la lumière de la chambre du bébé, une sombre pensée s'empara de moi : qu'aurais-je fait si Jen n'avait pas survécu à l'accouchement? Comment aurais-je réagi à la perte du premier de mes deux amours et à la nécessité d'élever le seul le second? Cette nuit, lorsque Jen se fut assoupie, j'ai écrit en deux heures les cinquante premières pages du film que vous allez voir.

JERSEY GIRL n'est pas mon film le plus drôle ou le plus original. Ce n'est pas le plus provocant ou le plus intelligent (soit dit en passant, certains s'évertuent à me convaincre qu'aucun de mes films ne mérite ces qualificatifs). Mais c'est mon plus personnel. Il est né d'une histoire d'amour que je partage maintenant depuis six ans avec ma femme et mon enfant, et de celle que j'ai vécue pendant trente-trois ans avec mon père, récemment disparu.

C'est un film sur les pères, fait par un père qui continue à apprendre les ficelles du métier. Un hommage à mon propre père, qui fit de la paternité un art et dont je n'ai pu vraiment apprécier toutes les qualités qu'en devenant père à mon tour.

Notes de l’équipe

Du script à l'écran…

Kevin Smith :
"J'ai commencé à écrire JERSEY GIRL en 1999 (…). Je souhaitais "écrire quelque chose de plus profond, qui m'aiderait à préserver mon équilibre."
"C'est à ma fille, alors âgée de quelques mois, et à ma femme que j'ai songé un soir, et ai rédigé d'une traite les cinquante premières pages de JERSEY GIRL que je n'ai plus jamais retouchées. Ces scènes introductives restèrent en sommeil dans mon ordinateur pendant deux ans, jusqu'à une fête du Quatre Juillet, dans la maison de Ben Affleck. Celui-ci me pressait alors d'écrire à nouveau un film dans la veine de MÉPRISE MULTIPLE, et s'appuyant davantage sur les personnages. J'ai mentionné cet embryon de script que je lui ai donné à lire. Sa réaction fut éloquente : "Finis ça et tournons-le ensemble!" À compter de là, j'ai écrit le rôle d'Ollie pour Ben et ai bouclé la première mouture en janvier 2002."