L’animation, à la différence du cinéma de prise de vue réelle, a la capacité de s’affranchir de la réalité, tout n’étant que dessin. Or, l’histoire de
Piano Forest se passe dans un contexte réaliste où la plupart des personnages jouent du piano. Reproduire les mouvements des personnages a été un véritable défi pour le studio d’animation.
Il est très courant d’enregistrer la musique et le son après les images. Mais pour «Piano Forest», le traitement de la musique est apparu dès l’étape des story-boards.
Les scènes où les personnages jouent du piano sont cruciales dans le film. Les mouvements des claviers ont tout d’abord été programmés à partir de la partition originale. Des claviers numériques virtuels ont été utilisés pour jouer les morceaux. Par exemple, si la note «Do» apparaissait dans la partition, cela jouait réellement un «Do» dans le film. Toutes les images comportant un piano ont été restituées en animation 3D, tandis que les mouvements de Kai et Shûhei ont été entièrement dessinés et animés à la main.
Pour animer les séquences des personnages au piano, l’équipe du film a d’abord enregistré le jeu de Mr. Ashkenazy et des autres pianistes. Ils ont étudié image par image ces mouvements pour décomposer au mieux les phases d’interprétations. En revanche, il était impossible aux animateurs de recopier ces mêmes mouvements, un pianiste professionnel avec une carrière de plusieurs décennies ne pouvant avoir la même gestuelle que des enfants ! Donc pour le final, un illustrateur a réalisé un dessin de l’interprétation propre à chacun des personnages afin de dépeindre au mieux la délicatesse des mouvements des mains des protagonistes et leurs personnalités.

Le résultat est à la hauteur des espérances du studio d’animation puisqu’on a l’impression que c’est vraiment Kai qui joue ! Tout cela aurait été impossible sans le talent du studio d’animation Madhouse. Ce studio existe depuis 1972, lorsque le studio Mushi Pro fondé par Osamu Tezuka a fait faillite, et que les plus talentueux de ses membres ont décidé de se regrouper et de fonder un nouveau studio. Madhouse signifie littéralement en anglais « maison de fou », on comprend mieux le génie créatif qui alimente ses membres.
Parmi eux se trouvent Masao Maruyama (l’actuel « Chief Creative Officer » du studio et producteur de nombreuses oeuvres parmi lesquelles Gen d’Hiroshima, Chobits, Gunslinger Girl, Nana ou encore Monster), Osamu Dezaki (Cobra, Black Jack, Lady Oscar), Rintaro (Metropolis, Captain Herlock, X Le film) et Yoshiaki Kawajiri (The Cockpit, Vampire Hunter D, Animatrix). Le studio remporte son premier succès en 1973 avec Jeu, set et match, coproduit avec la TMS. Mais c’est surtout avec ses longs-métrages et ses OAV, parmi lesquels Gen d’Hiroshima 1 et 2 (1983-1986), Harmagedon (1983), Phénix l’oiseau de feu (1986), Wicked City (1987), Demon City Shinjuku (1988) ou encore Cyber City (1990) que Madhouse établit sa réputation.

C’est vers le milieu des années 90 que le studio se tourne peu à peu vers la production de séries TV et travaille avec des artistes qui deviendront des partenaires privilégiés comme Satoshi Kon (Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers, Paranoia Agent, Paprika), Mamoru Hosoda (La Traversée du Temps), CLAMP (X, Chobits, Sakura Chasseuses de cartes…) ou encore
Masayuki Kojima (Monster). Devenu un des leaders de l’animation dans le monde, Madhouse occupe aujourd’hui une place privilégiée dans le coeur des fans et chaque nouvelle production est attendue avec impatience.
A noter l'interprétation de la musique par le pianiste Vladimir Askhenazy.