J’étais au Laos, je venais d’apprendre que certains gamins récupèrent les mines, les bombes pour les revendre au poids de la ferraille. Il y a des accidents, naturellement. Une manière de dire qu’ils avaient pris des risques, qu’ils avaient joué et perdu. Un garçon était mort. Il avait huit, neuf ans. Insouciant et joyeux, il fouillait, près de chez lui, les herbes rendues folles par des années d’abandon. Et pour cause. Et soudain il trouve quelque chose, on dirait une balle de tennis, sauf qu’elle est en acier. Elle appelle au jeu. Il avance la main ... la balle explose. La vie du garçon s’arrête. Une vie parmi tant d’autres. Si je l’avais su, mais je ne l’ai découvert que bien plus tard, j’aurais pu dire que cet enfant était mort à cause des mines laissées là par les armées laotiennes alliées des Américains.
Ou par les engins non-explosés des effroyables bombardements des années 62 - 75. Quel est ce monde que je ne connais pas qui tue tous les jours des innocents ? J’ai décidé d’essayer de répondre à cette question. Pour cela, j’allais devoir enquêter, jouer les détectives et avec un peu de chance et de persévérance trouver la réponse au terme de l’investigation. On comprend qu’il y ait encore et toujours dans les villages, des enfants pour aller se faire trois sous en revendant les mines ou les bombes qu’ils réussissent à récupérer sans se faire sauter. Des engins qui seront recyclés, probablement, et qui finiront par exploser, plus tard, un jour, ailleurs. La misère qui découle de cette situation est scandaleuse et criminelle, puisque le but inavoué est d‘empêcher le retour à la vie normale des populations, prolongeant la guerre dans la paix.
Dans ces conditions, il est impossible de reconstruire, impossible de cultiver la terre. Désigner les coupables qui font de certaines parties de notre planète un enfer, à coups de mines antipersonnel ou de bombes à sous munitions. Qui sont-ils ? La réponse n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire, on pense aux militaires, aux marchands d’armes. Ils ont leur part, mais d’autres aussi ... Je poursuis mon enquête. Je dois remonter la filière, ce « Chemin du Fer » qui va de « l’exploitation à la fabrication » de ces engins, des différents stades d’élaboration de ces explosifs jusqu’à leur présence dans la nature. Hypocrisies, lâchetés, mensonges, et leurs corollaires, la souffrance, la mutilation, la mort sont au rendez-vous. Mais aussi le courage et l’engagement de tous ceux qui travaillent à nettoyer la planète de ce fléau. Steeve Goose, co-Prix Nobel de la Paix en 1997 avec Handicap International, l’a bien dit : « Notre travail n’est pas fini et la route sera encore longue ».
Philippe Cosson.