Notes de Prod. : Podium

    en DVD le 25 Août 2004

Entretien avec Yann Moix

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le jour de la mort de Cloclo, le samedi 11 mars 1978, à 15 heures ?

J’avais 10 ans. Je jouais dans un jardin à Fleury-les-Aubrais. Je l’ai appris par la télévision. Ce qui faisait une impression très bizarre et traumatisante, c’est qu’il est mort comme tout le monde. Je me disais que l’électrocution est une mort réservée aux anonymes et je me demandais comment un homme aussi célèbre pouvait être mort d’une mort aussi commune, anonyme.

Quelle est l’origine de cette passion “claudienne” qui vous a fait écrire un film et un roman ?

Je voulais faire un film sur une idole. Je me suis rendu compte que l’idole devait avoir trois qualités pour accéder à ce statut : être très populaire, être mort, et être mort jeune, si possible dans des circonstances dramatiques.
C’est comme ça que naissent les mythes. C’est ainsi que les gens finissent par prendre l’idole pour un dieu. Mon sujet, c’est la naissance d’une religion, du point de vue d’un micro-apôtre, Bernard Frédéric, et de son propre apôtre, Couscous.

Vous aimez les chansons de Claude François ?

Curieusement, toutes ses chansons me touchent. Je trouve qu’il a une obsession très proustienne, celle de raconter comment la fille qu’il aimait s’en est allée un jour et l’a laissé inconsolé pour le reste de sa vie. Le temps sans l’autre, il a toujours chanté ça.

Quelle est la couleur musicale de PODIUM ?

Celle de la variété des années 70, dont je suis fan : Polnareff, Sheila, Joe Dassin, Ringo, etc. C’est toute mon enfance…

PODIUM est un film sur le fanatisme ?

Oui, je suis fasciné par le fait que des gens veulent avoir comme profession “quelqu’un”. Ce qui résume le mieux le film c’est “Nom : Bernard Frédéric, Profession : Claude François.” Le psychiatre qu’il va voir pour faire plaisir à sa femme lui demande s’il se prend pour Cloclo, et Bernard lui répond avec le bon sens des fous : “non, Cloclo c’est mon métier”.

On a rarement vu un réalisateur écrire un film et un roman sur le même sujet...

En fait le scénario a été écrit avant le roman. Comme j’ai mis du temps à monter le film, à convaincre les uns et les autres, j’ai écrit le roman. L’un n’est pas l’adaptation de l’autre, c’est le même sujet, mais pas exactement la même histoire. L’écriture du film a pris 5 ans.

Vous avez côtoyé des sosies dans toute la France ?

Bon, je suis maniaque, et j’ai donc rencontré des Cloclos, des Sardous, des Vartans et des Johnnys en quantité. Je me souviens qu’à la cantine, le jour du tournage de la séquence des sosies justement, les Sardous ont fait une table entre eux, de même que les Elvis et les Johnnys. Entre eux, ils se jalousent et sont rivaux, mais confrontés à d’autres corporations, les Sardous s’unissent. Inouï !

Écrire ce scénario signifiait-il nécessairement que vous alliez réaliser le film
PODIUM ?


Je n’ai jamais envisagé de ne pas réaliser PODIUM moi-même. Vous voyez le problème... Au début, certains étaient perplexes. Or, le film a été écrit à la virgule près pour Benoît Poelvoorde, et pour être sûr qu’il accepte de le faire, j’ai écrit le roman, histoire d’aiguiser sa curiosité et son envie. C’est un peu tordu, mais c’est la genèse exacte. Je ne pouvais pas faire ce film sans Benoît et je ne voulais pas que quelqu’un d’autre le réalise à ma place.
Benoît a accepté de me faire confiance ; c’est le genre d’acteur à refuser un Spielberg pour faire un court-métrage en Belgique. En même temps, j’avais sorti sur une intuition ma botte secrète : Léon Bloy, écrivain pour lequel nous nous sommes découverts une passion commune. Benoît m’a dit “On ne refuse pas de faire un film avec un type qui vénère Léon Bloy”.
Il y a, en clin d’oeil, un dossier Léon Bloy sur le bureau de chargé de clientèle bancaire (éphémère) de Bernard Frédéric.

Sa performance, d’ailleurs le mot est faible et galvaudé, est d’autant plus incroyable que sa ressemblance avec Cloclo est inexistante. Ce sont deux hommes, mais ça s’arrête là...

La personnalité de Benoît rend la notion de ressemblance complètement caduque. Seuls de très grands acteurs peuvent faire ça, Guitry, au hasard, une de mes idoles. Benoît est un type très professionnel et ouvert à la discussion ; lors de divergences, on est toujours parvenus à quelque chose de mieux que ma proposition initiale ou la sienne, en faisant la synthèse de nos deux visions.

PODIUM semble fonctionner sur plusieurs niveaux de lecture…

C’est un film sur la dépendance et la dépendance comporte toujours une dimension tragique. Et pathétique et attachante, grâce à Benoît, qu’on ne peut jamais complètement détester dans le film malgré sa mysogynie et son égoïsme. On est tous dépendants de quelque chose : alcool, sexe, drogue, boulot. Lui c’est un Cloclo et c’est un mec passionné. Il n’a pas besoin d’ennemis dans l’histoire, il est lui-même son pire ennemi.

Dans son ombre, un personnage irréel, Couscous, le narrateur du film...

Couscous est un cas : son idole est un mec qui a lui-même une idole. Couscous est un fan de fan de Cloclo, un fan au carré. Il a complètement perdu de vue le vrai Cloclo.
Il s’est recyclé dans Michel Polnareff car il était médiocre en Cloclo. Couscous ne pouvait pas concevoir d’être autre chose qu’un sosie de célébrité, c’est lui le cas le plus pathologique de l’histoire, déconnecté de la réalité : on ne sait pas de quoi ni comment il vit. Par rapport à Bernard, il cumule les fonctions de souffre-douleur, de meilleur ami, de Sancho Pança, de greffier, mais aussi de mauvais démon. Il est transparent pour les autres (personne ne fait attention à lui) mais essentiel pour Bernard Frédéric.

Entretien avec Benoît Poelvoorde

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le jour de la mort de Cloclo, le samedi 11 mars 1978, à 15 heures ?

Ma maman me donnait de l’argent de poche à condition que je nettoie les escaliers de la maison. J’avais 14 ans et j’avais fini la première rangée d’escaliers lorsque j’ai entendu ma mère hurler. Elle adorait Cloclo. J’ai arrêté de faire les escaliers et j’ai quand même eu mon argent de poche. Je dois 4 étages à Claude François.

Entretien avec Jean-Paul Rouve

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le jour de la mort de Cloclo, le samedi 11 mars 1978, à 15 heures ?

J’étais gamin à Dunkerque. J’avais 11 ans. J’ai un souvenir très marqué de ces images à la télévision de milliers de gens regroupés en bas de son immeuble.

Entretien avec Julie Depardieu

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le jour de la mort de Cloclo, le samedi 11 mars 1978, à 15 heures ?

Moi je ne sais pas mais mon compagnon était chez Michel Drucker avec son violon de jeune prodige, et Drucker attendait Cloclo pour une longue séquence en direct. À 13 ans, Laurent a vécu la tragédie minute par minute, et moi, par capillarité et amour de lui, je l'ai vécue aussi.