SES IMPRESSIONS SUR LE ROMAN D’OLIVIER ADAM
J'ai eu un véritable coup de foudre pour ce livre. Il exprimait tout ce que je ressentais confusément : le désir d'échapper à la nostalgie sans y parvenir, une envie de violence et un besoin de tendresse mêlés, le sentiment d'être bousculé dans la vie comme dans les montagnes russes, la recherche d'une famille, la volonté de se lier aux autres tout en faisant tout pour ne pas y arriver.
SON ENVIE D'ADAPTATION
Ce roman a suscité en moi un très fort désir de cinéma, une volonté d'être davantage dans l'action, les comportements, que dans le dialogue ou la psychologie. Un peu en réaction à C'est la vie, une expérience merveilleuse mais éprouvante, j'avais envie d'un film plein d'énergie et de mouvement.
J'avais une sorte d'appétit à filmer la jeunesse, le sport, les enfants, la danse… Disons la vie dans tous ses états.
SES INFLUENCES
J'avais en tête un certain cinéma américain des années 40 et 50. Des films dits de série B, tournés rapidement, sans fioritures, rapides et concis, comme
Nous Avons Gagne Ce Soir de Robert Wise, pour moi un des plus beaux films sur la boxe, ou bien ceux de Samuel Fuller.
Dès l'écriture du scénario, je savais que je voulais tourner ce long métrage avec une équipe réduite, en DV, afin qu'aucune lourdeur ne vienne entraver mon désir de filmer. J'ai fait POIDS LEGER comme on livre un combat, il y avait pour moi quelque chose de vital à le réaliser.
LE CHOIX DU COMEDIEN PRINCIPAL
Je pensais à
Nicolas Duvauchelle déjà en écrivant le scénario. Je n'ai pas hésité une seconde, je ne voyais que lui. Il a ce mélange d'énergie et de fragilité qui correspondait parfaitement au personnage. Il m'évoque Patrick Dewaere.
Il pratiquait déjà la boxe mais il s'est beaucoup entraîné pour le film. C'est un grand plaisir de filmer un comédien qui s'investit physiquement, qui ne fait pas semblant. Nous avons abordé le personnage d’Antoine de manière très concrète : il n’arrête pas de bouger, de courir, de dévaler… cette course est aussi la recherche d’un obstacle, d’un autre corps, comme celui de Su, qu’il étreint dès qu’il est avec elle. Antoine pense que la vie se résume à prendre des coups ou à en donner. Le film raconte comment il va découvrir la tendresse et l’abandon.
UN TRAVAIL DE RECHERCHE DOCUMENTAIRE
J’attache beaucoup d’importance au travail préliminaire d’enquête, d’immersion dans un milieu. Moi qui ne suis pas très sportif, j’ai passé six mois à m’entraîner dans le club de boxe d’Aubervilliers où nous avons tourné.De même, j’ai suivi pendant plusieurs semaines les employés d’une entreprise de pompes funèbres dans leur travail quotidien. Cela m’a appris beaucoup de choses, que j’ai pu intégrer dans le film. J’aime voir des personnages en situation de travail ou en train de pratiquer une activité spécifique. L’important c’est le geste, la justesse du geste…
L’INVESTISSEMENT DES COMEDIENS POUR UN RENDU DES PLUS REALISTES
Pour les combats de boxe, nous avons tourné pendant de vrais galas amateurs, avec un vrai public. Quand le speaker appelle Antoine sur le ring, il le fait " en live ". Pas question de couper et de la refaire… Il faut rendre hommage aux comédiens qui ont su accepter ces situations et jouer " sans filets ".
Bernard Campan s’est impliqué avec une grande humilité et une immense sensibilité dans le rôle de Chef. Il est venu s’entraîner lui aussi, de manière à être le plus juste possible dans ses gestes d’entraîneur. Il n’avait jamais tourné dans une configuration si réduite, aussi en prise avec la réalité. C’était très nouveau et excitant pour nous tous.
LES RAPPORTS ENTRE LES PERSONNAGES
Ce que j’aime filmer c’est la tendresse, la chaleur entre les personnages : comment un solitaire tente de trouver son refuge, sa place dans un couple, une famille ou un groupe. Dans Poids léger, Antoine ne cesse de rebondir d’un personnage à l’autre, de se confronter au corps des autres, dans la boxe ou la tendresse. Au fond, il ne cherche qu’une seule chose : qu’on le prenne dans ses bras.
J’ai eu beaucoup de bonheur à filmer les comédiennes qui interprètent les personnages féminins avec lesquels Antoine est lié :
Maï Anh Lê, d’une beauté si éclatante, qui dégage quelque chose d’apaisant et de serein,
Sophie Quinton, plus terrienne et au jeu si subtil, et aussi
Elisabeth Commelin, dans le rôle d’
Hélène, que je trouve absolument bouleversante.
LES JEUX DE LUMIERE
Concernant la lumière, je ne voulais surtout pas une ambiance glauque ! Avec
Séverine Barde, chef-opératrice et cadreuse, nous avons travaillé à ce que le film donne une impression de chaleur, de vie, de naturel, que cela soit très solaire et que les visages et les corps soient beaux. J’ai aussi beaucoup aimé tourner les quelques séquences en Super 8. Mon père en faisait beaucoup et j’ai moi-même commencé, adolescent, par faire de petits films dans ce format. Je tenais à faire dialoguer la DV et le Super 8, que dans le grain de l’image se côtoient ainsi le passé et l’avenir.
CE QU’IL VOULAIT FAIRE PASSER PAR L’IMAGE…
De l’énergie. J’ai toujours eu en tête qu’il fallait que le spectateur sorte de la projection avec le même appétit de vivre que j’ai eu en le tournant.
Dans Poids Léger, c’est le mot " léger " qui était important et qui devait l’emporter au final.