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Notes de Prod. : Portrait au crépuscule

Note d'intention de la réalisatrice

Quand j’ai découvert la première version du scénario d’, la protagoniste était beaucoup plus âgée puisqu’elle avait la quarantaine. Le rôle d’Andrey avait été écrit pour une jeune brute d’environ 20-22 ans. Globalement, l’histoire était beaucoup plus dure et plus sombre. C’était un véritable coup de poing dans le ventre du spectateur. J’aime les films intelligemment structurés et bien joués, mais j’ai eu le sentiment qu’il fallait donner un peu plus de légèreté à l’intrigue, un peu d’oxygène pour ainsi dire, et également un peu plus d’ambigüité.

Au départ, j’ai collaboré au scénario à titre amical, car Olga était censée réaliser le film. Quand celle-ci a changé d’avis, et m’a proposé de le mettre en scène, j’ai tout de suite compris qu’elle serait parfaite dans le rôle principal. Et c’est ainsi que PORTRAIT AU CRÉPUSCULE s’est enrichi : les rapports entre l’homme et la femme sont devenus plus passionnels, bien que la différence entre ces deux forts tempéraments reste marquée.

J’ai décidé de tourner le film à Rostov-on-Dom, ma ville natale, dans le sud de la Russie. La plupart des gens de la région s’expriment avec un accent très particulier, et je me suis rendue compte que c’était nécessaire pour le film. La femme et l’homme devaient également avoir des accents différents. J’ai choisi le comédien pour le rôle d’Andrey dès que j’ai rencontré un véritable milicien, Sergueï Borissov. C’est à ce moment-là que tout s’est mis en place. Je tenais enfin le «couple idéal»... On a fait passer un bout d’essai à Sergueï et Olga – pour vérifier que l’alchimie fonctionnait bien entre eux – qu’ils ont réussi haut la main.

Olga a réussi à cerner, dans son histoire, la nature profonde du phénomène le plus dérangeant de la société d’aujourd’hui : l’indifférence. J’ai été sidérée par la sincérité du ton du récit. C’est pour cela que j’ai choisi certaines techniques de mise en scène. Pour moi, il était capital d’accentuer l’authenticité de l’ensemble. J’ai fait appel, pour l’essentiel, à des comédiens non professionnels. Nous avons tourné avec des appareils photo Canon Mark II.

J’ai décidé d’utiliser deux caméras qui tournaient en même temps, à des endroits différents. Du coup, la plupart des dialogues ont été imprégnés par les réactions naturelles des acteurs. J’ai poussé le chef opérateur et le cadreur à ne pas recourir à des éclairages, mais seulement à de la lumière naturelle. C’était surtout difficile de tourner dans ces conditions les scènes de nuit qui se déroulent dans la voiture, mais on y est arrivés. J’ai insisté pour qu’Olga ne porte pas du tout de maquillage sur le plateau. Et elle a eu le courage d’accepter de n’être ni coiffée, ni maquillée. Le seul maquillage que nous ayons utilisé est celui du faux sang pour le personnage qui se fait tabasser violemment. Parfois, nous avons réécrit les dialogues sur le plateau lorsque j’avais l’impression qu’ils ne correspondaient pas à un acteur – et nous trouvions alors une autre formulation, car c’était important que les comédiens s’approprient parfaitement les dialogues.

Entretien avec Anguelina Nikonova

Pouvez-vous Nous Parler De L’écriture Du Scénario, Qui S’est Faite À Quatre Mains, En Collaboration Avec La Comédienne Principale Du Film, ?

Olga est l’auteur de la première version du scénario qui, à l’origine, était beaucoup plus sombre. Elle me l’a fait lire et j’ai été très impressionnée, d’autant qu’il s’agit de son premier coup d’essai. Elle m’a demandé mon avis et nous avons ensuite retravaillé ensemble les versions ultérieures.

Entretien avec Olga Dykhovithnaia

Vous Êtes Coscénariste, Coproductrice Et Héroïne Du Film. Pouvez-vous Nous Parler De Votre Implication Dans Le Projet Et De Vos Rapports Avec La Réalisatrice, ?

J’ai écrit la première mouture du scénario en envisageant de le mettre en scène par la suite. Avec Anguelina, nous avons retravaillé les versions ultérieures du script. C’est en collaborant avec elle que j’ai compris que je souhaitais qu’Anguelina réalise le film car j’étais convaincue que j’avais déjà dit tout ce que j’avais d’important à dire dans le scénario. En outre, il fallait un point de vue neuf qu’a apporté Anguelina. Nous avons finalisé le scénario ensemble et, comme aucun producteur ne voulait prendre le moindre risque sur ce film, nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure coûte que coûte. J’ai été à la fois étonnée, heureuse et angoissée lorsqu’Anguelina m’a proposé le rôle principal car je ne m’étais jamais vue dans la peau de ce personnage. Mais aujourd’hui, je lui suis reconnaissante d’avoir pu relever ce défi : cette expérience m’a beaucoup marquée.