Comment est née l’idée du film ?
A l’origine, il s’agit d’une nouvelle, écrite par une jeune journaliste, Amei, qui raconte l’histoire de deux femmes, Haili et Daping. C’est à travers leur relation qu’elles vont découvrir et affronter le monde. Malgré les jalousies et les épreuves, elles resteront attachées l’une à l’autre, d’une manière indéfectible. Daping incarne la paysanne mal à l’aise dans sa ville, qui tente de rester forte. Haili est plus délurée, elle sait s’adapter à la zone urbaine, elle se pense plus forte que les autres, peut-être à tort.
Le titre fait référence à la légende de la Tisserande et du Bouvier...
Le titre chinois renvoie à la légende très populaire de la Tisserande (Zhi Nu) et du paysan (Niu Lang), qui est racontée aux jeunes enfants. Cette histoire narre l’amour partagé entre un ange qui vient du ciel, la Tisserande, et un paysan. L’ange sera puni pour avoir aimé un simple paysan. Depuis, cette image symbolise l’amour idéal et traditionnel en Chine. J’ai souhaité donner ce titre à mon film, à cause des trois personnages et de leur rapport à la terre. Ils ont dû quitter la campagne, ils se retrouvent seuls dans la grande ville, et cette image d’un amour simple et durable leur est nécessaire pour survivre dans ces conditions. C’est un peu la nostalgie de leurs racines. Aujourd’hui, ils vivent d’une manière incertaine, c’est un vrai phénomène de société. Ces conditions de vie difficiles créent de nouveaux liens entre les gens. Daping, personnage principal, incarne la résistance paysanne. Elle tricote, elle se lie au passé et à son enfance par le biais de ce geste. Elle est forte grâce à ce lien rassurant. Chen Jin veut garder absolument son rapport avec la campagne en envoyant de l’argent à ses proches qui vivent là-bas. Quant à Haili, au contraire, elle veut oublier sa vie à la campagne pour profiter intensément de la vie urbaine.
Comment concevez-vous le travail d’écriture pour le cinéma, au vu de votre expérience de romancière?
C’est en étudiant la littérature que j’ai eu envie « d’apprendre » le cinéma. Après avoir achevé mes études, j’ai finalement commencé par l’écriture. Je travaille de la même manière pour mes écrits que pour mes films. Quand j’écris, je visualise mon histoire. Comme pour le montage au cinéma, je fais très attention au rythme.
La dimension féminine est prépondérante dans le film...
Certes, mais ce n’est pas un film sur la condition féminine, il traite en fait de la condition humaine en général. Je n’ai pas voulu rendre le personnage masculin “méchant” dans le film, il fait parti de l’histoire de ces deux femmes. Les deux personnages féminins sont très opposés. L’histoire n’est pas un triangle amoureux; ce sont des gens qui ont de la compassion les uns pour les autres. Les conditions de vie sont difficiles. Ils ont parfaitement conscience de la fragilité de leurs existences. Le film se concentre sur des personnages qui sont contraints de s’accepter les uns les autres.
Où le film a-t-il été tourné ?
Le film a été tourné à Quangzhou, dans le Sud, qui est une très grande métropole de province, peuplée d’immigrants. C’est une ville sans culture, sans politique. Les conditions de vie y sont dures, les habitants sont là seulement pour gagner leur vie.