Notes de Prod. : Protéger et servir

    en DVD le 09 Juin 2010

Clovis Cornillac nous parle de Protéger et Servir

Vous avez été le premier à être rattaché au projet dont vous avez parlé à Kad lors du tournage de Faubourg 36.
Oui. Il y avait un duo à créer. La rencontre avec Kad sur Faubourg 36nous a donné envie de continuer notre chemin ensemble. On est très complémentaire ; de là découle un plaisir jubilatoire d’être ensemble. Ce serait dommage de s’en priver.

Votre complicité dans le film paraît évidente. Pensiez-vous déjà au duo que vous composeriez avec Kad à la lecture du scénario ?
Non. Eric Lavaine et moi nous connaissons bien ; il fait partie de ces gens capables d’assumer à fond le côté régressif. Il n’a pas peur. J’ai pensé qu’il nous fallait trouver quelqu’un qui soit pareil ; on ne pouvait faire les Trois Mousquetaires qu’à partir de là. Nous ne voulions pas de Deux Mousquetaires sur trois. C’est venu de manière assez immédiate sans envisager une seule seconde Protéger et Servir comme un « coup ».

Le film se démarque des comédies que l’on a l’habitude de voir en France, notamment grâce à ses comédiens extrêmement soudés…
On peut faire toutes les conneries du monde à l’écran sans avoir à sur jouer le fait que ces personnages s’aiment… Cela doit être induit. Pour qu’il y ait cette évidence, il faut une force de générosité et de total accord avec le projet. Si la complicité, le désir sont là tous les matins sur le tournage, et le même plaisir à se retrouver tous ensemble pour dîner le soir, il y a quelque chose de gagné. Ça ne fait pas tout, mais c’est une part importante.

Chaque acteur s’adapte à son partenaire.
Pas seulement. Que ce soit avec un acteur ou un metteur en scène, il faut trouver un territoire commun. Que puis-je lui ou leur apporter ? Ensuite, il faut essayer d’en apporter encore plus par rap port à leurs attentes en fignolant, en ajoutant ou en enlevant certaines choses jusqu’à trouver un territoire commun. Tout le plaisir est vraiment là ; on est sur le même projet que l’on fait grandir.

Parlez-nous du territoire commun que vous avez avec Eric Lavaine
Je trouve Eric extrêmement drôle. Il a une capacité à la vanne… ! Kad et lui sont plus dans la comédie que moi ; je n’ai pas tout à fait leur trajectoire. Même si j’en ai tourné quelques-unes, je n’ai pas l’image d’un acteur de comédie ni ne prétends juger ce qui est drôle ou ce qui ne l’est pas. Mon rôle se limite à l’interprétation. C’est, je pense, ce qu’apprécie Eric Lavaine en moi. Je n’ai pas peur, je ne juge jamais mes rôles. Je ne suis que dans le premier degré. Les autres degrés ne m’intéressent pas. Certaines personnes y arrivent, dont Jean Dujardin (le champion du monde du second degré que j’adore) et ça ne veut pas dire que je ne peux pas jouer avec lui. Quand on a fait Brice de Nice, cette complémentarité fonctionnait très bien…

Dans Protéger et Servir, Kad Merad est dans le second degré…
Au contraire, je crois qu’il est plutôt très premier degré à l’image de notre binôme. Kad est vrai ment Michel Boudriau. En partageant les scènes avec lui, je le sentais vraiment être marié, père de sept enfants et suivre la voie du Seigneur. J’aime penser que l’on n’est pas plus malin que les rôles que l’on joue.

Le film ressemble à une bande de potes qui aurait pris une caméra…
Je ne sais pas. Le film est très tenu. La comédie, c’est assez étrange car, si on ne fait que les cons, le public se sent exclu. Le film étant très écrit, nous avions libre cours à inventer, à aller plus loin. Mais c’est un travail. Si on perd la notion de travail, je crois que l’on perd la qualité d’un film. C’est de ça que découle cette sensation de fluidité à l’écran. On a le sentiment que tout est facile, tant mieux ! Car nous ne sommes pas là pour afficher la difficulté, mais plutôt la jubilation. Je ne suis pas le premier à le dire, mais, la comédie, à une image près, ça marche et à une vanne de trop, ça ne tient plus. Tout est une question de rythme, de montage et d’invention. En gérant bien tout cela, on obtient tout sauf un film de potes avec une caméra. D’un autre côté, tant mieux si le film a cette image-là.

À propos de votre personnage Kim Houang, son niveau de vietnamien est très impressionnant…
Merci. Mais je pense que ce sont les Vietnamiens qui vont être un peu déçus ! C’était très sympathique à faire ; j’ai vraiment beaucoup d’empathie pour Kim Houang, il me touche. Boudriau et lui sont comme des enfants qui n’auraient pas grandi. Il y a là quelque chose de ridiculement drôle. On en a rajouté beaucoup en fait. Il y avait deux moments où il parlait vietnamien, dont une fois dans la scène du restaurant. Mais, un jour, je me suis dit que s’il est Vietnamien, ce serait bien que sa langue natale revienne quand Kim se met en colère. On a appelé notre coach et j’apprenais tout de suite. C’est devenu récurent : lorsque Houang est sous le coup d’une émotion trop forte, il parle Vietnamien. C’est contraignant, car c’est une langue très éloignée de la nôtre, mais je ne me suis pas non plus appliqué. D’ailleurs, pour le karaoké, on gardait les sonorités en les exagérant un peu.

Votre interprétation se base sur un sens aigu du détail…
Autant être le plus précis possible ! Les détails aident à accrocher l’image et à composer un uni vers. Houang étant radin, j’avais constamment des bons de réduction dans les poches, même si je ne m’en servais jamais. C’est un détail qui tient de l’obsession chez Houang. J’ai donc trouvé ça pertinent de sortir ces bons si la situation se pré sentait. Idem lorsqu’il entre dans un labo : il voit des gants, il les prend. C’est ma façon d’entrer dans la scène. Eric composait le décor, je regardais ce qu’il faisait et j’y prenais des choses. Plus c’est précis, plus c’est facile à travailler. Je ne dirais pas que l’on cherche à renvoyer la pareille, c’est juste que l’on fait partie du même univers et que l’on cherche toujours à être le plus juste possible.

Avez-vous fait appel à vos propres expériences pour composer Kim Houang ?
Je n’ai pas de carnet dans lequel je mets certaines choses et pas d’autres ; je ne fonctionne pas de la sorte. On invente un personnage que l’on incarne avec notre voix, notre corps, nos émotions… Toute notre personne y est ! Mais je ne suis pas Kim Houang pour autant. Bien qu’il y ait une forme de sincérité qui me fait dire que j’aurais pu être lui. Et c’est ainsi pour tous les rôles ; mais de là à pouvoir précisément déterminer quelle part de moi j’ai mis dans le personnage… L’interprétation induit la générosité : on offre quelque chose de soi, même si ce n’est pas toujours très clairement exprimé.

Sur le tournage de Protéger et servir

Le 1er Septembre 2008 - Carole Bouquet vous protège

L'actrice française Carole Bouquet donnera la réplique à Clovis Cornillac, Kad Merad et François Damiens dans la comédie policière Protéger et servir, annonce l'hebdomadaire Le Film Français.

Eric Lavaine (Poltergay) mettra en scène le long-métrage à l'intrigue encore inconnue. Le tournage du film doit débuter le 6 janvier 2009. La même année, le réalisateur dévoilera Incognito, une comédie avec Bénabar, Jocelyn Quivrin et Franck Dubosc.

Entretien avec Eric Lavaine, réalisateur de Protéger et Servir

La phrase « Protéger et Servir » figure sur les voitures de police aux Etats-Unis…
J’ai réalisé que « To protect and serve » était une devise de flics américains après avoir terminé l’écriture du film. Je voulais un titre qui tranche avec la tête de nos deux héros. Dès que l’on voit que le film est une comédie, le titre prend une grande signification. J’avais également pensé à : « Houang et Boudriau contre les méchants » pour le côté enfantin qui m’amusait beaucoup. Très souvent le titre devient bon en fonction du film.

Kad Merad nous parle de Protéger et Servir

Michel Boudriau est lieutenant de police et fervent catholique dont il véhicule constamment les valeurs…
Auprès de son collègue et ami Houang notamment, ou des jeunes qu’il rencontre dans des lycées lors de campagnes de sensibilisation aux dangers de la drogue. Ce qui est très important car, la drogue, “c’est de la merde”, comme il l’explique à une classe entière. C’était mon premier jour de tournage face aux élèves. J’étais habillé en Michel Boudriau et j’ai eu l’impression que c’était la fin, que je n’allais plus recevoir un texto, qu’on n’allait plus jamais m’accorder un regard… ! Néanmoins, Michel Boudriau transmet des valeurs catholiques, telle la compassion, mais il n’est pas extrémiste. Il aime simplement son prochain. Il est à l’image de la famille idéale : ses sept filles chantent, sourient, bien qu’étant extrême ment laides…