Comment Xavier Giannoli vous a-t-il présenté le rôle ?
Marion a été fragilisée par la vie. Elle a quitté son mari, ne voit pas souvent son enfant, préfère vivre à l’hôtel… Se protège, se cherche. Et quand on part à la recherche de soi, on fait forcément des rencontres. C’est ainsi qu’elle croise Alain Moreau, qui est carrément d’une autre planète. Mais elle sent quelque chose... elle sent en lui une certaine émotion, un oxygène et une fantaisie dont elle a besoin. Marion est sans doute touchée par le tact et la discrétion d’Alain. D’ailleurs, il fallait le vivre comme ça : tout en retenue, en nuances, taire les choses, les comprendre sans nécessairement en parler. Dès les premières prises, Xavier a freiné mes mouvements… Il fallait être sobre, laisser s’échapper ce qu’il cherchait.
C’est une histoire d’amour…
Particulière, oui... Ils vont s’entraider, se transformer. Après leur relation, qui arrive trop tôt ou trop tard on ne sait pas, plus rien ne sera comme avant. C’est un moment de vie, un moment privilégié qu’ils n’oublieront jamais. Ils savent que cela ne durera pas, et ne sont pas dans une réflexion pragmatique. Ils vivent un trouble…
Xavier n’a pas choisi par hasard le métier de Marion : agent immobilier ?
Bien sûr que non. Avec Alain Moreau, qui cherche une maison, ils vont se voir dans des espaces vides, des décors neutres où, par un mélange d’obligation professionnelle et de curiosité personnelle, elle a avec lui cette curieuse intimité. On sent d’ailleurs une progression dans les visites. Très vite on ne voit plus l’extérieur des maisons, ce n’est plus cela l’important. C’est leur relation. Il est élégant parce qu’il ne se prend pas au sérieux. Et rien ne séduit plus une femme que la vérité.
Et la chanson, dans tout cela ?
Ce que je trouve très beau, c’est la façon respectueuse qu’a Xavier d’aborder l’univers de la chanson populaire, dont mon personnage est au départ aux antipodes. L’art d’une chanson populaire est de parler de choses très compliquées avec des mots très simples. Comment expliquer qu’un morceau provoque des frissons, nous donne envie de danser… Sur le moment, on ne peut l’intellectualiser. On ne fonctionne qu’à l’instinct. Et il n’est pas innocent que Xavier se passionne pour ce petit monde, car il est ainsi : instinctif.
Etiez-vous touchée par la variété, avant le tournage ?
Pas plus que d’autres. Je connaissais Gainsbourg évidemment… Là-dessus, Marion et moi sommes assez proches. Et comme elle, j’ai évolué au fil du tournage. Les Paradis perdus (Christophe), j’ai accroché direct, dès la première note. En fait, il faut prendre le temps de les écouter, se laisser aller, envahir. L’Anamour par exemple, arrive très vite dans le film. On a pris le temps de tourner cette scène, qui arrive au moment où leur vie va prendre un chemin de traverse. Quand il chante et qu’elle danse, ce qui se passe entre eux est primordial. C’est là qu’elle entre dans son monde et se laisse séduire par ce qu’il est. Elle va aller au-delà de ses à prioris pour passer à autre chose. Et c’est justement parce que à priori rien n’est possible que tout va se passer. Comme dans la vie…
Avez-vous appréhendé votre rôle d’une manière particulière, du fait que votre partenaire était joué par Gérard Depardieu ?
Comme Marion se laisse aller avec Alain, je me suis laissée aller avec Gérard. Il m’a pris la main, et m’a emmenée avec lui. Il aurait pu faire son numéro «Gérard et son grand orchestre », mais non. J’ai eu un tel plaisir. On ne répétait pas, on se jetait dans le bain dès la première prise, sans répétition ni rien. Xavier recherchait ces moments rares où l’acteur, le personnage, la fiction, la réalité se rejoignent.
Vous aviez rencontré Gérard avant le tournage, tout de même ?
Non, justement. La première fois qu’on s’est vus, c’était lors de cette première scène où Marion et Alain se rencontrent, au bal du casino. J’avais un peu peur, mais je le sentais bien. En parlant avec Xavier, on savait bien que ce tournage serait placé sous le signe de l’exigence. Et Gérard était on ne peut plus investi dans son travail. Dès la première prise, ça a été magique. Je me suis dit que si tout continuait ainsi, ça allait être incroyable. Et ça l’a été.