''Ce que je voulais''... par le réalisateur Santiago Amigorena
Ce que je voulais c’était, après avoir écrit pendant vingt ans une trentaine de longs-métrages, quitter la confortable place de vieux scénariste pour celle, ô combien incertaine, de jeune réalisateur.
Ce que je voulais c’était écrire une tragédie d’espionnage. (Le résultat, parfois, peut faire rire.)
Ce que je voulais c’était inventer un personnage qui soit le petit-fils adoptif du Troisième Homme.
Ce que je voulais c’était formuler un projet où je pourrais tenter les mille et une idées de mise en scène qui se sont accumulées dans mon esprit pendant ces vingt années au cours desquelles j’ai choisi d’imaginer des films sans jamais les mettre en images.
Ce que je voulais c’était savoir si dans le cinéma on peut éprouver quelque chose de comparable au plaisir, et au tourment, que j’éprouve seul en écrivant mes livres.
Ce que je voulais c’était aller un peu plus loin dans ces échanges que j’entretiens depuis des années avec des directeurs de la photographie, des ingénieurs du son, des décorateurs, - et des comédiens.
Ce que je voulais c’était savoir s’il est possible de sentir tous les jours ce que je ressens parfois en voyant les rushes des films que j’ai seulement écrit : qu’un acteur a ressuscité ce que j’avais abandonné mort sur le papier.
Ce que je voulais ici - et on peut considérer cela comme un premier échec - c’était écrire quelque chose de plus intéressant que les mots qu’on écrit en général sur ce qu’on a fait, ces mots qui finissent souvent dans des notes d’intention, ou des dossiers de presse.