Un vrai régal : Paris à la sauce Ratatouille
Ratatouille nous fait découvrir Paris sous un nouveau jour. Ou plutôt, sous deux aspects : le Paris au charme intemporel des restaurants, des cafés et des rues pavées au niveau du sol, et celui, plein de méandres, de mystère et d’inconnu, des égouts - le domaine de Django et des siens.
Brad Bird explique en souriant : Jamais encore on n’avait vu Paris selon la perspective d’un rat !»
Pour cette vision fantaisiste et attachante, le réalisateur a travaillé étroitement avec le chef décorateur
Harley Jessup. Celui-ci a eu l’excitante mission non seulement de distiller l’essence de la Ville Lumière sous forme numérique, mais aussi de créer un paysage qui soit plus qu’un décor et devienne un véritable personnage qui insuffle la passion et la vie dans le monde de Remy.
Harley Jessup a commencé par se rendre en France, accompagné de la directrice de la photographie et responsable de la mise en lumière,
Sharon Calahan. « Nous avons étudié les couleurs, les formes et les surfaces, et cela nous a conduits à opter pour une palette radicalement différente de nos autres films. Paris a cette qualité classique, ces tons de pierre sur lesquels apparaissent fugitivement des touches de couleur.
Nous avons vu une femme en manteau rouge passer devant un mur, c’était une étincelle de couleur sur fond gris... Nous avons voulu retrouver cet esprit dans le film. Voilà pourquoi la palette est plus discrète. C’était assez effrayant d’ailleurs, parce que d’habitude, les films d’animation sont caractérisés par des couleurs très vives, mais ici nous les avons utilisées seulement comme des accents, ce qui à mon sens les rend plus fortes. »
Le chef décorateur poursuit : « Nous voulions créer un Paris de conte de fées. C’est une ville magique en soi, mais nous avons exagéré les pointes et les dômes pour en accentuer le côté enchanté. » Beaucoup des décors relèvent de la pure imagination, mais Jessup a tout de même recréé certains monuments caractéristiques. Il observe : « Nous avons aussi voulu recréer le ciel de Paris. Le ciel a une qualité particulière en France - c’est là qu’est né l’Impressionnisme. La lumière a quelque chose de magnifique,
une qualité un peu brumeuse, que nous avons essayé de retrouver dans les scènes d’extérieurs.»
Pour recréer le monde souterrain où vivent Remy et ceux de son espèce, Jessup est descendu dans les célèbres égouts parisiens. Il raconte : « Nous avons visité les égouts et les catacombes, ainsi que les anciennes carrières d’où ont été extraites les pierres qui ont servi à construire la ville. Ce voyage à Paris a vraiment été une expérience extrême : on errait dans les égouts le jour et on dînait dans les meilleurs restaurants le soir !»
Le chef décorateur explique : « Nous avons dû modifier un peu notre représentation des égouts : les vrais sont trop humides, froids et étroits pour un écran de cinéma ! Nous voulions qu’ils éveillent un sentiment fort, dramatique, sans pour autant être grandioses. Nous avons donc utilisé les mêmes formes classiques que dans le monde humain du dessus mais d’une manière plus brute, plus sommaire ; elles sont couvertes d’une sorte de mousse, ou d’algue. Nous avons aussi créé les campements des rats, qui donnent un petit côté gitan. Une atmosphère familiale, chaleureuse se dégage des pièces de tissu et des caisses de vin
français qu’ils emploient et de leurs feux de camp. »
La famille de Remy utilise son environnement de toutes sortes de façons créatives et astucieuses.
Harley Jessup confie s’être particulièrement amusé en imaginant les bateaux de fortune sur lesquels les rats fuient la campagne à la suite d’une tempête : tonneaux, jerricans, théières...
Les effets sont entrés dans la danse pour créer les rapides qui emportent les rats.
« C’est techniquement très difficile de représenter l’eau en mouvement, précise
Apurva Shah, superviseur des effets. Nous avons beaucoup travaillé sur l’environnement de la rivière, et sur la création de la dynamique avec la pluie, la rivière et l’exode des rats. »
Pour étudier de plus près les rapides, Shah et son équipe ont fait une expédition sur une rivière de rapides près de Sacramento.
La pièce de résistance pour
Harley Jessup a été la création de la cuisine du restaurant Gusteau. Il explique : « La conception visuelle de la cuisine a évolué sur environ deux ans. Nous avons visité un grand nombre de cuisines en France et en avons retiré des éléments très précis. Notre cuisine est un peu plus ouverte - la plupart des vraies cuisines sont une série de petites pièces reliées entre elles, et cela n’aurait pas fonctionné au plan cinématographique. Mais nous avons conservé la séparation des zones : boulangerie, préparation des poissons, des viandes, préparations froides...»
Ce décor tourne au chaos lorsque Remy y pénètre, ce qui a engendré bien des défis également pour le directeur de la photographie. Remy adore cuisiner, mais une cuisine est pleine de dangers pour un rat : il doit éviter de tomber dans les pots, traverser un évier plein d’eau de vaisselle... Toutes ces difficultés sont à l’origine d’une bonne partie de la comédie visuelle.
Robert Anderson, directeur de la photo et des prises de vues, explique : « Souvent, les caméras sont en effervescence exactement comme le personnel des cuisines. Dans certaines scènes, Remy cuisine dans son propre monde et la caméra se déplace alors avec grâce et fluidité, accompagnée par la musique, tandis qu’il prépare son exceptionnel repas. Puis soudain, il est découvert et la caméra le poursuit, tandis que les humains lui lancent toutes sortes d’objets et qu’il est rattrapé et jeté dans un four. La caméra l’accompagne en permanence. »
La salle de « Chez Gusteau » est aussi une pièce importante dans le style visuel du film. La décoration est une sorte d’amalgame du cadre de plusieurs célèbresrestaurants parisiens dont Guy Savoy, Taillevent, la Tour d’Argent et le Train Bleu, le célèbre restaurant Belle Époque de la Gare de Lyon.
Harley Jessup confie : « Nous avons puisé notre inspiration dans plusieurs grands restaurants, mais Gusteau est le plus chargé de tous ! Des arches, des fresques, de lourdes draperies rouges donnent le sentiment qu’on se trouve dans un palais grandiose, jusqu’à la taille du lieu. C’était le cadre parfait pour que le tout petit Rémy devienne un très grand chef !»
L'art et la philosophie de la cuisine
Une fois chez Gusteau, Remy saisit la chance qu’il a espérée toute sa vie, et il revisite complètement une cuisine qui s’essouffle grâce à son génie culinaire et à son inventivité.
Pour les cinéastes, représenter cet art culinaire et ces recettes de manière authentique - et appétissante ! - était vital. Ils se sont donc plongés dans le monde de la grande cuisine.
Brad Bird explique : « Cette histoire va bien au-delà de la préparation de plats, mais je trouvais qu’en créant une atmosphère comme on en trouve effectivement en cuisine dans les restaurants et une nourriture qui ressemble tout à fait à la vraie, nous apporterions du crédit à notre histoire imaginaire. C’était un moyen de l’ancrer dans le réel. »
La « recherche » a commencé à Paris, où les cinéastes ont dîné dans d’excellents restaurants, accumulant ainsi des exemples de plat tous plus délicieux et agréables à l’œil les uns que les autres, et se glissant dans les cuisines les plus créatives du monde.
Brad Bird confie en souriant : « Nous craignions un peu d’y laisser la santé : tant de délices en si peu de temps... Mais nous avons beaucoup appris, et cela a enrichi le film. »
De retour aux États-Unis, toute l’équipe a enchaîné avec des cours de cuisine, durant lesquels des artistes spécialistes du numérique habitués à manier la souris ont appris à découper, trancher, effiler comme des pros... Ils ont ainsi acquis une approche essentielle des détails qui comptent tant dans la cuisine, sur la manière dont un chef tient un couteau, émince un oignon, remue une soupe et interagit avec les autres
membres du personnel dans une cuisine en plein coup de feu. Ces cours leur ont beaucoup apporté... et ont aussi eu quelques effets secondaires imprévus.
Mark Walsh, superviseur de l’animation, raconte : « Moi qui étais un habitué des boîtes de conserve et des salades toutes prêtes, je me suis rendu compte que c’était bien plus agréable de préparer soi-même quelque chose de vraiment bon ! »
Pendant ce temps,
Brad Lewis se rendait à Napa Valley. Il a passé deux jours en « immersion totale » dans un stage au sein de l’un des meilleurs restaurants américains, le French Laundry, auprès du chef
Thomas Keller.
Lorsqu’il a entendu parler de cette histoire, il est tombé sous le charme. « Je ne suis pas aussi choqué qu’on pourrait le croire par l’idée d’un rat dans une cuisine, confie-t-il en riant. Je crois au contraire que Remy est quelqu’un à qui l’on peut facilement s’identifier, un petit rat ordinaire qui finit par accomplir des miracles. Des histoires comme celle-ci font chaud au cœur ! »
Thomas Kellera prêté sa voix à un client du restaurant dans le film tout comme deux grands noms de la cuisine française : Guy Savoyet Cyril Lignac.
Keller a servi de guide à
Brad Lewis pour naviguer dans l’univers de la cuisine.
Il raconte : « Brad voulait voir à quoi ressemblait une vraie cuisine de restaurant, y sentir l’ambiance, l’énergie, le dynamisme, le mouvement, la manière dont les gens y travaillent ensemble et s’y déplacent - nous appelons cela « la danse». Brad et son équipe ont filmé le French Laundry et son fonctionnement afin de pouvoir l’étudier et transformer la réalité en dessin animé. »
Brad Lewis a travaillé jusqu’à 1 h 30 du matin le premier soir et était de retour dans
la cuisine à 5 h 30 le lendemain matin. Il confie : « Ça en valait la peine ! J’en ai appris drôlement long sur ce qui peut motiver quelqu’un comme Remy et lui donner la passion de la cuisine. Des tonnes de détails et de connaissances entrent en jeu dans une cuisine comme celle-ci, mais ce que j’ai réalisé de plus important, c’est que Thomas a le même genre de lien émotionnel avec ses plats et ses clients que nous chez Pixar avec nos films et le public. Nous avons découvert que nous étions sur la même longueur d’onde, et que nos équipes apportaient le même soin à leur art, que ce soit en studio ou en cuisine. J’ai aussi découvert que j’aime cuisiner pour la même raison que la plupart des grands chefs : parce que cela rassemble les gens. »
Même avec tout ce que les cinéastes avaient appris et goûté à Paris, dans leurs cours de cuisine et au French Laundry, ils savaient que ce ne serait pas facile de traduire sous forme d’images de synthèse ce qui met l’eau à la bouche quand on regarde une assiette appétissante.
Michael Fong explique : « Nous voulions que les spectateurs aient envie de sauter dans le film pour goûter ! Mais créer ce genre de plat est déjà difficile en vrai, alors en numérique... Il a fallu « cuisiner» toute une série de procédés créatifs et techniques. »
Pour commencer, l’équipe technique s’est rendue compte qu’il lui faudrait partir d’exemples réels. « La seule manière de recréer l’aspect des ingrédients, d’un plat en train de cuire, des bouillons de la sauce ou de la vapeur qui s’échappe est de réellement cuisiner les plats, de les préparer, de les faire cuire, de les photographier et de les filmer...»
C’est à cette étape qu’est intervenu
Michael Warch, consultant culinaire sur le film, qui a été un chef professionnel avant de se tourner vers l’industrie cinématographique. Il a également collaboré avec le département des décors et de la composition d’image.
Il raconte : « J’étais tout le temps sur le pont ! Les gens des effets m’appelaient et me demandaient de recréer la soupe que Remy assaisonne à sa façon, et je me lançais dans sa préparation. »
Michael Warch a veillé durant la création du film à une authenticité que pourrait apprécier même le gourmet le plus exigeant ! Ceci était particulièrement vrai dans la cuisine de Gusteau. « L’idée conductrice était de créer quelque chose de stylisé et d’amusant mais qui soit aussi fidèle à la cuisine française. Il fallait retrouver les vraies casseroles en cuivre, les vrais couteaux, le vrai flux de mouvement qui anime les cuisiniers, mitrons et chefs dans une cuisine. Jusqu’à la manière dont les aliments sont disposés sur les assiettes avec les différents types de sauces et l’esthétique culinaire... Notre but est que toute personne qui s’est déjà trouvée dans la cuisine d’un grand restaurant se dise qu’on a vraimentsu en saisir tout l’esprit, toute la vie !»
La représentation de la nourriture en images de synthèse s’est assortie de tout un cortège de difficultés techniques.
Michael Fong explique : « Nous avons découvert que le département simulation devait atténuer, adoucir une grande partie de la nourriture pour que les différents ingrédients se marient les uns aux autres sur l’assiette. Cela lui donnait un aspect plus alléchant. Le département mise en lumière et celui des textures et ombrages a aussi apporté plus de translucidité, ce qui rend la nourriture plus appétissante. Et au
final, le département effets a créé la vapeur et les vagues de chaleur qui se dégagent de la
nourriture. Tout cela donne au final une image à s’en pourlécher les babines !»
Certains aliments ont présenté des difficultés inattendues, comme par exemple le pain, qui pourrait sembler de prime abord facile à représenter, mais qui, quand on veut le rendre vraiment appétissant, se révèle très ardu à traiter...
Michael Fong explique : « La difficulté réside dans la notion de volume. On ne peut pas se contenter d’avoir une surface plane peinte comme si c’était du pain. Il faut rendre les bulles d’air qui se forment à la cuisson, le côté souple de la mie, croustillant et plus résistant de la croûte. Il a fallu beaucoup de travail à beaucoup de gens pour trouver les solutions. »
Les liquides ont constitué une autre étape délicate. Des sauces aux vins, tout était une question de détails.
Michael Fong explique : « Simuler des mandarines dans une sauce, par exemple, est très complexe. Simuler même de l’eau toute simple est très difficile. En matière de sauce, il faut un liquide plus visqueux, qui bouge plus lentement comme dans le cas de la sauce bordelaise. La représentation frise l’impossible parce que très peu de simulateurs peuvent calculer cela avec justesse en tenant compte des données physiques. Suspendre des choses solides dans un liquide augmente encore la difficulté. Il nous a fallu aussi des simulations de liquide spéciales pour par exemple, la manière dont un liquide bouge dans une cuillère, dans la scène où Rémy sauve cette soupe si importante. »
Le chef
Thomas Keller observe : « Certains des plats qu’ils ont créés m’ont vraiment donné envie de les goûter ! La manière dont ils sont présentés, la disposition sur les assiettes, les sauces.... Ils ont complètement réussi à capter ce qui fait la grande cuisine !»
Toques, nappes et serviettes
Déjà célébrée pour son travail pionnier dans le traitement du mouvement des tissus et des vêtements, l’équipe de Pixar est allée un pas plus loin avec
Ratatouille en créant la garde-robe la plus complexe jamais réalisée pour un film en images de synthèse. Pendant longtemps, le tissu a été un obstacle dans la création d’images de synthèses réalistes parce que les vêtements, par nature, ne sont pas statiques et que
les lois de la physique, de la gravité à la friction, s’y appliquent de façon subtile et permanente. C’est Pixar qui, le premier, a ouvert la voie avec le t-shirt de Boo dans
Monstres & Cie. De nouvelles avancées ont été mises au point avec les vêtements rétro-futuristes des Indestructibles.
Ratatouille présente des costumes encore plus complexes, avec des textures multiples : linge de table, vêtements... en tout, plus de 190 modèles différents. Cette tâche est revenue en grande partie au superviseur de la simulation,
Christine Waggoner, et à son équipe - ils ont tous également participé à la simulation des chevelureset des fourrures.
Elle explique : « Avec
Ratatouille, la barre a été placée bien plus haut. Les personnages ont plus de vêtements, dont certains sont superposés, et ils bougent plus que jamais. Pour nous, cela a vraiment été quelque chose de créer ces tenues de chef cuisinier avec vestes à double pan boutonnés, tablier et pantalon, les uns recouvrant les autres, avec une toque sur les cheveux...»
La tenue de Gusteau reste l’une des préférées de
Christine Waggoner. Autrefois un homme robuste, il est devenu un esprit fantomatique. « Nous avons créé les vêtements d’abord pour la version de Gusteau vivante, puis nous les avons réduits à la taille que l’on voit dans le film. Mais nous voulions qu’ils apparaissent comme très sophistiqués et bien coupés. Il n’existe aucun précédent de création de vêtements pour certains des physiques que nous avions dans le film, ce qui a rendu notre travail très intéressant. »
Même des objets aussi simples que les nappes et les serviettes ont demandé un travail complexe. Christine Waggonercommente : « Il faut garder à l’esprit de nombreux détails, comme l’interaction entre les jambes des personnages et la nappe qui pend de la table...»
Pour Waggoner, qui est autant une artiste qu’une programmeuse informatique, le vrai plaisir est venu du fait de tout marier dans un grand film. « Le premier challenge a été de déterminer précisément le style visuel, parce que Brad aime que les choses paraissent à la fois réalistes et légèrement caricaturées. Il ne s’est jamais agi d’étudier scientifiquement la manière dont les tissus bougent, puis de tout traduire en chiffres... C’était au contraire un processus général très subtil consistant à inscrire le moindre petit détail dans l’esthétique du film. » Le résultat est que les tissus et vêtements, tout comme le graphisme sophistiqué
des corps de chacun des personnages, confèrent une vie presque palpable à l’univers de
Ratatouille. Le producteur associé Galyn Susman commente : « La beauté de la chose, c’est que les tissus paraissent si naturels qu’ils n’attirent absolument pas l’attention. Ils ont juste l’air normal, ce qui est en soi le meilleur compliment que l’on puisse faire !»
Paris quand on est tout petit : la photographie
Il aurait certainement été plus facile de raconter l’histoire de
Ratatouille à hauteur d’homme, mais Brad Birda opté pour le chemin le moins évident en choisissant de tout montrer depuis la perspective d’un rat. Il a puisé son inspiration à des sources pour le moins inattendues, comme par exemple un des grands classiques du cinéma hollywoodien, le thriller d’Alfred Hitchcock
Fenetre Sur Cour. Le réalisateur
explique : « Ce film a forment influencé une séquence de
Ratatouille. Dans
Fenetre Sur Cour, Hitchcock épie la vie des autres depuis le point de vue de l’appartement de James Stewart - et dans notre film, on voit un appartement à Paris depuis le point de vue d’un rongeur. »
La directrice de la photographie,
Sharon Calahan, à qui l’on doit déjà la photo du
Monde De Nemo, de
Toy Story 2 et de
1001 Pattes, raconte : « Nous voulions des images riches, rendre l’impression que l’on a quand on se trouve à Paris, ou dans un grand restaurant parisien. Nous voulions que la nourriture fasse saliver et que ces petits personnages à fourrure soient mignons et totalement irrésistibles. »
Elle poursuit : « J’avais déjà certaines idées sur la manière de donner un style visuel plus riche, plus profond aux couleurs. Cela signifiait que nous devions créer un modèle de mise en lumière complètement à l’opposé de ce que l’on fait habituellement et qu’on ajoute du noir dans le cas d’une absence de lumière. Ici, je voulais remplacer cela par plus de couleur en surface, au contraire, ce qui a demandé plein de petits trucages et de redécoupages. »
Sharon Calahan reprend : « J’avais envie de donner au film l’atmosphère d’un jour d’octobre idéal en France. Quand nous sommes allés à Paris, il y avait du soleil, mais la lumière était argentée et diffuse, tout paraissait doux, chaleureux et accueillant. Je voulais retrouver cela dans notre film. Le film n’est pas éclairé avec une lumière fortement colorée et des ombres franches comme c’est le cas d’ordinaire, parce que je voulais vraiment célébrer cette couleur particulière que l’on ne trouve qu’à Paris. »
Pour filmer la nourriture,
Sharon Calahan s’est inspirée des magazines d’art culinaire. « J’ai passé pas mal de temps à étudier les photos de plats et d’ingrédients de ces magazines, en repérant les différences entre les photos appétissantes et les autres, et en ramenant chaque photo à ses composantes spécifiques. Le changement de la position de la source lumineuse joue un rôle majeur. La question était de savoir comment donner à la nourriture une certaine translucidité et une certaine humidité pour qu’elle soit aussi appétissante que possible. Une des choses que nous avons découvertes est qu’une lumière chaude fait ressortir la couleur des aliments. »
Pour donner plus de réalisme à la nourriture, la directrice de la photo a finalement utilisé des technologies qui ont été développées à l’origine pour rendre les poissons plus translucides dans
Le Monde De Nemo et pour disperser la lumière sur la peau dans
Les Indestructibles.
En ce qui concerne les rongeurs, elle explique : « La clé du réalisme des rats reposait sur le fait de donner à leur fourrure un aspect naturel et une certaine luminosité à leurs oreilles. Il a fallu une grande quantité de tests pour déterminer comment la fourrure devait réagir à la lumière. »
La question d’échelle a été une autre gageure. « Juxtaposer les humains et les rats dans le même monde n’a pas été facile, précise la directrice de la photo. La lumière a joué un rôle clé dans la manière de les unir. »
Globalement, le travail de
Sharon Calahan reste cependant le même que celui de ses collègues sur des films en prises de vues réelles. « J’ai essayé de penser comme un peintre et d’approcher la lumière d’une manière qui magnifie tout.
Ratatouille a représenté une expérience qui m’a comblée au plan créatif.
Brad Bird sait comment faire ressortir le meilleur du talent de chacun de ses collaborateurs. »
Cuisiner en musique
Pour souligner l’action soutenue et les émotions subtiles de l’histoire,
Brad Bird a fait appel au compositeur qui avait déjà fait équipe avec lui sur
Les Indestructibles :
Michael Giacchino. Celui-ci a composé une bande originale jazzy, soutenue par les cuivres et les percussions, amusante et rythmée.
Brad Bird explique : « Même si ce film est complètement différent des Indestructibles, la gamme de Michael est si large qu’il était idéal pour composer la musique de
Ratatouille. Ce film est plus enjoué, malicieux et fantaisiste, c’est une promenade drôle et romantique dans Paris, et Michael a parfaitement retranscrit cela. »
Brad Lewis observe : « L’esprit de collaboration entre
Brad Bird et
Michael Giacchino est ce qui les a poussés à définir un son neuf pour ce film. On dirait qu’ils arrivent à lire dans l’esprit l’un de l’autre ! Brad parle un langage visuel et Michael un langage musical, mais ils trouvent le moyen de les imbriquer l’un dans l’autre à la perfection dans le film. Parfois la musique est subtile, parfois elle est très présente. Michael sait comment créer la juste atmosphère correspondant à chaque moment de l’histoire. Il peut être grandiose et
fort en émotions, ou discret et léger, et aussi un peu loufoque quand il le faut. »
Michael Giacchino confie : « Lorsque j’ai vu un premier montage, j’ai su que ce serait l’un des plus grands défis que l’on m’ait jamais posés. J’ai eu peur, parce que je n’avais jamais composé de musique comme celle qu’il fallait à ce film. Je n’avais encore jamais travaillé dans ce style, ou plutôt dans ces styles. J’ai dit à Brad que j’étais terrifié, mais heureux de le faire. Avant de voir le film, j’avais réfléchi à l’histoire selon un point de vue très pragmatique, mais en le voyant, cela s’est transformé en une approche émotionnelle avant tout. La scène de la fin où Ego livre sa critique, a concrétisé pour moi ce dont parle toute cette histoire. Cette scène m’a aidé à écrire le thème principal de la musique, que nous avons ensuite transformé en une chanson. C’est un film heureux, évidemment, mais il a aussi une certaine mélancolie, celle que l’on éprouve quand on revient en arrière et qu’on repense à tout ce que l’on a toujours eu envie de faire dans la vie. J’avais envie d’exprimer cela musicalement. Cela a été mon objectif premier. À cela, il fallait ajouter le fun et l’action, sans jamais faire passer au second plan ce dont parle l’histoire. »
Outre le thème principal,
Michael Giacchino a développé des thèmes musicaux pour chacun des personnages qui reflètent leurs personnalités et leurs désirs. Le compositeur explique : « J’aime travailler par thèmes parce que c’est la meilleure façon de représenter les personnages. C’est ce que j’aime dans les musiques de
Star Wars, de
Indiana Jones Et Les Aventuriers De L'Arche Perdue ou les films de Robin des Bois des années 30 : ce sont des grands thèmes, qui ont presque quelque chose de l’opéra dans leur approche.»
Le compositeur précise : « Remy a deux thèmes, plus un « buddy thème» qu’il partage avec Linguini. Le premier est son « thème rat » : une mélodie qui le suit et l’entoure, qui a la furtivité d’un voleur et évoque la nature d’un rat, même s’il veut être autre chose. Ce thème domine dans les scènes où Remy court dans la maison et sous le sol. Mais quand il atteint le toit et regarde Paris pour la première fois, le nouveau thème que l’on entend alors évoque ses espoirs et ses rêves. C’est ce qu’il a à l’intérieur. Le premier thème correspond à ce qu’on pense de Rémy quand on le voit, le second à ce qu’il est vraiment.»
Giacchino poursuit : « Le « buddy thème » intervient lorsque Rémy et Linguini travaillent ensemble. On l’entend pour la première fois quand Rémy découvre comment contrôler Linguini. Ensuite, il évolue pour devenir cet air plus martial, plus « héros d’action » à la fin du film, quand tous les rats se rassemblent et que Linguini est sur ses rollers. C’est presque comme un thème de film de guerre, parce que leur amitié a évolué au point qu’ils vont vraiment faire front et se battre ensemble. »
Un des autres thèmes principaux est celui de Colette.
Michael Giacchino explique : « Celui-ci illustre tout le processus de cuisine, de préparation des mets. On l’entend pour la première fois lorsque Colette enseigne à Linguini quoi faire dans une cuisine et ce qu’il doit savoir pour devenir un grand chef. Puis ce thème change au cours du film, selon ce qui se passe. Lorsque Linguini doit mettre au point un plat hors menu et que Rémy commence à improviser une recette, on retrouve le même thème mais plus improvisé - de la même manière que Rémy se débrouille et invente la recette au fur et à mesure. Les thèmes et la musique évoluent constamment au fil de l’histoire.
Le thème de Skinner change lui aussi. Au départ, c’est un thème un peu jazz, un peu beatnick avec quelque chose de français dans l’esprit, puis il devient de plus en plus frénétique et orchestral tandis que Skinner perd le contrôle de la cuisine. Le thème commence en étant doux, suave, et il finit un peu fou, comme le personnage !»
Giacchino a établi une séparation musicale entre le monde des humains et celui des rongeurs. Il explique : « J’utilise certaines instrumentations dans le monde des rats, notamment un « thumb piano» géant (également appelé piano à pouce ou sanza, cet instrument de percussion africain est composé de trois à quarante lames élastiques de bois ou métal fixées sur une caisse de résonance et jouées avec les pouces), et beaucoup de cordes en pizzicato. »
Pour contraster avec l’extravagance et la frénésie de la comédie burlesque, le compositeur a concentré la majeure partie de sa musique sur la subtilité. « Il est facile, en matière d’animation, de suivre chacun des mouvements des personnages, mais ce que j’aime dans une musique de film, c’est quand la moindre petite chose peut suggérer. J’ai mis la musique en retrait pour laisser le film être, exactement comme si on avait affaire à un film d’action.»
Avec une musique originale aussi variée,
Michael Giacchino a rassemblé un orchestre spécial, d’influence jazz mais incluant aussi des instruments moins conventionnels comme des harmonicas et des accordéons. Il a fait appel à de célèbres musiciens dont Tommy Morgan, l’un des meilleurs joueurs d’harmonica du monde qui a participé à plus de 7000 sessions d’enregistrement pour des disques, des productions télévisées
ou cinéma au cours de ses 50 ans de carrière, l’accordéoniste jazz de nombreuses fois couronné Frank Marocco, considéré comme l’accordéoniste qui a fait le plus d’enregistrements au monde, le bassiste légendaire Abe Laboriel, qui a enregistré entre autres avec Ella Fitzgerald et Herbie Hancock, et le batteur jazz Harvey Mason, qui a entamé sa carrière auprès de Duke Ellington et Erroll Garner dans les années 60 et a été nommé à 7 Grammy Awards.
Michael Giacchino commente : « J’ai eu la chance d’avoir certains des meilleurs musiciens du monde dans le même studio pendant une semaine ! »
La chanson« Le Festin» a été écrite par
Michael Giacchino et enregistrée par
Camille. Le compositeur explique : «
Camille a une voix très particulière, un son unique, c’est une chanteuse audacieuse à l’esprit aventurier et très contemporain, et je ne voulais qu’elle pour chanter cette chanson. La chanson est basée sur un vieil adage français dont l’esprit général est de se rassembler avec ses meilleurs amis et sa famille la plus proche pour partager un bon repas, en célébrant tout ce qui est bon dans la vie. Cette chanson
est née directement de l’histoire même de
Ratatouille. »