“Reinas” aborde un sujet aussi quotidien que le mariage. Mais en réalité, c’est un film sur les relations humaines.
Avec beaucoup d’humour et un casting cinq étoiles, “Reinas” raconte comment cinq mères du 21ème siècle, modernes et indépendantes, sont capables de donner un grand coup de pied dans la vie de leurs fils en l’espace d’un week-end. Comme l’explique le réalisateur,
Manuel Gomez Pereira : “Nous voulions démystifier le mythe des mères. Dire qu’elles ont leurs défauts, qu’elles ne sont pas parfaites, qu’au-delà de leur condition de mères, ce sont des femmes.”
“Nous avons choisi un mariage parce que nous voulions raconter comment se comportent les mères à l’occasion du mariage de leurs fils. Comment elles réagissent face au sentiment que leur fils leur échappe et du coup, deviennent égoïstes, manipulatrices...”, dit Yolanda Garcia Serrano, co-auteur du scénario.
Ainsi que le reconnaît
Marisa Paredes : “Nous les mères, nous sommes presque toutes jalouses du fiancé ou de la fiancée de nos enfants et parfois ce sentiment nous aveugle.” C’est précisément ce qui arrive à toutes les protagonistes de “Reinas” qui, dépassées par les événements, laissent voir leur côté le plus vulnérable.
Ces mères, ce sont les reines du film et elles portent l’histoire. Dans le contexte habituel d’un mariage, fait d’excitation, de précipitation et d’imprévus, nous découvrons Ofelia (
Betiana Blum), mère protectrice et envahissante, qui abandonne son restaurant en Argentine pour s’installer à Madrid chez son fils ; Reyes (
Marisa Paredes), mère égoïste et intolérante, plus préoccupée par sa carrière d’actrice que par le mariage de son fils ; Nuria (
Veronica Forqué), mère instable, nymphomane, qui se comporte avec son fils davantage comme une amie que comme une mère ; Magda (
Carmen Maura), la moins maternelle de toutes, obsédée par sa réussite professionelle ; et enfin, Helena (
Mercedes Sampietro), mère et magistrate à qui il en coûte, dans sa vie professionelle et personnelle, de s’avouer vaincue.
Face à elles il y a leurs fils, “des enfants qui, en dépit de leurs efforts pour être indépendants, ont un lien très fort avec leur mère”, remarque Yolanda Garcia Serrano.
Ce qui rend “Reinas” original, c’est que les six garçons sont homosexuels. “Nous avons décidé que les enfants seraient homosexuels parce que je voulais évoquer un fait social nouveau qui s’est transformé en banalité”, explique le réalisateur.“Reinas” n’est pas un film opportuniste mais opportun. Il a été écrit il y a plus de deux ans, quand la loi sur le mariage homosexuel n’était même pas en projet” fait remarquer
Manuel Gomez Pereira.Avec “Reinas” il réalise une comédie avec cette pointe d’ironie caractéristique de sa façon de faire du cinéma. “Il me plaît de raconter des choses sous l’angle de la comédie. C’est un genre où se mêlent profondeur, légèreté et une ironie qui s’expriment à travers la façon dont nous nous regardons nous-mêmes.”
Mariage à l’espagnole, quand la réalité dépasse la fiction
“Reinas” est sorti au printemps en Espagne, alors que la loi sur l’union des couples du même sexe n’avait pas encore été votée. Cette loi a déclenché la colère des deux camps les plus traditionalistes : L’Eglise et la justice.
Le 18 juin à Madrid, plus de six cent mille personnes répondent à l’appel de cinq mille associations catholiques et manifestent contre le mariage gay. Dans ce cortège, on remarque des membres du Parti populaire, notamment l’ancien ministre de l’intérieur du gouvernement Aznar. De leur côté, les évêques espagnols invitent les conseillers municipaux chargés d’enregistrer ces mariages à faire valoir leur “objection de conscience”.
Le 3 juillet, la loi entre officiellement en vigueur. Le jour même, une trentaine de demandes sont enregistrées en deux heures à peine à Madrid par Pedro Zerolo, le conseiller municipal à l’origine de la loi.
Le 11 juillet, Emilio Menédez, un vétérinaire de cinquante ans, et Carlos Baturin, un psychiatre de soixante-neuf ans, se marient dans la banlieue de Madrid et deviennent le premier couple gay marié d’Espagne.
Le 22 juillet, Veronica l’espagnole épouse Tiana l’argentine.
La bataille juridique se poursuit cependant. Plusieurs juges de l’état civil refusent d’autoriser ces mariages sous prétexte que la nouvelle loi ne serait pas conforme avec la Constitution, qui mentionne uniquement le mariage entre l’homme et la femme. Le ministère de la justice et l’Ordre des notaires ont depuis réussi à contourner ces blocages.
Pendant ce temps, les agences de voyages et les hôteliers s’occupent de prospecter leurs nouveaux clients. Certains offrent déjà des dîners romantiques avec champagne à volonté, sur simple présentation de la photo de mariage.