Joe Wright tenait à ce que les trois parties du film aient chacune son propre style visuel, grâce à la mise en scène et aux différentes palettes de couleurs. Cette démarche exigeait une collaboration étroite entre le réalisateur et les principaux techniciens. L’équipe a collaboré avec un historien, puis a mené des recherches sur chacune des époques en étudiant de près des tableaux, des photographies et des films, et en consultant des fonds d’archives pour enrichir la vraisemblance des décors.
La première partie de
Reviens-moi se déroule chez les Tallis à Surrey, pendant la canicule de 1935 durant laquelle la chaleur étouffante semble avoir une influence sur le comportement des habitants de la maison. La chef décoratrice
Sarah Greenwood et la décoratrice de plateau
Katie Spencer ont été chargées de trouver une maison correspondant à la description qu’en fait Ian McEwan dans son livre. Elles ont consulté les archives de Country Life dans l’espoir de dénicher des demeures pouvant servir aux scènes d’intérieur et d’extérieur chez les Tallis. C’est Stokesay Court dans le Shropshire qui s’est avéré le choix idéal.
Sarah Greenwood et le régisseur Adam Richards ont passé plusieurs mois en repérages à parcourir le Royaume-Uni pour trouver les décors adéquats pouvant passer pour la campagne française et Dunkerque. Mais ils ont finalement choisi des sites dans le Lincolnshire, à Norfolk, dans le Cambridgeshire, à Grimsby et Redcar, qui ressemblaient à la région de Dunkerque grâce à la présence d’une plage et d’un paysage industriel à l’horizon.
L’usage que
Joe Wright et son chef-opérateur
Seamus Mcgarvey ont fait de la caméra était destiné non seulement à imaginer le style visuel du film, mais aussi à en faire un dispositif narratif à part entière grâce aux mouvements d’appareil déployés tout au long du tournage. Le style propre aux scènes de 1935 est lié aux éclairages et aux techniques employées par McGarvey pour créer une luminosité particulière. «Nous avons utilisé un «filtre» spécial, autrement dit des bas Christian Dior qui donnent un bel éclat irisé aux reflets et rendent la lumière plus douce. Cependant, alors que les événements prennent une tournure plus sombre, nous utilisons le même dispositif mais la lumière est de moins en moins douce. Le film
comporte aussi des aspects assez sombres.»
Pour la période de transition, de 1935 à 1940, McGarvey et Wright ont adopté une autre technique de prise de vue afin de passer des couleurs chaudes de la luxueuse demeure des
Tallis au Londres des années de guerre. «Pour le début des années 40, nous avons opté pour un style plus dur. Lorsque la guerre touche Londres, nous tournons caméra à l’épaule
pour susciter le sentiment d’un «reportage pris sur le vif» et rendre les éclairages plus durs, plus blafards.» Outre les thématiques mises en lumière par les décors et les costumes, il s’agissait également de déterminer le style propre aux trois comédiennes interprétant Briony,
de la coiffure au maquillage, sans oublier les vêtements. «Il était primordial qu’il n’y ait pas de rupture entre les trois Briony, explique Durran. Il fallait conserver la même palette de couleurs : à partir du moment où Saoirse porte des tenues blanc cassé, l’uniforme d’infirmière de Romola ne pouvait être que dans les bleus pâles et les blancs. Il était essentiel que lorsque
Vanessa Redgrave entre en scène, ses costumes soient dans les mêmes tons.» Pour la bataille de Dunkerque, tournée sur la plage de Redcar, Wright choisit de la filmer en un plan séquence
au Steadicam. La scène a requis 2000 figurants recrutés sur place, ainsi que de spectaculaires éléments de décor comme un kiosque à musique, une grande roue, des immeubles dévastés par les bombardements, un immense bateau échoué sur le sable - sans oublier un chœur de
chanteurs, des soldats montant des chevaux de foire à travers les décombres et des hommes jouant au football !
Joe Wright : «Cela s’est avéré très exaltant, nous avons répété toute la journée, de 6 heures du matin à 18h30, pour être le plus au point possible et nous avons tourné
trois prises. Du coup, tout le monde était enthousiaste et tous les figurants ont pris conscience de ce que nous faisions et de ce que nous recherchions. C’était presque comme du théâtre. J’ai adoré ces moments. En plus, la lumière était sublime.»