Notes de Prod. : Robinson dans l'espace

Notes de production

Robinson, qui souffre de troubles de la mémoire, travaille aujourd'hui comme magasinier dans un supermarché à Barrow-in-Furness. Peu de temps après les évènements décrits à la fin de Robinson Dans L'Espace (il disait qu'il allait voler une pièce d'un Tornado saoudien qui s'était abîmé en mer du Nord), il fut arrêté par la police du Ministère de la Défense alors qu'il se promenait dans la lande, près d'une base militaire isolée située non loin de la frontière écossaise. Il a passé plusieurs années en prison puis en hôpital psychiatrique. Paul, qui s'appelle en fait Robert Delamarche, a publié les résultats de leur enquête juste avant les élections de 1997. Il est peu de temps après devenu un conseiller influent de Downing Street, un des plus en vue de New Labour. Il a épousé l'héritière d'une chaîne de supermarchés, a été fait pair à vie, puis s'est retiré de la vie publique. Lord et Lady Delamarche ont depuis crée le "Robinson Institute", un think-tank qui poursuit l'œuvre de Robinson en son absence. Ils auraient financé le travail de documentation du dernier film de Patrick Keiller (sur la situation difficile du logement au Royaume-Uni), et pourraient également soutenir un de ses nouveaux projets, "The City of Future". Ils espèrent que Robinson recouvrera bientôt ses facultés, suffisamment en tous cas pour devenir le directeur de l'Institut, même s'ils craignent qu'il leur en veuille d'avoir utilisé sans son autorisation ses travaux précédents.

Ce n'est pas sans mal que Patrick Keiller avait réussi à retrouver le protagoniste de Robinson Dans L'Espace, au tout début de l'année 1997. Ce qui suit rassemble quelques extraits de leur dernière entrevue.


ENTREVUE : Patrick Keiller ET ROBINSON

Pouvez-vous nous parler de vos dernières recherches?
"Une agence de publicité m'a demandé de réaliser une étude sur le "problème" de l'Angleterre."

Vous ont-ils dit quel était d'après eux ce problème?
"Non, mais je suis parti du principe qu'ils parlaient de tout ce qui est lié à notre "capitalisme de gentleman" : les collègues, la City, la malbouffe, le malaise sexuel…"

D'où venait donc ce problème, d'après vous?
"Parcequ'en général les biens les plus sophistiqués qu'on trouve dans les magasins, et la plupart des voitures, sont soit importés soit produits ici par des société étrangères, on dirait que les fantasmes des Tories d'une économie basée sur le secteur tertiaire se sont effectivement réalisés. Si l'idée d'un endroit où les gens gagnent tous leur vie en vendant des produits d'assurance vous déplaît, et que vous pensez qu'un tel système n'est pas viable à long terme, alors l'avenir semble plutôt morne. Nous pensions que la faiblesse de l'économie du Royaume-Uni provenait des anachronismes de la culture anglaise (distincte des cultures écossaise, galloise et même nord-irlandaise)."

Le Royaume-Uni a cependant une bonne réputation dans les domaines de l'art et du design?
"Oui, évidemment… mais le pays est réputé pour engendrer des artistes et des designers, pas pour leur accorder la moindre attention."

D'accord, mais on sait déjà tout ça. Où êtes-vous allés, qu'avez-vous trouvé?
"Nous avons voyagé ici et là. Nous sommes partis de Reading car, comme l'a dit Michel de Certeau : "Reading (la lecture) se libère du ferment qui l'a déterminée". Nous avons descendu la Tamise, sommes allés à Oxford, Cambridge, dans de nombreux ports, pour regarder les importations et les exportations se faire. Nous sommes allés dans des usines, des parcs d'activités, des zones commerciales, des plates-formes de distribution. Dans tous ces "nouveaux espaces", et en particulier au nord de l'Angleterre.
Nous avons réalisé que nous ne connaissions rien des ports ou de l'industrie. L'industrie du Royaume-Uni a beau ne pas produire grand chose de visible et ne pas employer grand monde, elle reste assez performante. Les importations de biens de consommation attrayants et visibles ne sont pas contrebalancées par l'exportation de services mais par celle des produits chimiques, d'aéroports et de centrales électriques. Etre impliquée dans quoi que ce soit d'aussi risqué que la production de formes nouvelles n'intéresse pas la City qui préfère transformer le pétrole en billes de polystyrène. Les "services financiers" n'ont qu'un faible poids dans la balance commerciale."

Avis de la presse

CinéLive:
"Entre la provoc’ qui consiste à démultiplier les lieux décrits au cœur d’une démarche utopique, la voix off mi-explicative mi-fictionnelle qui se décale en permanence de l’image, et la rigueur effective de l’essai, l’entreprise vire à un absurde amusant qui fait oublier l’aridité présumée du procédé."